IV AVANT-PROPOS
La vie d'un tel homme a un indicible attrait pour ceux qui aiment le spectacle d'une nature merveilleusement douée aux prises avec les événements. Elle a de plus, aujourd'hui, un intérêt presque direct, tout pratique, et à part le souvenir profond que j'ai gardé du comte de Cavour, je ne cacherai pas qu'une des raisons de ce livre, quand je l'ai écrit dans la Revue des Deuœ-MandeSj a été le désir de remettre sous les yeux de ceux qui en ont besoin, ce saisissant exemple d'un homme sachant être à la fois un grand libéral et un vrai chef de gouvernement. C'est ce que je voudrais pouvoir appeler la moralité de ce travail. Si cette moralité était suffisamment dégagée, elle ne serait peut-être pas inopportune dans un moment où autour de nous, si l'on n'y prend garde, l'esprit de parti est en train de tout confondre et de tout dissoudre, les idées les plus simples de libéralisme aussi bien que les conditions les plus élémentaires de gouver^ nement.
Ce qui a fait la supériorité du comte de Cavour, c'est qu'il a été un vrai libéral dans la forte et gé-
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néreuse signification de ce mot. Pour lui, cette liberté, à laquelle il croyait d'instinct et de raison, n'était ni une vaine formule, ni un moyen d'agitation et de destraction, ni une anne de guerre contre l'Église ou contre les influences traditionnelles; c'était un système régulier de garanties publiques impartialement appliqué, patiemment développé, sans violence comme sans subterfuge; dans la pratique des institutions, même 'dans les chosffii les plus hardies, il portait un esprit aussi exempt de préjugés révolutionnaires que de craintes méticuleuses. La confiance était dans sa nature, et en laissant à la liberté tous ses droits, il ne restait pas moins, avant tout, l'homme fait pour le gou> veroement. le m'explique.
Premier ministre d'un État parlementaire, il •avait eu sans doute à s'assurer une majorité, il en avait besoin, il comprenait, selon son expresr sion, qu'on ne gouverne pas sur des pointes d'aiguille; mais cette majorité dont il avait besoin, il l'avait faite, il savait la manier et la conduire, il ne l'abandonnait pas à son inexpérience, à ses