SCENE HI
LES rRÉCÉDENS, SFORZA, FORTEBRACCIO.
MALATESTI.
Mais parlez plutôt vous-mémes, vous, Sforza, et vous, Fortebraccio, puisque vous arrivez si à propos. Dites-nous en quelles dispositions vous avez trouvé l’armée: que pouvons-nousen espérer?
SFORZA
Les plus brillans exploits. Dès que mes bandes, aprés avoir entendu mes ordres, ont pu soupconner que tout se disposait pour. la bataille, elles ont fait éclater la plus noble ardeur. Les soldats accouraient avec transport à l'appel, et se faisaient les uns aux autres des signes de joie. Quand j'ai parcouru les rangs, chaque bataillon m'a salué d’applaudissemens unanimes ; et chaque soldat, les yeux fixés sur les miens, semblait me dire: Mon général, je vous comprends ; comptez sur moi.
FORTEBRACCIO. .
Et telle est l’armée entière. Aussitôt que mes
soldats m'ont vu paraître, ils m'ont .entauré.
‘Quand les trompettes sonneront-elles ? me disait l’un. Nous: sommes las d’être bravés, s’écriait un autre; et tous à la fois demandaient la bataille en hommes résolus, certains de l'obtenir, et ne doutant plus que du jour. Eh bien, compagnons, leur ai-je répondu, si le signal désiré du combat se fait bientôt entendre, me promettez-vous de me suivre et de vaincre? À ces mots tous les casques ont été levés en l'air au bout des lancef, et une acclamation unanime d’assentiment a été la réponse de mes braves. Vous m'en voyez encore tout transporté. Et c'est à de tels soldats que l'on irait dire , Battez en retraite ! C'ést à des mains qui serrent déjà la poignée du glaive, n’atténdant plus que Île signal pour le tirer et frapper, que l’on donnerait des tentes et des bagages à plier! Où est celui qui aurait le front ide paraître dans le camp avec des ordres si honteux ? PERGOLA.
Vous nous enseignez là une espèce de guerre toute nouvelle, une guerre où ce sont tes soldats qui commandent, et les généraux qui obéissent.
FORTEBRACCIO.
Pergola, les soldats auxquels je commande ont été formés à l’écoie de ce fameux Braccio dont le nom est prononcé partout avec admi-
ACTE II, SCENE IL 45 ration et avec terreur : ils ne sont pas accoutumés à souffrir les bravades de l'ennemi.
PERGOLA
Et moi, quel que je sois, je commande à des soldats formés par mes lecons, accoutumés à attendre les ordres de leur chef, et à les recevoir avec confiance.
MALATESTI.
Eh quoi donc, généraux, allons-nous oublier que nos momens sont comptés, et qu'il ne nous en reste pas pour des disputes personnelles ?