ACTE II, SCENE I
Didier, plus aveugle encore de rage que de crainte, faisait enjoindre au pontife de couronner rois des Franks, à ta place, ces autres descendans de Pepin que tu sais. T'a-t-on dit la réponse d’Adrien au vieux tyran? « Que ma main soit paralysée , que l’huile sainte sèche sur l’autel du Très-Haut, plutôt que d'être versée par moi sur des têtes ennemies de mon fils Charles. » Voilà ce que répondit le pontife. « Eh bien, que ton fils vienne cette fois à ton secours, lui. fit répliquer le roi cruel : mais tu seras seul un jour, et notre débat subsiste. »
Pourquoi tourmenter la plaie de mon sein?
Veux-tu que j'aille aussi, moi, me confondre en vaines lamentations? ou penserais-tu que Charles a besoin d’être aiguillonné ? Adrien est en péril , me dis-tu ? Eh! crois-tu me l’apprendre ? Je le sais, j'en suis trop sùr; et ce ne sont pas les paroles d’un homme, quel qu'il soit, qui peuvent accroître le chagrin que j'en éprouve. Mais voler à son secours à travers ces rocs, par-dessus ces remparts, c’est plus que ne peut le roi des Franks. Je te l’ai dit, et j'aurais voulu n’avoir pas à le redire : si jusqu'ici j'ai tout obtenu de mes guerriers, c’est que je-ne leur ai demandé que des choses grandes et difficiles. L'homme qui se tient
à l'écart des événemens et les considère de loin, prend quelquefofs pour ardu ce qui est aisé , et quelquefois aussi pour aîsé ce qui excède toute force humaine. Mais celui-là connaît lesmomens décisifs , qui est aux prises avee les choses , et n’a ce qu'il souhaite qu’à proportion de ce qu'il fait. Que pouvais-je tenter de plus? j'ai proposé la paix à l'ennemi, à la seule condition qu'il abandonnerait les terres envahies sur Rome, et il a refusé ; je lui ai offert de l'or, et il a refusé. O honte! quand serai-je aux bords du Veser pour la réparer ? |