M. Randor
des végétations tressées, doivent représenter le suprême holocauste auquel aboutit, sans relâche et sans fin, le drame vaniteux de Texistence. Tout à la cime enfin, coupant l'espace de ses trois cornes de bronze déjà patinées par le soleil et le vent, le trépied que la Sibylle romaine hérita jadis de son aïeule la Pythonisse symbolise audacieusement l'inconnu — et peut-être l'inconnaissable, — l'inexpliqué plus puissant que la vie, et que le Logos luimême. . . C'est ce que M. de Chambrun appelle avec raison ses hiéroglyphes.
On peut voir tout ce qu'on veut dans les hiéroglyphes. Les savants, à ce qu'ils disent, y voient même la vérité. Quelles traductions ne pourrait-on point faire des hiéroglyphes de M. de Chambrun! Quelles interprétations... libres n'en pourrait-on pas tirer, et quelles gloses à dévider audacieusement, avec cette joie perverse de mettre un esprit systématique en contradiction avec lui-même ! J'aurai du courage, je résisterai à cette attraction séduisante et dangereuse : il faut passer sans les heurter, en les saluant au vol avec une dé-
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férence et une sympathie profondes, devant les illusions saintes des croyants.
Il ne faudrait pourtant pas non plus demander l'impossible à la modestie humaine. Ne me sera-t-il pas même permis de triompher tout bas, dans un coin de chapitre déjà clos, du résultat de cette longue recherche à travers des architectures ? Et ne pourrai-je rappeler, très brièvement, ce que je disais au début de cette étude : que M. de Chambrun se retrouvera tout entier, et tel que des analyses antérieures ont essayé de le faire voir, dans les deux plus importantes de ses « œuvres figurées » ? Pour ne pas lasser l'attention du lecteur et me retenir moi-même sur la pente polie des dissertations, je me bornerai à articuler un fait :
A la même époque (i882-i885), M. le comte de Chambrun poursuivait avec la même passion l'étude et la parfaite exécution de deux monuments consacrés, l'un au Seigneur sous l'invocation des saints apôtres Paul et Jean, — Domine, sut invocatione sanctorum apostolorum Johannis et Pauli, — l'autre à
rinconnu, supérieur au Verbe lui-même.
Dans la première dédicace, M. de Chambrun était fidèle avec amour à ses traditions, à ses alliances et à sa foi. Mais, dans la seconde, comme il était des nôtres ! Comme il aspirait, lui aussi, — • à son insu peut-être et de la meilleure foi du monde, — à cette révélation nouvelle du Dieu inconnu que nous adorons tous, que nous attendons tous avec l'ardente anxiété de naufragés, réfugiés en attendant le salut sur les crêtes ironiques de Délos ! — Cette fois encore le « croisé » et « l'homme du siècle » ont poursuivi paisiblement, chacun sa voie, à travers les mirages d'or de l'art aimé religieusement par le « poète ».