‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 25 sur 168 · CENE · texte numérisé non relu

CENE

(Partie du camp ducal, tentes. )

MALATESTI, PERGOLA.

PERGOLA

Oui, général, vos ordres sont exécutés,. et mes bandes sont prêtes. Vous commandez ici, et je vous ai obéi, mais avec douleur : je vous en conjure de nouveau, ne donnons point bataile.

MALATESTI.

Pergola, vous êtes dans ce camp l’ancien d'âge et de renommée, et je sens tout le poids de votre avis; mais ma résolution est immuable: Carmagnola, vous le voyez, nous provoque tous les jours, et vient encore de mettre le comble à ses bravades, en assiégeant Maclodio sous nos yeux. Il n'y a plus pour nous que deux partis, celui de le chasser d'ici, ou de lui livrer la place; mais il y aurait à ce dernier trop de dommage et trop de honte. ta

PERGOLA. I Il n'est donné qu’à peu d'hommes et qu’à de

nobles caractères de revenir à la délibération et au doute, après avoir dit une fois tout haut, Cela est ainsi; et si je persiste à combattre votre projet, c'est que je vous tiens pour un de ces caractères privilégiés. Depuis les descentes des barbares, l'Italie n'a peut-être pas vu deux armées aussi puissantes que les deux qui sont ici en présence ; mais la nôtre est le dernier effort du duc Philippe. La fortune (qui l’ignore ?) entre pour quelque chose en toute guerre, elle a toujours à réclamer une part soit des succès, soit des revers ; mais du moins ne faut-il pas lui faire cette part plus grande qu’elle ne la demande. Nous avons une armée avec laquelle tout peut être sauvé, mais qui, une fois détruite, ne peut plus étre refaite. Il ne faut donc pas l’exposer témérairement, cette armée, ni la pousser au hasard comme un dé. Or n'est-ce pas l’aventurer ainsi que de l’engager sur un terrain resserré, mal connu, et, ce qui est pis encote, parfaitement connu de l’ennemi qui nous y a attirés?

Une chaussée tortueuse sépare les deux camps: | à droite et à gauche s'étendent des plaines marécageuses, où sont éparses les bandes ennemies, tandis que nous, nous n’occupons pas un pied de terre au-delà de nos tentes. Croyez-èn un homme qui connaît les ruses de Carmagnola

pour avoir combattu avec lui ; il y a ici un piége. La meilleure manière de faire la guerre à un homme tel que celui que nous avons en face serait peut-étre de le tenir en échec, de gagner du temps, d’attendre que les généraux qui servent sous lui se dégoùtent de son commandement dur et superbe, et que le faisceau maintenant serré dans sa main vigoureuse vienne à se relâcher un peu. Mais s'il faut combattre, à coup sûr ce n'est pas sur un terrain aussi suspect que celui-ci. Décampons en toute hâte; allons nous choisir un champ de bataille; forcons l'ennemi à nous suivre, et combattons à chances égales.

| MALATESTI.

Deux grandes armées sont ici en présence ; ici donc se donnera une grande bataille, une bataille telle qu'il la faut au duc Philippe. Ce sont les partis évasifs, semblables à celui que vous proposez, qui l'ont poussé peu à peu dans la situation périlleuse où il est maintenant; et ce n’est que par les voies opposées qu’il peut revenir à un état prospère. Chercher des délais serait nous mettre véritablement en péril, et changer de position serait courir à une perte certaine. Qui peut dire tout ce que l’armée aurait perdu en courage et en nombre avant d’avoir trouvé un nouveau camp? et qui ne voit qu'elle est aujour-

ACTE Il, SCÈNE LI. 45 d'hui telle que peut la souhaiter un général pour oser tout entreprendre avec elle ?

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