‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 82 sur 168 · ACTE I, SCÈNE Il · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE Il

mangarde sortira de l’ombre, et, belle de vengeance, vraiment fille, vraiment sœur de rois, relèvera un front glorieux au milieu de la foule idolâtre. Et ce jour n'est pas éloigné : les instrumens de la vengeance sont déjà entre mes mains. La veuve de Carloman, de ce frère de Charles dont, à force de machinations, Charles est devenu le successeur, la malheureuse Gerberghe , en venant nous demander un asile, a mis ses deux fils en sûreté à l'ombre de notre trône. Il faut qu'ils soient conduits tous les deux aux bords du Tibre, avec une armée pour cortége. Nous commanderons au souverain pontife d’oindre leurs têtes innocentes, de prononcer sur eux les paroles sacrées qui font les rois des Franks , et nous les . reconduirons alors dans le pays où régna leur père, où ils ont des partisans nombreux, et où l’indignation contre l’usurpateur est assoupie , mais non éteinte dans les cœurs.

| ADELGHIS.

Et que peux-tu te promettre d’Adrien , de cet Adrien qui, uni à Charles par tant de nœuds, ne lui adresse pas une parole qui ne soit une assurance de tendresse, un éloge, ou la bénédiction d'un père ; qui lui promet tout, demande tout au ciel pour lui ,.le bonheur et la gloire , les victoires et l'empire ? En ce moment même il reçoit

174 ADELGHIS.

des envoyés de Charles , et sollicite indubitable-

ment, par eux, son appui contre nous, faisant

retentir à la fois le sanctuaire et le monde entier

de ses plaintes, au sujet des villes qué noùs lui

avons enlevées. | © | | | DIDIER. :

Eh bien ,:qu'il rejette notre demande ; il se déclaredès lors notre ennemi : cette éternelle et fastidieuse guerre de reproches, de messages , d’intrigues finit , ‘celle des épées commence enfin; et dans celle-ci: la victoire n'est pas douteuse. C'est pour nous, mon fils, qu'il est réservé ce jour en vain souhaité par nos pères, ce beau jour où Rome doit être la cité des Lombards. Ravisé trop tard, trop tard suppliant , Adrien sera réduit alors aux saintes fonctions du pontificat; débarrässé de l’attirail des armes terrestres, il nous cédera son trône , pour n'être plus que le roi des prières et le prince des autels. " : o

ADELGHIS.

Un roi vainqueur des Grecs ''un'roi la terreur des rebelles, accoutumé à revenir triomphant de la guerre, Astolphe reploya deux fois ses bannières devant'là tombe des'apôtres', ét revint en fuyard dans ses:états. Il repoussa deux fois la main du vieux pontife qui lui'offrait la paix, et ferma l'oreille à sa voix suppliante. Mais cette

ACTE 1, SCÈNE II. 175 voix fut entendue par-delà les ‘Alpes, et Pepin passa deux fois les Alpes pour venger le pontife humilié. Les Franks vinrent ; et ces Franks, ailleurs secourus ou vaincus par nous, ici firent la loi. Je vois, de ce palais, la campagne déshonorée où ils plantèrent leurs pavillons abhorrés, et que foulèrent leurs chevaux. |

| DIDIER

À quoi bon rappeler Astolphe et Pepin? ils sont dans la sépulture : laisse-les-y en paix. Ce sont d’autres rois qui gouvernent, d’autres temps qui coulent, et d’autres épées qui sont ‘hors du fourreau. Eh quoi! si le guerrier qui, se dévouant à un péril certain et montant le premier à l’assaut, est frappé et tombé, est-ce à dire que les compagnons qui le suivent doivent- perdre coùrage et s'enfuir? Sont-ce là les conseils de mon fils? Qu'est donc devenu ce fer Adelghis, à peine adolescent, lorsque les rebelles de Spolette le virent fondre sur eux, tel qu’un jeune épervier sur sa proie, se rassasier témérairement de carnage, et briller dans Ia mêlée comme le nouvel époux dans le banquet nuptial ? Il ne‘revint pas seul du combat , ‘il'amenait avec luile duc révolté; . et lorsque, sur le champ même de bataille ;'je le demandai pour mon royal collègue , une accla-

170 ADELGHIS.

mation unanime d’assentiment s’élera de tous côtés ; et ce fut au milieu des transports d’admiration et de joie de l’armée entière que la lance de la royauté fut mise dans sa main redoutable. Est-ce bien l’Adelghis de ce beau jour qui ne sait prévoir maintenant que des obstacleset des revers? À peine serait-il excusable de parler comme tu fais, après une bataille perdue. Juste ciel! de quelle joie me comblerait celui qui pourrait m'assurer que mon ennemi, que le perfide Charles est préoccupé de soucis et de sentimens pareils à ceux que je découvre en mon fils!

ADELGHIS.

Ah! que n'est-il là cet odieux Charles! que ne puis-je me rencontrer face à face avec lui, en champ clos, moi seul, moi, le frère d'Hermangarde ! Que ne puis-je, ayant mon père pour témoin, m'en remettre au jugement de Dieu de la vengeance de notre affront! Peut-être alors mon père se presserait-il d'avouer qu'il proféra trop légèrement certaines paroles.

DIDIER. si

C’est Adelghis qui parle maintenant, je le re- . connais. Ehbien, mon fils, ce jour que tu désires. je vais le hâter.

| ADELGHIS.

O mon père, c’est un bien autre jour que je

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