‹ Le comte de Chambrun: ses études politiques et littérairesChapitre 2 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Voici Tobjet de ce Supplément :

Plusieurs correspondants ont dépeint avec beaucoup de vivacité à M. le comte de Chambrun l'impression d' « amusement » produite sur presque tous par la lecture de la publication : Le comte de Chambrun, ses Études politiques et littéraires : Comptes rendus de la Presse. On a trouvé de l'agrément à ce bouquet multicolore d'opinions, de jugements et de phrases. On a jugé que cette multiplicité d'appréciations et de contradictions, pivotant et se heurtant autour d'un axe commun, pré-

sentait une image comiquement triste et précise de l'effrénée sarabande des esprits, paraboiant sans fin et sans récompense autour de la vérité. M. de Chambrun n'a pas voulu priver ses lecteurs de la suite de ce divertissement— original, j'ose le dire ; de là cette brochure, contenant un nouveau choix des journaux et lettres reçus depuis le 5 juin dernier. Ici, comme dans la première partie des Comptes rendus de la Presse^ une préface a paru nécessaire. Je sais bien que les opinions s'y choquent à plaisir, et de ce choc, dit la sagesse des nations, jaillit bénévolement la lumière ; mais la sagesse des nations est sujette à erreur, comme toutes les sagesses humaines. Ce n'est pas la sereine lumière du jour qui surgit toujours du frottement des avis et des esprits. Ce sont trop souvent des étincelles rapides, des fusées brillantes et bruyantes qui servent tout au plus à divulguer, par un bref éclairement de leurs profondeurs, la redoutable majesté des ténèbres où nous nous agitons, en les faisant sonner creux.

. On a donc continué à se défier de la sûreté

d'information de critiques, plus ou moins littérateurs ou philosophes, et généralement préoccupés à l'excès de questions techniques, de la qualité du papier ou de la supériorité de l'exécution typographique. Et, dans une vue préliminaire d'ensemble, on a pensé devoir affirmer à nouveau l'unité générale, la définitive « synthèse » d'une personnalité que des articles de journaux servaient au public toute dépecée, morceau par morceau.

Sollicité d'écrire cette préface, je me suis trouvé bien embarrassé d'abord de l'honneur qui m'était dévolu. Il s'agissait, ou de trouver du nouveau, ce qui n'est guère admissible après tant de travaux, dont quelques-uns sont dus à la plume d'écrivains tout à fait distingués; ou de recommencer les études faites, et très bien faites, par mes devanciers — et surtout par mes éminentes et très sympathiques devancières, M"° Clarisse Bader dans son grand et consciencieux ouvrage, M'"'' Marie Dronsart dans ses fortes études du Mémorial diplomatique.

Tout bien considéré, je me suis décidé à

rechercher la personnalité du comte de Chambrun, non plus dans ses œuvres écrites qui sont l'objet actuellement d\m nombre suffisant d'études et d'analyses ; mais dans ce qu'il appelle lui-même ses œuvres « figurées et auditives )), et dont il donne ainsi Ténumération : . La Foi, l'Espérance et la Charité;

La Sainte-Chapelle;

Le Temple de la Sibylle, à Nice;

Les concerts, spirituels ou classiques, de l'hôtel de Condé.

Dans une brochure parue en 1882^, M. de Chambrun a lui-même raconté l'histoire et donné la description de ces trois chefs-d'œuvre de M. Eugène Guillaume : la Foi sainte, la divine Espérance et la Charité consolatrice. Les concerts m'entraîneraient trop irrésistiblement et trop loin; l'heure serait mal choisie d'ailleurs d'entamer une discussion musicale, au moment même où les idées du comte sur la musique « scientifique » semblent s'infléchir et fléchir, s'orienter vers l'indulgence,

I. La Foi, l'Espérance et la Charité, statues par Eugène Guillaume, A^o/ice par le comte de Chambrun. Paris, 1882.

préluder à une évolution dont un récent pèlerinage à Bayreuth pourrait bien être le point de départ.

Je m'attacherai donc de préférence aujourd'hui à la Sainte-Chapelle de l'hôtel de Condé et au temple de la Sibylle de Nice : deux formes parallèles et réciproquement explicatives d'une pensée religieuse et d'un goût d'art, émergeant d'une aspiration commune à l'idéal.

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