‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 97 sur 168 · CHARLES, PIERRE · texte numérisé non relu

CHARLES, PIERRE

PIERRE

Que viens-je d'entendre , invincible Charles ? Quoi ! tu n'as pas encore touché du pied la terre où Dieu te destine un second royaume, et l’on parle, dans tout le camp, de départ et de retraite ! Oh! puisse ta bouche royale démentir à l'instant une si lâche rumeur ! Qu'il ne soit pas dit par l'avenir qu'une entreprise résolue dans le ciel et conduite par toi fut abandonnée dès le début. Que je ne retourne point auprès du saint pontife pour lui dire : Le glaive que Dieu avait suscité pour ta défense est retombé dans le fourreau. Ton fils chéri, le puissant Charles, a voulu te sauver , mais il n'a voulu qu'à demi; il a désespéré au bout d'un moment.

| CHARLES

Tout ce que j'ai fait pour ce père révéré, tu l'as vu toi-même, homme de Dieu ; le monde le sait et en rendra témoignage. Je vois ce qui reste

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à faire ; mais là-dessus, je ne prendrai point conseil de mon désir, quand la nécessité m'a fait entendre le sien : il n'y a qu'un tout-puissant. Lorsque les alarmes du pontife vinrent à mes oreilles, je poursuivais, à travers les débris de ses idoles. renversées, l’infidèle Saxon, qui me battait, en fuyant, une voie pour l’atteindre : je m'arrétai au milieu da ma victoire , et je traitai là où trois jours plus tard j'aurais commande. Je vins tenir à Genève l'assemblée des Franks; ce que je voulais, tous le voulurent : mon peupla n’eut plus qu'une affaire ; il me suivit tout entier, et se précipita vers les portes de l'Italie , avec la même ardeur dont il aurait marché pour reconquérir sa propre terre, Et cependant où en est notre entreprise? Tu le vois, l'entrée de l'Italie est fermée, Eh! s'il n'y avait que des hommes entre les Franks et le trône lombard, erois-tu qu’elle existe, sur la terre , la puissance capahle de me l’arracher cette odieuse parole, « Les chemins sont fermés? » Mais la nature elle-même a dressé un camp à notre ennemi, un camp qui a pour fossés des àbîmes, et pour tours ces. mantagnes qui touchent le ciel. Tout sentier est ferme par un rempart du haut duquel dix combattans en bravent mille, et d'où les femmes insulteraient aux guerriers. J'ai déjà perdu trop debrayes

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dans une tentative où la bravoure nessuffit pass ‘ etil y a déjà trop long- temps que le fier Adelghis , usant de ses avantages , abreuve son épée du sang de mon peuple. Audacieux comme un lion à l'entrée de sa tanière, il se précipite, frappe et disparaît. Que de fois, dans mes rondes nocturnes à travers le camp, debout à la porte des tentes , n'ai-je pas entendu prononcer son nom avec effroi! Non, je ne tiendrai pas plus longuement mes guerriers à une école de terreur. Si les Lombards|m'avaient attendu sur un champ de bataille, certes ! la querelle eût été courte alors, et le succès assuré, trop assuré même pour être glorieux; et Sivart , un soldat sans nom, un transfuge , en aurait à bon droit partagé l'honneur, lui qui, avant le combat, m'a déjà livré tant d’ennemis. Il ne fallait qu'un jour, moins d'un jour: Dieu ne le veut pas ; qu'il n'en soit plus parlé.

o PIERRE.

O roi, n'interdis pas du moins la prière à l’humble serviteur du saint pouvoir qui a transporté la couronne à ta famille. Considère , je t'en conjure, à quelles mains tu livres celui dont tu te nommes le fils. Songe que tu étais déjà en marche pour descendre en Italie , et que tu avais déjà déclaré la guerre au féroce Didier, lorsque

La

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