‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 49 sur 168 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

l’aveu devant vous. Maintenant , si le comte est l'ennemi de la patrie, que l’on m'en fasse voir la preuve, et je le tiens pour mon ennemi. Quel est son crime? le renvoi des prisonniers ? Mais ne fut-ce pas l’aimée victorieuse qui les délivra ? Ce fut un acte de licence soldatesque auquel le général refusa de s'opposer , dira-t-on. Maisétait-il en son pouvoir de l'empêcher? Ilfitplus que nepas l'empêcher, ajouterez-vous ; il l’imita. Eh! n’y fut-il pas contraint par un usage, funeste si l'on veut, mais par un usage devenu le droit impérieux des gens de guerre? Le sénat n’a-t-il pas prouvé qu'il avait agréé cette excuse, en comblant depuis le comte de nouveaux honneurs? S'agit-il du secours refusé à Trevisani? Certainement l'échec de Trevisani fut un grand mal; mais le pis eût été d’essayer de lui porterles secours qu'il demandait. L'expédition avait été préparée, elle s'était faite à l'insu du comte; et quand on eut recours à lui, il n’était déjà plus temps. La sentence qui condamna Trevisani à un exil rigoureux n’a-t-elle ‘ pas suffisamment signalé la tête sur laquelle doit être déversée toute la honte de ce désastre? Et Crémone, direz-vous, Crémone! de qui venait le projet de s’en emparer? qui en avait donné l'ordre ? C'était le comte lui-même. Mais la population entière de la ville se soulève ; un faible

détachement n'aurait pu la réprimer. Ce détachement regagne alors le camp, sans avoir perdu un seul homme; et le comte abandonne son projet, ne jugeant pas à propos de se commettre avec un ennemi sur lequel il n'avait pas compté. C’est une entreprise manquée parmi tant d’autres glorieusement achevées ; mais la trahison, où est-elle? Le langage du comte-est depuis longtemps insolent et superbe, dit-on eneore ; et le souffrir est une tache à notre honneur. Ah ! si notre honneur est offensé, est-ce par des pièges dressés dans l’ombre que nous lui rendrons son Justré ? S'il est vrai qu'un pacte qui fut d’abord si heureux ne puisse plus subsister entre Venise et Carmagnola, qui nous empêche de le rompre ?

Une amitié noblement.contractée ne saurait-elle noblement finir? et peut-il y avoir une circonstance où le soin de notre dignité soit, de notre part, un acte de folie ? On redoute le caractère audacieux de Carmagnola , sa renommée fait ombrage ; et l’on s'alarme du dévouement des soldats pour Jui. Ah! si c’est un crime ici de voir et de dire ce qui est, s’il n'est pas permis d'opposer les nombreux garans de la loyauté du comte à des craintes avilissantes, rassurons - nous du moins par le sentiment de notre honneur ; ayons de nous-mêmes une plus haute opinion, et gar-

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