‹ Le comte de Chambrun: ses études politiques et littérairesChapitre 13 sur 43 · BOTE FUR TYROL UND VORARLBERG · texte numérisé non relu

BOTE FUR TYROL UND VORARLBERG

L'auteur de ce superbe volume nous raconte d'abord, dans une introduction, la vie et les études du comte de Chambrun, qui, ancien député et sénateur, dut se retirer de la scène politique par suite de cécité, et qui s'est entièrement livré aux spéculations philosophiques. Ses études s'étendent à tous les événements politiques et artistiques de notre civilisation : il est moins savant et moins méticuleux qu'ingénieux et habile : c'est plutôt un aimable causeur d'une instruction très variée. Une partie de ses études politiques et littéraires est encore inédite, on en a publié

quelques fragments dans ce volume, d'autres paraîtront plus tard. Partout M. de Chambrun prend pour point de départ des pensées universelles et l'idéal de l'humanité; puis il en cherche les reproductions dans toutes les catégories de l'esprit. Le chapitre qui nous intéresse principalement est celui de la musique, qui selon lui arrive à son épanouissement vers 1700, avec S. Bach, et baisse après Beethoven. A la page io3, parlant de la puissante triade, Mozart, Haydn et Beethoven, il dit : « En les écoutant, non seulement mon audition, mais ma vision aussi, dans Tunité de Texistence, s'animait, s'éveillait. » Puis il passe à l'esprit de l'humanité dans la poésie, et il apprécie Shakspeare, Dante et Gœthe, « le dernier pour moi des grands poètes » (25 1). A la fin, sont exposées ses pensées sur les principes qui doivent guider les historiens (sa méthode est la psychologie de l'histoire), et enfin un riche appendice sur les dernières études de M. de Chambrun. Le livre est luxueusement édité sur un beau et fort papier; des lignes espacées, et

de grandes marges. On n'imprime plus de pareils livres chez nous. Il semble qu'en France de tels volumes sont toujours achetés et lus.

AACHENER ZEITUNG

i8 JUIN 1889

Dans cet ouvrage que nous avons lu avec le plus grand intérêt, nous est révélée une personnalité aussi originale que sympathique de l'époque actuelle, et qui mérite bien d'être étudiée, dans les cercles scientifiques de l'étranger, avec plus d'attention qu'on n'a fait jusqu'à présent. Le comte de Chambrun, dont le portrait photographique se trouve en tête du livre en question, est un homme d'âge moyen; naguère député et sénateur, une maladie des yeux l'a forcé à renoncer à l'activité politique. Cependant, si sa vue physique s'est obscurcie, sa vue psychique est restée claire et c'est d'un observatoire élevé, du point de vue de la beauté pure, avec le regard d'un

esthéticien raffiné, quïl considère le monde, son histoire et son essence : il donne une image du développement de la civilisation sous une projection tout à fait nouvelle jusqu'ici, car, partout guidé par le beau, il cherche et démontre l'existence d'une âme de l'humanité, sous ses différentes formes et apparitions. Maintenant, quelqu'un qui ne se souviendrait plus de la précédente carrière politique de M. de Ghambrun, pourrait penser trouver là une de ces images aux couleurs effacées de 1' « humanité pure » selon les idées du néopaganisme actuel. Bien loin de là , l'auteur est un conservateur ; en fils fidèle de la sainte Église, il considère avec raison le catholicisme comme la plus haute expression de l'âme humaine, et, pour parler comme Frédéric de Schlegel, il nous présente d'une manière vraiment surprenante « l'alliance de l'Église et des arts » . L'auteur de l'ouvrage que nous avons sous les yeux a parfaitement réussi à nous exposer, dans une succession logique, les idées de M. de Ghambrun sur la science, les arts, la poésie, la mu-

sique et la philosophie, tout en lui laissant la parole, autant que possible. Au commencement, le style de M. de Chambrun semblera au lecteur allemand un peu original, mais dès que l'on en a lu quelques pages, on trouve ce style original parfaitement approprié à cette œuvre originale, et finalement le lecteur est entraîné à l'admiration, surtout pour la précision de l'expression qui parfois touche à l'aphorisme, sans y tomber cependant. Le volume est édité avec le luxe que l'on est habitué à trouver chez Calmann Lévy. Le fait qu'en trois semaines ce livre a eu deux fortes éditions, parle en faveur de l'accueil qu'il a reçu.

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