ET DE LA VALLÉE
L'illustre auteur de V Histoire de la civilisation en Europe et en France^ M. Guizot, prenait les institutions à leur naissance, et, après avoir constaté la source du fleuve, suivait son cours, ses développements, jusqu'à son embouchure dans la civilisation moderne. M. de Chambrun procède d'une manière opposée, et, prenant le fleuve tel qu'il le voit, il remonte à sa source. Le premier descend de la cause à Tetfet, le second remonte de Teffet à la cause. M. Guizot avait ainsi nommé quatre
éléments constitutifs de la société moderne : la féodalité, TEglise, la royauté, les communes. M. de Chambrun compte quatre grandes institutions modernes, qui se composent d'ailleurs des mêmes éléments primordiaux, combinés d'une autre manière ; il les nomme : le Pape, TEmpereur, le Roi, le Parlement. Il les voit dans Tespace, dans la durée. Dans Tespace, ritalie lui donne le Pape ; TAllemagne, et à un moment TEspagne avec elle, l'Empereur ; la France, le Roi ; l'Angleterre, le Parlement. Les peuples récemment entrés dans le domaine de rhistoire et que M. Guizot n'avait pas compris dans son cadre, la Prusse, la Russie, les Etats-Unis d'Amérique, donnent à M. de Chambrun le dernier Roi, le nouvel Empereur, le nouveau Parlement ou le Congrès.
Dans la durée, notre auteur embrasse les quatorze siècles du moyen âge et des temps modernes, depuis 3g5 jusqu'à la fin du xviif siècle.
Tout d'abord, le Pape, — la pierre fondamentale de l'Église, et disons-le plus que jamais aujourd'hui sous le grand pontificat de
Léon XIII, la pierre fondamentale de la civilisation, la seule pierre de Tancien monde que M. de Chambrun retrouvera toujours debout dans Técroulement général qu'il prévoit.
Le Roi, — le Roi, dit-il, « est un type que le monde ne connaissait pas. Il appartient en propre à la civilisation de TEurope, et en Europe à la France. En effet, TOrient, la Grèce, Rome, n'ont connu que le chef, le tyran. Par ses origines et sa naissance, il est un homme comme les autres, qui a su dominer et s'imposer par sa force ou son génie. Il y a peut-être une seule exception : c'est en Judée, où David possède un caractère particulier ; il est Toint du Seigneur, et cette onction sera imitée plus tard.
(( Au v"" siècle, la société se fonde avec des vainqueurs et des vaincus ; mais les uns et les autres sont plus rapprochés que dans l'antiquité, puisque Tesclavage a cessé. Parmi ces vainqueurs, il y a de nombreux chefs d'une naissance, d'un sang supérieur aux autres. Ils se perpétuent dans des familles déterminées, précisées, unies ; ces chefs reconnaissent une
hiérarchie, des supérieurs, et le premier, le meilleur d'entre eux, c'est le Roi. II se rencontre là des conditions de race qui apparaissent pour la première fois dans le monde ; et le Roi se présente comme un certain primiis inter pares ; il est le premier gentilhomme du royaume ; il reconnaît plus ou moins des pairs, ce sont les ducs; il n'est qu'un Français de plus, le premier des Français. Enfin l'Eglise, en sa faveur, institue comme un huitième sacrement, le sacre. Je le répète, toutes ces choses sont de nouvelles apparitions, de nouvelles figures dans l'histoire du monde ; il n'y en a aucune trace à Rome, à Sparte ou à Memphis. ))
Ce type unique du Roi a été produit par la féodalité, née elle-même des invasions germaines ' . . . .
Quant à l'Empereur, dit M. de Chambrun, « il participe à la fois du Pape et du Roi ; il réunit en lui-même le spirituel et le temporel. Le premier Empereur, personnage encore inédit dans l'histoire du monde, c'est Constan-
tin; le second, Théodose; le troisième, Charlemagne, et le dernier, le Czar. »
M. de Chambrun a nommé une quatrième institution : le Parlement :
(( Les montagnes s'abaissent et les vallées seront élevées. » Il y aura toujours dans le monde TEglise et TEtat : TEglise a donné le Pape, l'Etata donné le Roi. Puis, se réunissant Tun et Tautre, ils ont formé ce personnage mixte, l'Empereur. L'humanité alors ne s'est plus développée en hauteur, si je puis dire, mais en longueur et sur toutes ses lignes ; la civilisation dans son cours, dans ses développements, sa fécondité, a produit les communes, le tiers-état, leurs délégations et leurs représentations, le Parlement de la Grande- Bretagne : c'est là, non plus sur le trône, qu'ont été appréciées, discutées, résolues, les affaires publiques.
(( J'ai été quatre fois à Londres, je n'y vois que cet immense et colossal édifice sur la Tamise pour la tenue des assemblées délibérantes. Tout à côté, Westminster Abbay paraît bien modeste et bien humble, et cependant
elle est, avec son puissant .voisin, le sanctuaire où a été célébré le jubilé de la reine Victoria, de rimpératrice des Indes, parce qu'elle renferme les souvenirs, les origines, les tombeaux des Anglais illustres. Mais avant ce terme, quel avait été le point de départ de tout ce magnifique cortège ? Je m'en souviens à peine ; ce palais est ignoré, obscur. Se nomme-t-ii Buckingham ou Saint- James?... )>