INTRODUCTION HISTORIQUE
Origines probables du comté de Clermont; ses comtes propriétaires.
Les origines du comté de Clermont en Beauvaisis sont incertaines. Ce comté ne semble pas en effet avoir, comme d'autres grands fiefs et notamment comme le comté de Beaumont-sur- Oise, son voisin, correspondu à une division naturelle ou politique antérieure. Aucun titre ni document n'a jusqu'à présent fait connaître l'existence dans la cité des Bellovaques d'un pays grand ou petit qui put le rappeler soit par le nom, soit par la circonscription*. La Géographie ecclésiastique du diocèse de Beauvais, pas plus que la Géographie civile, dont tous les auteurs du reste constatent à l'époque mérovingienne et carlovingienne la fréquente et presque entière corrélation*, ne fournit de
> La cité des Belloyaqnes, au dire de M. Guérard (Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule), comprenait les quatre pagi Belvacensis, Camliacensis, Rossontensis et Vindiolensis.
i Voyez dans Louvet, Histoire du diocèse de Beauvais, t. I, p. 86-116, le Fouillé de rarchidiaconé de Clermont et de ses trois doyennés ruraux.
concordance. Des trois archidiaconés entre lesquels ce diocèse se trouvait partagé dès le xi* siècle, l'un appelé primitivement Grand Archidiaconé, puis Archidiaconé de Beauvais, a porté, il est vrai, aussi le nom d'Archidiaconé de Clermont. Mais on ne saurait établir d'analogie entre ses limites et celles du comté ; il suffit à cet égard, sans entrer dans aucun détail, de citer les deux doyennés ruraux qu'il comprenait avec celui de aermont savoir : Mouchy-le-Châtel et Beaumont, siège l'un et l'autre de fiefs très-importants et qui à aucime époque n'ont été placés dans la mouvance des seigneurs de Clermont. Il en était également ainsi même du doyenné qui avait pris le nom du chef-lieu. Sur les 34 paroisses, dont il s'est composé jusqu'en 1789, 14 et parmi elles la grande baronnie de Mello n'ont jamais relevé du comté. Ces observations nous semblent justifier l'opinion de Dom Grenier, citée par M. de Cayrol dans le mémoire qu'il a présenté en 1837 à la société des Antiquaires de Picardie *.
« Clermont, dit le savant historiographe, n'était dans l'origine qu'un simple fief non titré mouvant de l'église de Beauvais, pour lequel celui qui en était le possesseur devait payer quinze sols de relief. Sa qualité de comté ne remonte qu'à Hugues, et il fut formé d'un démembrement des anciens comtés de Beauvais et de Breteuil, de différents domaines de l'abbaye de StrDenis et de la ch&tellenie de Creil. »
La mouvance de l'Eglise ou Evèché de Beauvais est un fait incontestable. Elle est énoncée et réservée en termes exprès dans les lettres de 1269 par lesquelles St Louis constitua à son fils Robert le comté de Clermont en apanage ; plusieurs actes des successeurs de Robert témoignent que, malgré le haut degré de puissance auquel ils étaient parvenus, ils ne cessèrent de prêter foi et hommage à Tévêque de Beauvais, et sur la fin du seizième siècle une importante contestation judiciaire s'éleva même à ce sujet. Toutefois les expressions de l'acte de 1269 ainsi que de l'accord intervenu la même année entre le roi et Renaud de Naûteuil, lors évêque de Beauvais, ne sont pas telles qu'on ne puisse élever des doutes sur le point de savoir si le
* Mémoire sur Clermont en Beauvaisis, envoyé à Dom Grenier en 1767, par M. Lemoine, valet de chambre du roi, accompagné de notes par M. de Cayrol. Mémoires de la Société, année 1838.
domaine primitif lui-même, ou seulement une de ses dépendances ultérieures, était soumis à l'obligation de l'hommage *. JVous tenons, quant à nous, pour la première de ces deux opinions qui s'appuie de l'autorité de Dom Grenier.
Quel fut ce domaine primitif? Gomment et par quels accroissements successifs le simple fief relevant de l'Eglise de Beauvais était-il au quatorzième siècle devenu l'une des seigneuries les plus considérables du royaume, ayant rang de Gomté- Pairie, et recevant l'hommage direct de 167 vassaux lesquels à leur tour avaient plus de 1500 fiefs et arrière-fiefs dans leur mouvance ? Gette question nous semble devoir être ici abordée et examinée avec quelques détails ; car elle forme à notre avis le préliminaire indispensable de ce qui sera l'objet principal de la présente étude : l'analyse, le résumé du curieux Recueil conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale sous le titre de Livre des hommages du comté de Clermont en Beauvoisis^ et qui n'est autre que la copie du Dénombrement rendu par Louis II duc de Bourbon à Gharles V, en exécution des Lettres Royales données à Vincennes le 20 novembre 1371 et prescrivant le recensement par chaque bailliage des fiefs et arrière-fiefs mouvant de la couronne.
M. Graves * et Bosquillon, auteur d'une histoire manuscrite du comté de Glermont en Beauvaisis', ne font remonter qu'au neuvième siècle ou même au dixième l'origine de Glermont, et le considèrent comme un des nombreux châteaux forts qui s'élevèrent alors de toutes parts pour protéger le plat pays contre les irruptions des Normands. Deux arguments nous paraissent pouvoir être invoqués à lappui de leur opinion *. Si l'on jette
1 (( Quicumqae dictum comitatum tenebit episcopis Belvacensibus, qui pro temu pore fuerint, homagium facere teneatur de iis de quibus ipsis episcopis con- « sueyerant homagium facere comités Clarimoutis. » Lettres du roi Louis IX données à Vezelay au mois de mars 1269.
• Précis statistique sur le canton de Clermont ^ 1838, p. 74.
' Bibliothèque nationale, fonds français, n» 25, 220. Cette histoire, ou plutôt ce projet d'histoire, dû à la plume de M. Bosquillon, président dé l'élection de Clermont, est dédiée au comte de Charolais, tuteur de Louis- Joseph de Bourbon, prince de Condé et comte de Clermont, ce qui permet d'en fixer la dateyers 1750. Dom Grenier a reproduit, dans son tome XLV bis, la généalogie de la maison de Clermont, dressée par Bosquillon.
* Nous ne saurions omettre de signaler ici, an moins en passant, l'opinion contraire qui voit dans Clermont l'oppidum de» Bellovaque», désigné par César
les yeux sur la nomenclature dressée par le premier de ces deux auteurs des voies romaines qui sillonnèrent le pays des Bellovaques, on reconnait qu'aucune ne passait par Glermont même, et que celle qui s'en trouvait le plus rapprochée, et qui ayant été pendant le moyen-âge sa seule* communication directe avec Beauvais en prit vers le treizième siècle le nom de cakeia de Claromonte \ était distante de plusieurs kilomètres, forte présomption contre l'existence, sur ce point, d'une agglomération galloromaine ou d'un fort militaire de quelque importance. Le second argument est fourni par l'ancienne topographie ecclésiastique de la ville de Glermont. Jusqu'au seizième siècle, presque toute la basse ville ou faubourg Saint-André fut comprise dans la paroisse de Breuil le Vert ou Bruslevert {Bruolium) ; de même celle d'Agnetz ou Anest, {Annetiim) s'étendait fort avant, englobant dans sa circonscription les hameaux et lieux bâtis, connus sous les noms de La Croix Picard, de Saint-Laurent, des Noyers et de Béthencourtel. Cet état de choses, quoique modifié alors, existait encore tellement au dix-huitième siècle*, que Bosquillon, dans son histoire, compte à la ville trois paroisses, mais ajoute qu'une seule est située dans son enceinte, et que les deux autres se trouvent éloignées de près d'une demi-lieue et portent les noms des villages d'Agnetz et de Breuil-le-Vert.
C'est sur le territoire du second de ces deux villages qu'au dire de Graves aurait été bâti le château de Glermont, et nous partageons son avis. En effet, les termes des deux chartes de la fin du onzième et du milieu du douzième siècle, par lesquelles Hugues de Glermont et Renaud son fils donnèrent à l'abbaye de Saint-Germer le prieuré et l'Église de Breuil ', permettent de conclure que les terres de cette paroisse touchaient alors aux murs de la forteresse. Il est certain d'ailleurs que Breuil-le-Vert appelé aussi Breuil-le-Gomte {Bruolium Comitis)
dans ses commentaires sous le nom de Bratuspanlium. V. entre autres \ Étude 7iouvelle sur la campagne de Jules César contre les Bellovaques par M. Peigné- Delacour, Senlis, 1869 ; et dans le tome IX des Mémoires delà Société académique de l'Oise les Recherches de M. de TEpinois sur Tancien comté et les comtes de Glermont^ du xi» au xiiio siècle.
• Notice archéologique du département de VOise par Graves, p, 223.
• Il n'a pris fin que de nos jours, en vertu d'une ordonnance royale du mois de février 1835.
• V. Louvel, Histoire et antiquitez du pays de Bemwaisis^ t. I, p. 652-654.
dans quelques-uns ^s. anciens titres, appartint dès l'origine aux seigneurs de la maison de Clennont et resta dans, leurs mains jusqu'au commencement du douzième siècle,, qu'il passa à la famille des comtes de Saint-Pol, par le mariage de Marguerite fille de Renaud II avec Hugues II de Candavesne.
Le passage de Dom Grenier, que nous avons cité d'après M. de Cayrol, fixe au temps de Hugues. la création du comté de Clermont par l'adjonction de diverses autres seigneuries au domaine primitif. Certains textes nous donneraient lieu de croire que cette création serait même un peu postérieure. Nous signalerons les doutes que nous pouvons éprouver à ce sujet, lorsque nous aurons, cherché à indiquer quels furent les prédécesseurs de Hugues ainsi que la famille à laquelle ils appartenaient. La tâche ne laisse pas de présenter des difficultés presque insolubles, à raison tant de la rareté des documents que des divergences qu'offrent les auteurs; aussi nous nous bornerons à ré* sumer ici ces divergences sans avoir la prétention de les concilier.
Du Cange, dans, son Histoire delà ville cTAmiem (Edition Hardouin, p. 192)> considère Hugues comme filsputnéde Manassès comte de Dammartin en Gœlle, lequel aurait été lui-même issu de Hilduin II, comte de Montdidier *. VArt de vérifier les dates (t. II, p. 697.) et le père Anselme {Histoire gjinéalogique des grands offkiersdela Couronne , t^VI,^p. 45»et suites) lui donnent au contraire pour père Renaud, qui vivait sous le règne de Henri I^', et par lequel ils comimencent la généalogie des seigneurs de Clermont
L'historien du Yalois, Carlier, nous reporte près de trois quarts de siècle en arrière. Suivant lui (t. I, p. 275), Hilduin, Haudouin ou Gilduin fils aîné et successeur de Guillaume comte de Ponthieu et de Montreuil, aurait ajouté à l'héritage paternel, qui comprenait aussi Nanteuil en Valois, les comtés de Breteuil et de
1 Le fils aîné d'Hilduin II, Hilduin UI, lui suocéda dans le comté de IMontdidier, lequel passa après lui h son fils Hilduin IV, comte d'Arcis, de Ramerupt et de Breteuil en Beauvaisis. Celui-ci aurait été père d'Ebbes II, comte de Roucy, d'André, comte d'Arcis et de Ramerupt, et de Waleran, tige des comtes et seigneurs de Breteuil. Du Cange, Ibid,, p. 188-193. Dom Grenier, Mémoire de M. de Cayrol, p. 16, note, dit également que Hugues descendait de la maison de Dammartin.
ft LE COMTÉ DE CLERMONT EN BEAUVAISW.
Ciermoni et les aurait transmis à Tun de ses fils Hilduin II que nous voyons en effet qualifié dans VArt de vérifier les dates (t. II, p. 754) de seigneur de Rameru, de Breteuil et de Nanteuil, appelé de lui Nanteuil le Haudoin '. Hilduin II eut deux fils, Manassës et Hilduin, lesquels vivaient encore en 1029.
N'y aurait-il pas une certaine présomption d'identité entre ce dernier Hilduin et Gilduin ou Hilduin que Louvet dans ses Anciennes Remarques de la noblesse Beauvaisine (p. 228 et 391) fait figurer comme comte de Breteuil et de Clermont en Tan mil vingt? Nous ne nous refuserions pas à l'admettre; mais l'assimilation qui nous semblerait bien plus vraisemblable encore serait celle de Gilduin ou Hilduin avec un personnage que BosquiUon considère comme son prédécesseur en la seigneurie de Clermont, peut-être comme son père, et qui souscrivit en 1023 au palais de Gompiègne sous le nom de Balduin avec plusieurs seigneurs de Beauvaisis, parmi lesquels Aubert et Guillaume de Creil {Aubertus Creduliensis et Vuilelmus f rater ejus) la charte de confraternité et d'association de prières entre l'Eglise de Beau vais et l'abbaye Saint-Waast d'Arras. Dans cette charte, que reproduit Louvet (t. II, p. 186-188) Balduin, est surnommé de Clermont {Balduinus de Claromonte) et le Nobiliaire historique de Tabbé de Camps * établit positivement que son surnom ne lui pouvait venir que de la seigneurie de Clermont en Beauvaisis, mais n'ajoute aucune indication sur sa personnalité. Nul autre document que celui do 1023 ne fait à notre connaissance mention de Balduin^ et dans cette situation nous serions assez disposé à croire à une altération résultant d'une erreur du copiste, et par suite à la possibilité que ledit Balduin ait été précisément Hilduin de Breteuil.
Quoi qu'il en soit du reste de son origine, ce dernier apparaît comme seigneur de Clermont et de Breteuil dans les documents des premières années du onzième siècle ' ; il était en même
* Cependant l'auteur de Y Art de vét^ifier les dates croit problématique la conquête de Breteuil et de Clermont par Hilduin U*.
* Bibliothèque nationale, collection Ms., t. I, P* 29.
* La preuTe la plus certaine qu'en produit Louvet relativement & Clermont, nous semble être la donation faite par Gilduin à la mense épiscopale du Mans d'une rente de 20 livres à prendre sur le domaine de cette seigneiu'ie, en reconnaissance de ce que Tévéque Avesgaud de Bellesme lui avait concédé les reliques
temps vicomte ou vidame de Chartres *, charge qu'il exerçait sous Tautorité souveraine d'Eudes II comte de Blois et de Champagne. Ce seigneur, l'un des plus puissants de son temps, était celui qui, par acte d'échange aj^rouvé du roî Robert Fan t015, avait abandonné à Tévêque Roger et à ses successeurs le comté de Beau^ vais. Mais il n'avait pas pour cela, croyons-nous, rompu tout lien féodal avec les vassaux de son ancien domaine héréditaire, et telle serait, à notre avis, la raison pour laquelle les seigneurs de Breteuil figuraient encore au douzième siècle parmi les feu* dataires du comté de Champagne ' ; tel serait aussi le motif qui en 1037 ^itralna Galeran, fils de Gilduin, à la suite d'Eudes dans l'expédition que celui-ci dirigea contre le royaume de Bourgogne et où il trouva la mort. Blessé au funeste combat de Bar (15^ novembre) Galeran n^échappa aufer des vainqueurs que par la protection de Richard, abbé de S' Vanne de Verdun, qui sur le champ de bataille même le revêtit de l'habit religieux. Transporté à l'abbaye de Saint-Vanne,, guéri par les soins qu'il y reçut, Gateran renonça au monde et se fit moine. « De tout cela le comte Gilduin deument averti, dit Louvet [Anciennes Re^ marques y p. 230),. se transporta aussitôt au monastère, où esmeu de la charité et du bon exemple de S^ Richard et de ses religieux il prist l'habit et passa le reste de ses jours vivant selon la règle de Saint-Benoist et la réforme qui y avait été nouvellement établie. »
Toutefois cette retraite de Gilduin ne put avoir lieu, comme semble l'indiquer Louvet, immédiatement après la bataille de Bar; car nous le trouvons agissant comme vicomte de Chartres jusqu'en 1046 et deux ans après (1048) parmi les assistants de la cour plénière tenue par Henri I" à Senlis '. 11 eut son fils
de saint Constantin pour Tabbaye de (lotre-Dame, qu'il venait de construire ou de restaurer auprès de son château de Breteuil. La rente s'acquittait encore à répoquc où furent écrites les Anciennes Remarques de la noblesse beanvaisine, c'est-à-dire au milieu du xyip siècle.
^ n Tétait dès 1019 suivant M. E. de^ Lépinois, Histoire de Chartres, t. T, p. 51.
s Feoda Campanie, 2e registre, composé sous Henri le Libéral (1152-1186), collection de Champagne, t. CXXXVI, p. 317 à la Bibliothèque nationale, Ms ; V. aussi d'Arbois de Jubainvilie, Histoire des ducs et comtes de Champagne, t. II, documents. Cet auteur a consacré à Gilduin de Breteuil et à sa généalogie ime longue note à laquelle nous renvoyons le lecteur, t. II, p. 37-38.
» Cartulaire de Saint-Père, t. I, p. 161, et E. de Lépinois, t. II, p. 612; Martèno Ampliss. coil.y t. VU, col. 58.
Evrard I pour successeur dans le comté de Breteuil *, ainsi que dans le vicomte de Chartres. Louvet ni aucun autre auteur ne font connaître à qui échut après lui la seigneurie de Clermont*; mais comme d'autre part rien n'indique que cette seigneurie soit sortie par la force de ses mains ou de celles de sa famille, peut-être n'aurait-on pas absolument tort de voir sinon un fils de Gilduin, oublié par les généalogistes, du moins un de ses parents dans Renaud qui en apparaît comme possesseur en 1034, et par lequel sans insister davantage sur l'hypothèse que nous venons de hasarder, nous commençons, avec tArt de vérifier les dates et le Père Anselme, la Liste chronologique des comtes de Clermont de la première race.
I. — Renaud P'. Il est cité dans V Histoire ecclésiastique d'Orderic Vital ', comme l'un des chefs de l'armée qu'Henri P' conduisit en 1054 en Normandie au secours des barons révoltés contre le duc Guillaume, et qui fut battue à Mortemer en Bray. Six ans après cet événement, il aurait, suivant Bosquillon, été pourvu de la charge de chambrier de France, l'un des grands offices de la couronne, et, en effet, on trouve dans la liste des chambriers dressée par du Gange un personnage du nom de Renaud (1060- 1065) mais dont la famille n'est pas spécifiée.
L'Art de vérifier les dates dit que Renaud vivait encore en 1084 et qu'il n'est pas certain que cette année ait été la dernière de sa vie. Ordéric Vital, Guihert de Nogent et les quelques titres qui parlent de lui, dénomment Renaud seulement seigneur de Clermont (Rainaldtis de Claromonte) sans lui donner le titre de
* Le comté de Breteuil étendait alors, suivant Louvet, Anciennes remarques, p. 454, ses bornes et limites jusques aux portes de Beauvais, qui en est distant de six lieue», comprenant les quatre châtellenies de Bonneuii, BreteuiU Catkeux, Francastel, ainsi que celle de Grévecœur qui n'en fut démen>brée qu'au milieu du xii» siècle, en faveur d'une branche cadette. Du côté d'Amiens la chAtellenie de Conti était, ou tout au moins ne devait pas tarder à être dans sa mouvance. En effets on voit par titre de 1142^ Evrard III de Breteuil, céder au chapitre d'Amiens le quart qu'il possédait en la vicomte de ce nom. Ibid., p. 231, et l'abbé Daire, Doyenné de Conti,' On trouve dans le tome CLXVII de Dom Grenier, f»» 19ti-2i3) une généalogie de la maison de Breteuil.
* Louvet se borne à mentionner après Gilduin, comme comte de Clermont en 1020, « Hugues, qui vivait du temps d'Anselme, évéque de Beauvais en l'an mil cent. »
« Édition Le Prévost, 1855, t. UT, p. 234 et 237.
comte, qn'il ne porta pas en effet, croyons-nous. Son alliance n'est pas connue; il eut pour fils Hugues qui suit \
IL — Hugues, Il fut du vivant de son père surnommé de Mouchi, Montiacensis {Art de vérifier les dates) d'une seigneurie qu'il possédait et qui était, croyons-nous, Mouehy Saint-Éloi '. Bosquillon veut qu'il ait accompagné Guillaume le Bâtard, duc de Normandie^ à la conquête de l'Angleterre (1066) et qu'ayant ensuite passé en Italie au secours de Roger, duc de Fouille, frère de Robert Guiscard, il l'ait aidé à chasser les Sarrasins de la Sicile. Si l'on adoptait cette opinion, peut-être devrait-on voir en lui, malgré l'avis contraire de M. le Prévost (t. III, p. 83) cet Hugues le borgne de Clermont {Hugo monoculus de Claromonte) qu'Orderic Vital fait figurer en 1083 parmi les principaux conseillers de Boémond, prince de Tarente.
Le premier acte, dans lequel Hugues apparaisse comme seigneur de Clermont, est une charte dont Louvet (t. I, p. 652) fixe la date aux environs de l'an 1100 et par laquelle il fit donation à l'abbaye de Saint-Germer-de-Flay du prieuré de Breuil-le-Vert. Les énonciations de cette charte permettent de déterminer avec quelque certitude quelles étaient les possessions de la maison de Clermont au début du douzième siècle. Elles comprenaient en Beauvaisis, les seigneuries de Clermont et de Breuil-le-Vert, à laquelle il convient sans doute d'ajouter celle de Mouchy- Saint-Éloi '. La dime de Villers*, comprise dans la donation, en
' Le p. Anselme attribue à Renaud pour fille Marguerite, qu'il fait seconde femme de Hugues IV du nom, comte de Saint-Pol. n y a là à notre avis une double erreur du savant généalogiste. Tout d*abord ce ne pourrait être Hugues IV qui devint comte de Saint-Pol seulement en 1174, mais son arrière-grand-përe Hugues II (1083-1130), que la fille de Renaud I«r aurait épousé. Hugues II contracta en effet une seconde union avec une Marguerite de Clermont qui avait pour père, tous les documents Tattestent, Renaud II et non Renaud I<».
* Aujourd'hui canton de Liancourt. Ce ne pouvait être en effet Mouchy-le- Chatel qui appartenait alors au célèbre Dreux de Mouehy. Les comtes de la première race possédèrent du reste jusqu'à la fin à Moucby-Saint-Éloi non-seulement la mouvance, mais encore des biens accensés. Voir coll. Moreau, t. CXV, f. 71 et 56, deux chartes de Catherine, comtesse de Clermont et 4e Blois, mai et juin 1211.
* Nous serions disposé à y joindre également les droits de morte-main et de formariage que le comte de Clermont percevait encore au xiv» siècle, dans vingt localités (dénombrement de 1373) de compte à demi avec Tabbaye de Saint-Denis, dont les domaines en Beauvaisis étaient fort étendus et comprenaient des fiefs et arrière-fiefs, aussi bien que des terres censitaires.
* Aujourd'hui, comme Précy, du canton de Crcil.
même temps que des biens à Précy sont une grave présomption qu'alors aussi déjà la chàtellenie de Creil appartenait à Hugues ; il est certain du reste qu'il en fut seigneur ; mais nous ne saurions préciser s'il le devint par héritage paternel, comme l'avance Bosquillon, ou par concession royale, ainsi que l'impliquerait un acte du temps, dont M. Mathon, dans son Histoire de Creil^ cite un fragment non daté *.
Toujoiœs aux termes de notre charte, il possédait dans le Parisis, district de l'Ile de France, le château fort de Luzarches et comme tel se trouvait feudataire de l'Evêque de Paris *. Ce château fut entre son gendre Mathieu I, comte de Beaumontsur-Oise, et lui, l'occasion d'une guerre à laquelle Suger attribue l'une des premières interventions de la royauté capétienne en Beauvaisis '. Mathieu avait reçu comme dot d'Emme de Clermont, sa feihme, la moitié de la seigneurie de Luzarches ; il s'empara de vive force de l'autre moitié et, sûr de l'alliance de Bouchard III de Montmorency ainsi que de celle de Dreux de Mouchy, refusa d'obtempérer aux injonctions de son suzerain Louis VI, auquel Hugues s'était empressé de recoiu-ir. L'armée royale entra en campagne ; mais ses débuts ne furent pas heureux ; elle échoua devant Chambly. Nonobstant, Mathieu ne tarda pas à solliciter la paix qui lui fut accordée à condition de rétablir les choses sur leur ancien pied.
• Histoire de la ville et du château de Creil, 1861, p. 28. « Ego Hugo Rainaldi (c filius, régis beneficio Credulii dominos, et ego Valleranus ipsi Hugoni et con- « sanguinitate et ejusdem castelli participatione coDJuratos. » Quel était ce Vallerand, ainsi associé à la possession de la chàtellenie de Creil ? BosquiUon affirme son identité avec Vallerand ou Galleran de Breteuii, successeur (1076) de son frère Evrard II, qu*au degré précédent il a déjà présenté comme seigneur par indivis de Creil avec Renaud, mais sans en apporter de preuves. Creil était maison royale en 636 ; nous avons vu qn'en 1023 il appartenait à deux frères Aubert et Guillaume. Ce dernier eut vers 1030 un différend avec Tabbaye de Saint-Bertin, relativement à un chàteau-fort appelé Humbertusium, bâti sur les bords du Thérain, et fut, aux plaids royaux de Senlis, condamné à restitution. Déjà un Guillaume de Creil avait été, suivant Dom Grenier (t. CCXLII), en guerre avec Hugues Capet pour le fort de Creil. Peut-être de ces divers faits pourrait-on conclure à une confiscation, dont Hugues de Clermont aurait profité?
* La mouvance de Luzarches (aiyourd'hui chef-lieu de canton, Seine-et-Oise), est expressément énoncée dans le Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 7; Voir aussi Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. FV.
' Vie de Louis le Gros, édition de la Société de THistoire de France. Voir p. 16-20, l'historique de la guerre entre Hugues de Clermont et Mathieu de Bcaumout.
Ces événements se passaient en 1 102. L'histoire se tait depuis sur le compte de Hugues, que Suger qualifiait du reste alors déjà de vieillard. Il était certainement mort en 1 114/année où Renaud II, son fils, figui*a comme seigneur de Clermont à la dédicace de la Collégiale de cette ville. Il avait épousé à une époque, que nous ne saurions préciser, Marguerite, fille de Hilduin, comte de Montdidier*, et d'Alix, comtesse de Roucy, dont indépendamment de Renaud il eut plusieurs enfants, savoir : Guy, blessé à la bataille de Brenneville (1119) ; Raoul, chanoine de Beauvais ; Ërmentrude, femme de Hugues d'Avranches, comte de Chester en Angleterre ; Richilde, mariée à Dreux II, seigneur de Mello, fils d'un autre Dreux premier possesseur de cette grande baronnie ; et Emme, dont nous avons parlé plus haut, femme de Mathieu, quatrième comte de Beaumont-sur-Oise. A cette liste donnée par le P. Anselme, nous devons ajouter Adélaïs, épouse de Gislebert d'Angleterre {de AngKâ), qui se dit fille de Hugues de Clermont et de Marguerite dans la donation par elle faite vers 1 140 au prieuré de SaintrLeu d'Ësserent pour la fondation de son anniversaire (Coll. Moreau, t. LIX, fol. 75). Ni Suger, ni les chartes que nous avons eues sious les yeux, ne donnent à Hugues le titre de comte ; elles le qualifient seulement seigneur de Clermont.
III. — Renaud II. Il est le premier qui incontestablement, à notre avis du moins, se soit qualifié de comte de Clermont, qualification qu'il nous semble avoir due à l'union qu'il contracta avec Alix ou Adélaïde de Vermandois, fille d'Herbert FV et d'Adèle de Valois. Cette princesse, quand elle épousa Renaud, était déjà veuve d'Hugues dit le Grand, troisième fils d'Henri I", roi de France *. Héritière du Vermandois par son frère , dernier descendant mâle de la race de Charlemagne, elle possédait le comté de Valois et celui de Crespy du côté maternel ; son second mari en prit naturellement les titres ; plus tard, lorsque ces comtés furent devenus le partage
* Art de vénfier les dates. Cet Hilduin IV devint comte de Roucy à la mort de son beau-père Ebbes I^r, archevêque de Reims, et fut la tige de la seconde maison de Roucy.
* Hugues de France périt en Palestine le 18 octobre liOl, laissant de son mariage contracté vers 1080, sept enfants dont trois fils, Raoul IV, comte de Vermandois et de Valois, Simon, évéque de Noyon, et Henri, tige des sires de Chaumont en Vexin.
des enfants du premier lît, Raoul n'en aurait pas moins conservé, croyons-nous, le titre de comte, lequel passant ensuite de sa personne, à laquelle il était ainsi demeuré attaché, aux domaines patrimoniaux, se serait transmis avec eux à ses successeurs en la seigneurie de Clermont *.
L'époque du mariage de Renaud et d'Alix de Vermandoîs n'est pas connue. Il datait de [dusieurs années déjà lorsque à l'occasion de la dédicacé de la nouvelle église Collégiale de Saint- Arnoult de Clermont, qui eut lieu le 24 juin 11 14 ou 11 15% Renaud accorda au Chapitre de ce nom une foire de trois jours à la saint Jean-Baptiste de chaque année avec les droits de tonlieu, forage, rouage, travers et justice y attachés. Peu de temps après en effet, au plus tard en lil8, il mariait la fille unique née de cette union, Marguerite, à Charles de Danemarckdit le Bon, cousin et héritier de Baudouin VII, comte de Flandre, et lui constituait en dot le comté d'Amiens, que Louis le Gros venait d'enlever à la maison de Boves pour le donner ou plutôt le restituer à l'héritière légitime, sa tante Alix. Celle-ci se dessaisit vers le même temps du Vermandois en faveur de Raoul fils aîné issu de son mariageavec Hugues de France '^ etmourut, suivant Carlier, en 1123.
Après quelques années de veuvage, Renaud contracta une nouvelle alliance avec Clémence de Bar, fille de Renaud I*', comte de Bar et de Gisèle de Vaudemont.
^ Voyez à Tappui de Tôpinion que nous émettons ici, l'intitulé de la charte relative au prieuré de Breuil-le-Vert (Louvet» t. I, p. 653}. Elle commence ainsi : Renaud comte, seigneur de Clermont {Eguo Rainaldus cornes Clarimontis Dominus),
* Abbé Delettre, Histoire du diocèse de Beauvais, Cette concession, à laquelle concoururent « les barons et vasseurs du terrouer de tout Clermont » pour ce qui avait trait à la justice, fut soumise par Renaud, en 1147, à la confirmation de l'évoque Eudes HL. Voyez Louvet, t I, p. 700. La fondation du Chapitre Saint- Arnoul est bien antérieure à la dédicace de 1115. Le célèbre Guibert, abbé de Nogent^sous-Coucy, qui était originaire des environs de Clermont, nous apprend en effet, Histoire de sa vi>, coll. Guizot, t. IX, p. 366-369, que dans la seconde moitié du xp siècle les prébendes canoniales étaient à la collation du seigneur du lieu et qu'il fut pourvu de Tune d'elles.
8 Voir du Cange, Histoire d'Amiens et de ses comtes^ livre IV, et VArt de vérifier les dates. Plus de vingt ans après la mort d'Alix surgit entre Raoul II de Vermandois et son beau-père Renaud de Clermont, une guerre dont la cause n'est pas connue, mais dont les conséquences furent telles pour le second, qu'il dut recourir à la médiation d'Eudes III, évêque de Beauvais et de Suger, qui parvinrent à apaiser le différend. Voir D. Grenier, Généalogie de la maison de Clermont y t. XLV bis.
C'est par leurs libéralités envers les établissements religieux que nous sont principalement connus les seigneurs des xi* et xn* siècles ; car le clergé seul alors était en mesure de rédiger par écrit les actes, et avait des archives pour les conserver. Les fondations faites par Renaud témoignent à la fois de son opulence et de sa piété. En 1130, de concert avec Mathieu de Beaumont, qui possédait par indivis avec lui la seigneurie de Luzarches, il donna à un ermite nommé Ascelin un bois situé à deux lieues de cette ville pour l'entretien des compagnons de sa vie érémitique, don qui fut l'origine du monastère d'Hérivaux (Gailia christiana, t. VII, col. 817). En 1144, il concéda au prieuré de Saint-Leu d'jcisserent la tierce partie des droits de travers qu'il percevait au pont de Creil*. En 1147, il confirma les donations de son père au prieuré de Breuil-le-Vert et en accrut l'importance (Louvet, t. I, p. 653). Vers le même temps il accordait aux chanoines réguliers de Saint-Quentin de Beauvais qui desservaient le prieuré de Gournay-sur-Aronde, doyenné de Ressons, l'exemption du droit de travers dans toute rétendue de ses domaines (Coll. Moreau, t. LXV, p. 15. V. Ibid., t. LXX, p. 172, la confirmation du comte Raoul).
En 1150, nous trouvons Renaud faisant fortifier son château de Montataire et réclamant aux religieux de Saint-Leu d'Esserent la fourniture annuelle d'une voiture de planches pour la réparation du pont jeté près de là sur la rivière du Thérain [Histoire de Creil, p. 29). En 1156, du consentement et avec le concours de la comtesse Clémence son épouse *, il amortit en faveur du prieuré de Villers-Saint-Sépulchre , doyenné de Mouchy, des biens situés à Angicourt et à Dodunvillers et légués par un de ses chevaliers nommé Albert, lequel suivant une pieuse habitude du siècle y avait pris l'habit religieux dans les derniers jours de sa vie (Coll. Moreau, t. LXVIII, P41).
* Voir, Mathon, Histoire de Creil, p. 72, les chartes confirmatives de Louis VII et de révéque de Beauvais.
* A une époque non détenninée les deux époux avaient octroyé aux meseaux ou lépreux de Qermont, deux pains chaque jour ainsi qu'une mesure de vin dont six faisaient le setier, et par semaine 4 deniers Beauvaisins pour cuisine, le tout pendant le séjour qu*ils (le comte et la comtesse) feraient au château et en la chàtellenie de Clermont. Bibliothèque nationale, F. F. 20,082, f» 556, Vidimus de celte charte.
-i4 LE COMTÉ DE CLERHONT EN BEAUVAISIS.
L'amortissement de 1156 est le dernier document où nous voyons figurer Renaud II. Il était depuis longtemps déjà en procès avec l'abbaye Saint-Lucien pour un droit de gîte qu'il prétendait sur les terres de ladite abbaye à Rozoy et à Cinqueux (doyenné de Pont) lorsqu'il mourut, et comme l'accord intervenu à ce sujet entre Raoul son successeur et l'abbé Pierre * est mentionné expressément dans la charte conftrmative des possessions des religieux de Saint-Lucien , donnée en 1 1 57 par Henri de France evèque de Reauvais, nous devons en conclure que la date do son décès ne peut varier qu'entre les derniers mois de 1156 et les premiers de 1157.
Nous avons déjà parlé de la fille née du premier mariage de Renaud avec Alix de Vermandois, à laquelle il avait fait épouser Charles le Ron, héritier présomptif de Raudoin YII et son successeur en 1119 dans le comté de Flandre. Charles ayant succombé le 2 mars 1127 sous le fer d'un assassin, Marguerite de Clermont, à laquelle il ne laissait pas d'enfants, ne tarda pas à se remarier avec Hugues II, Champ d'Avène, comte de Saint-Pol et en eut deux fils Raoul et Gui, auxquels elle transmit la seigneurie de Hreuil-le-Vert, recueillie par elle dans l'héritage paternel *. Après la mort d'Hugues de Saint-Pol (1 131) elle convola à de troisièmes noces avec Raudoin d'Encre.
De Renaud II et de Clémence de Rar, sa seconde femme, naquirent :