‹ Le comte de CavourChapitre 2 sur 21 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

à un accident heureux, à des familiarités de cour ou à des recherches de popularité une renommée éphémère, mais un de ces êtres privilégiés qui après avoir mis un art consommé à mériter le succès, laissent leur nom inscrit sur des créations durables. Il a rempli sa destinée en dix ans, moins que le cycle de Tacite. Ces dix années lui ont suffi pour réaliser une pensée nationale qui semblait irréalisable surtout au moment oii il entrait aux affaires, pour relever son pays, pour devenir luimême le plus grand des Italiens, un des premiers parmi les politiques de tous les temps, un personnage européen par l'influence, par la gloire, comme

par le génie.

Je ne commettrai pas la légèreté de dire qu'il A été heureux jusque dans sa fin, en échappant ainsi par une mort soudaine et opportune aux difficultés de son œuvre. S'il y a eu jamais un homme qui n'eut pas à craindre de vivre, qui sut tout préparer, tout combiner d'avance pour arriver à un but, et ensuite assurer ses victoires, se mettre en garde contre les retours de fortune, contre les

AVANT-PROPOS. ut

menaces de l'imprévu, c'est celui-là. Mieux que tout autre, il savait se risquer ou s'arrêter à propos, de façon à rester toujours maître de ces crises qu'il nouait et dénouait d'une main si hardie, où seul il gardait sa liberté d'esprir.

' Cmx qui l'ont connu, ceux qui ont été mêlés à ses travaux^ — et, parmi eux, il en est un, M. Nigra, dont l'amitié me permettra d'écrire son nom à côté du nom de son premier guide dans les afEaires publiques, — ceux-là n'ont pas oublié tout ce que le comte de Cavour déployait de ressources, d'aisance, de justesse au milieu des complications les plus graves et des contradictions les plus vives. Il avait tout surmonté. Au point où il était arrivé , il n'avait plus à craindre de rester au-dessous des dernières épreuves; il était bien sur d'achever ce qu'il avait commencé, de suffire à tout, puisque, lui mort, l'Italie n'a cessé de vivre de son souille, et tout ce qui s'est fait depuis n'a été, le plus souvent, que la réalisation des plans qu'il avait légués, qui l'occupaient encore au momrat où il allait expirer.

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