ACTE I, SCÈNE II
prévois ! Aux accens pusillanimes mais révérés d’Adrien, je vois Charles fondre sur nous avec tous ses Franks, et je vois se renouveler les temps d’Astolphe et de Pepin. Considère sur qui nous régnons : Songe que nos ennemis sont mélés dans nos rangs avec nos amis , peut-être en plus grand nombre qu'eux, et que l'aspect d’une bannière étrangère a bientôt fait un traître d’un ennemi. Pour montrer ce qu'il est, le brave n’a besoin que de savoir mourir; mais vaincre , mais domi-. ner, n’appartiennent qu’à l’heureux chef d’un peuple uni et fidele. Ah! je hais l'aurore d’un jour de bataille , et ma lance pèse à mon bras, quand il faut, en combattant, me garder de celui qui combat à mes côtés.
DIDIER
Eh! qui régna jamais sans ennemis ? et qu’importent les sentimens des hommes, quand ils restent au fond du cœur? Ne sommes-nous donc pas rois, ou n'est-ce pas assez de régner, pour vouloir et pour agir? Faudra-t-il tenir notre épée dans le fourreau jusqu'à ce que toutes les haines contre nous soient éteintes, et attendre, immobiles sur le trône, qu'il plaise à nos ennemis de nous frapper? Y a-t-il d'autre moyen de succès ou de salut que l’audace? Que proposes-tu enfin ?
178 ADELGHIS.
ADELGHIS. | Ce que je proposerais un jour de victoire, et à la tête d’un peuple invincible et fidèle : restituons les terres de Rome, et soyons les amis d’Adrien, qui désire être le nôtre.
Je périrai sur le trône, ou dans la poussière , plutôt que de consentir à cette licheté. Qu'un semblable conseil ne sorte plus de ta bouche; ton père te l’interdit.