‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 65 sur 168 · ACTE V, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IIL

ANTOINETTE

Poursuivez, Gonzaga : nous sommes prépa-

rées à tout. Que lui fera-t-on ?

GONZAGA

Vous ne l’apprendrez pas de moi!

ANTOINETTE

O Dieu! ils l'ont fait périr!.

GONZAGA

Il vit encore; mais sa sentence est prononcée.

ANTOINETTE, Il vit! Ne pleure pas, ma fille, tandis qu'il est temps d'agir. Gonzaga, ayez pitié de nous; ne vous lassez pas de notre malheur. Le ciel met | 80us votre protection deux pauvres délaissées , et vous êtes l'ami de mon époux. Allons , conduisez-moi à ses juges ; et toi, suis-nous , tendre innocente. Viens ; il y a encore de la pitié sur la terre: ils sont aussi époux, ils sont aussi pères, ceux qui l'ont jugé; et quand ils ont prononcé l’affreuse sentence, il ne leur est pas venu à l'esprit qu'ils condamnaient un époux, un père ; mais lorsqu'ils verront de quelle souffrance peut être cause une parole d'eux, ils en frémiront eux-mêmes, et ne pourront se défendre de la révoquer : la vue de la douleur est terrible pour l’homme. Mon époux n'aura peut-être pas daigné se justifier, ni rappeler à ses juges ce qu'il a fait

pour Venise : nous les en ferons souvenir, nous. S'il s’est justifié, du moins est-il bien sùr qu'il n’a pas prié : nous prierons , nous.... (Elle fait un mouvement pour sortir. ) GONZAGA.

Oh Dieu! que ne puis-je vous laisser cette dernière espérance! Mais non, non, il n'y a point ici d'âme ouverte aux prières; ici les juges sont sourds, impitoyables, inconnus. La foudre tombe ici, et la main dont elle part est cachée dans les nuages. Il ne vous reste plus qu'une consolation, triste consolation , que je suis venu vous apporter ; celle de le voir encore une fois, et le temps presse : recueillez donc vos forces ; l'épreuve est grande, mais le Dieu des affligés sera avec vous.

MATHILDE

Quoi! plus d’espérance! plus!

ANTOINETTE

O ma fille ! :

( Elles sortent.)

Page 1