JOD
L'encens et la myrrhe des Mages A mes pieds étaient apportés, Et pour moi montaient aux nuages.
Mais leurs parfums y sont restés.
Jadis la Grèce et l'Arabie M'offraient leurs plus riches présents Pour embellir ma noble vie...
— Hélas! aujourd'hui je me vends.
J'avais pour moi toutes les gloires : Les arts exhaussaient mes esprits, Et je remportais des victoires...
— Mais tous mes lauriers sont flétris.
oob —
Je savais gagner des batailles, Mes enfants étaient des héros.
J'ai vu s'étioler ces fruits de mes entrailles, Et je n'ai plus que leurs tombeaux.
Ma jeunesse fut un délire D'orgueil et de félicité...
Je n'ai plus qu'un pâle sourire.
Triste reflet de ma beauté.
Mon front brillait de pierreries, La pourpre teignait mes manteaux Chargés, d'or et de broderies...
Et mes robes sont en lambeaux.
— Soy
Jeune, je fus de l'Italie La perle qui la fit pâlir; Aujourd'hui, belle encore en ma mélancolie, Sur mon sort je l'entends gémir.
De mes bagues de fiancée Les dauphins au fond de la mer Ont fait une chaîne pressée, Dont le dernier anneau n'est pas d'or... mais de fer.
Autrefois j'étais grande et forte, Ardente au choc, à l'action; Aujourd'hui je suis froide et morte.
J'attends la Résurrection !
De l'Adriatique à la Crète, Mon lion s'asseyait aux ports...
Sur son marbre il penche la tête.
Respectez le sommeil des morts.
Je fus reine — et je suis captive;
Mes couleurs brillaient au soleil...
La chaîne au pied, je m'endors sur la rive. — Patience! viendra le réveil.
Ce peut être un réveil terrible : Celui du lion irrité, Qui garde, sous son air paisible, Un peu de sa férocité.
Adieu For, adieu les couronnes...
— Au revoir, chère Liberté !
- Qui sait combien ébranlera de trônes
Le souffle du prochain été?...