‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 138 sur 168 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

déconcerte faute de commandement : Charles règne, et tout est en paix.

GUNTIS.

Oui, sans doute,Charles a besoin d’avoir Pavie, et l’aura; il l'aura dès demain. Qu'il s’avance, avec quelques troupes, vers la porte du levant, et qu'il feigne d’y vouloir livrer un assaut : l4 porte op- ‘ posée , c'est-à-dire celle-ci restera sans défense ; je n'y aurai laissé qu'un petit nombre d'hommes, tous de mes aflidés. Aussitôt que la fausse attaque sera engagée, qu'il accoure donc à cette porte-ci; elle lui sera ouverte. Du reste, je prie man roi de pe point exiger que je lui livre Didier. Je fus vassal de Didier dans ses temps prosperes, et le mettre aujourd’hui entre les mains de.son rainqueur serait. me déshonorer en pure perte. Et puis, entouré comme il l'est de toutes parts , l’infortuné peut-il échapper ?

ee SIVART.

Oh! que je suis heureux-de porter à Charles des nouvelles si agréables ! et toi, plus heureux encore de pouvoir tant faire pour lui! Mais que . pensetron, dis-moi, dans Pasie? Ceux qui ont résolu de relever da fortune du cieux roi ou de péric avec luj sont-ils es grand nombre? ou tous commencent-ils à tourner leurs regards et leur espérance vers l’astre triomphant de Charles”

268 ADELGHIS.

enfin, cette dernière victoire sera-t-elle aussi aisée que l’autre ? | GUNTIS.

Découragés et fatigués, la plupart des soldats de Didier ne sont retenus sous leurs enseignes que par la force de l'habitude. Toutes leurs pensées leur disent d’abandonnér un chef dès longtemps abandonné de Dieu; mais à toutes leurs pensées se méle un mot qui les glace, le mot de trahison. C'est à moi à leur faire entendre une parole plus senséé : Sauvons le royaume, leur dirai-je , et ils seront à nous, ou plutôt ils le sont déjà. Peut-être cependant y en at-il quelquesuns ‘inébranlables dans leur affection, ou qui, n’osant rien espérer de Charles....

SIVART. | Qu’ ils espèrent: promets d'tous, gagne-les tous. GUNTIS.

Ce serait courir des risques inutiles : laissons périr qui veut perir 5 nous pouvons nous passer d'eux. 1. .r tir is

SIVARTE ere ano

Écoute - moi ,' Guntis : :-:Fidélé’ du roi des Franks , je parle ‘iti ‘è uti ‘autre de: ses'Fidttes; mais Lombard , je m’ouvre à ‘vn’autre Lombard. Charles nous tiendra' ses engagtmens ; je m'en flatte : cependawt'le mieux pour nous n'est-il

ACTE IV; SCÈNE V, | 269 pas d’avoir beaucoup d'amis, d'être entourés d’une foule d'hommes sauvés par notre entremise ?

GUNTIS.

Je te dois confiance pour confiance, Sivart.

Charles aspire sans douté à voir le jour où il régnera sur nous sans inquiétude , où il n’y aura plus, dans toute notre contrée, un seul glaive qui ne soit à lui... mais malheur à nous si ce jour arrive ! Si au contraire quelques-uns des ennemis de Charles lui échappent , s'il reste quelqu’un pour menacer son nouveau royaume , ne crains pas que ceux qui lui ont livré ce royaume soient oubliés ni négligés.

SIVART.

C'est là parler sagement et avec franchise.

. Écoute-moi à mon tour : nous n'avions, pour nous sauver, d'autre voie que celle que nous avons prise; mais, tu le verras, c'est une voie : semée d’épines et d'embûches. Insensé quiconque prétendra y marcher seul! Puis donc quela destinée nous unit à cette heure et dans cette occasion solennelles , puisque nous sommes, de notre peuple, les deux qu'elle a choisis pour conclure le périlleux traité de cette nuit impossible à oublier , prenons l'un envers l'autre l’engagement inviolable de nous défendre récipro-

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quement : ainsi je m’oblige, si tu y consens; à veiller à ta sûreté, et à faire mes ennemis des tiens.

GUNTIS.

J'accepte ta promesse, 6 Sivart! et ‘t’engage la mienne. | ce SIVART.

- Ainsi donc, à la vie et à la mort?

GUNTIS. O Que ma main soit le garant de ma parole.

(I tend la main à Sivart, qui ta serre.) Adieu, ami; porte mon hommage au roi des Franks.

SIVART. È Demain donc ? | GUNTIS:

Oui, deniain. Amri! (Amri entre, } Personne ne

paraît-i sur le rempart?

AMRI

‘Personne ; tout est en silence. GUNTIS.

Reconduis-le. (En lui montrant Sivart: ) :

SIVART.

Adieu.

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