Raoul, qui fut comte de Clermont
2. Simon, lequel épousa la belle-sœur de son frère, Mahaud ou Mathilde, fille puînée de Yaleran IV de Rreteuil. Il devint par son mariage seigneiu* d'Ailly-sur-Noye et de Tartigny en Picardie et fut la tige des Clermont d'Ailly et Clermont Nesle,
* Le texte de cet accord existe dans le tome LXXI de la coll. Moreau, f» 1\ mais avec une erreur de date.
* Cette seigneurie était encore au xiii« siècle dans la maison de Champ d'Avène. Louvet, Anciennes remarques, p. 270. Hugues, lorsqu'il épousa Marguerite de Clermont, était lui-même veuf d'Elisinde et en avait eu un fils, Hugues III, qui lui succéda dans le comté de Saint-Pol. Le P. Anselme donne pour second mari à Marguerite, au lieu d'Hugues, Thierry d'Alsace, comte de Flandre en 1128; mais cette opinion, que partage Morëri, est contredite par du Cange ainsi que par VAii de vérifier les dates; elle ne nous semble pas admissible.
seigneurs d*Offémont et de Mello, qui ne s'éteignirent que dans le courant du seizième siècle ^
3. Hugues, d'abord Primicier de TEglise de Metz, puis abbé de SaintrGermer (1172-1180)*, de Saint-Lucien (1180-1183), et enfin de Cluny, où il mourut en 1188 suivant les uns, en 1199 suivant les autres.
4. 5. 6. Gui, Renaud et Gautier, qui moururent jeunes, ou dont l'histoire du moins n'a pas conservé le souvenir.
7. Marguerite, dame en partie de Luzarches, laquelle épousa vers 1152 Guy le Bouteiller de Senlis, deuxième du nom, seigneur de Chantilli et mourut en 1 187 peu avant son mari. (André du Chesne, Histoire manuscrite de la maison des Bouteillers de Senlis^ S. F, Fr. 16798.) Leur fils. Gui III, fut seigneur en partie de Luzarches et comme tel rendit foi et honmiage à l'évèque de Paris {Cartuiaire de Notre-Dame de Paris, 1. 1, p. 7).
8. Mathilde , femme de Rognes de la Toumelle , d'une des principales maisons du Yermandois, et mère de Robert, lequel figure en 1218 avec son cousin Guy parmi les héritiers de Thibault de Blois.
* André du Chesne, Histoire de la maison de Dreux, fo 23, dit qu'il ne naquit pas d'enfants du mariage de Simon et de Mahaud de Breteuil» mais cette opinion est contredite par tous les auteurs, notamment par le P. Anselme (t. VI) et par Dom Grenier. Suivant ce dernier (tome CCXLII, f» 108 et suiv., Généalogie des seigneurs d'Ailly-sur-Noye), Simon ne vivait plus en 1194 et laissa pour enfants entre autres, Raoul, seigneur d'Ailly, qui épousa Gertrude, sœur et héritière de Jean II, sire de Nesle. Ce fut ce Raoul qui, ainsi que nous le verrons plus loin, vendit à Philippe-Auguste, moyennant quatre mille livres, les droits que lui ouvrait sur le comté de Clermont la mort sans enfants de Thibault de Blois (1218). Les armes de Simon de Clermont étaient de gueules à deux bars d'or adossés, sur un écu semé de trèfles de même, sans lambeL Contrairement à l'opinion du P. Anselme, dit Dom Grenier (loco citato), elles différaient de celles du comte Raoul, son frère. Peut-être Simon les aurait-il adoptées pour rappeler sa descendance de la maison princière de Bar, dont les armoiries, à la couleur del'écusson près s'en rapprochaient en effet beaucoup. Nous reviendrons sur cette question à l'article de Raoul. Plus tard, après l'alliance avec les maisons d'Offemont et de McUo, les Qermont-Nesle écartelèrent aux î et 4 de Mello, dor à deux fasces de gueules et un orle de merlettes de même; aux 2 et 3 bandé d'or et de gueules de six pièces,
* Il était en môme temps abbé de Saint-Evremont de Creil et en cette qualité donna conjointement avec Raoul son frère, en 1175, l'église, les prébendes et les revenus du canonicat de Saint-Evremont aux religieux de Saint-Leu d'Esserent, où leurs ancêtres avaient leurs sépultures. Histoire de Creil, p. 29.
Le Père Anselme et Bosquîllon arrêtent là la liste des enfants issus du mariage de Renaud II et de Clémence de Bar. Louvet {Anciennes Remarques de la noblesse Beauvaisine, p. 393 et Histoire du diocèse de Beauvais, t. II, p. 5), leur attribue une autre fille, que d'après un titre de Saint-Quentin de Beauvais de Tannée 1165* il appelle Comtesse. Sur ce dernier point nous croyons qu'il pourrait y avoir une légère erreur de l'ancien historien du Beauvaisis, qui nous semble avoir pris le titre de la donatrice pour son nom propre. Et en effet une charte de Raoul, comte de Clermont, sans date déterminée, mais que la collection Moreau place entre 1177 et 1203*, inscrit au nombre des témoins Albéric comte de Danmiartin et Mahaut comtesse de Dammartin, sœur dudit Raoul, mais cette charte même est une preuve de pluâ à l'appui de l'existence d'une troisième fille de Renaud II et de Clémence. Cette Mathilde, comtesse de Dammartin, nous la retrouverons d'ailleurs en 1218 cédant à Philippe Auguste ses droits sur le comté de Clermont moyennant une rente annuelle de cent livres sur la prévoté de Crépy. Maintenant quel était son mari?La charte l'appelle comte de Dammartin. Il y eut deux seigneurs de ce nom, dont le second fut le fils et l'héritier du premier. C'est évidemment d'Albéric II qu'il est ici question; car rArt de vérifier les dates le marie précisément à une Mahaud sans indiquer toutefois la famille dont celle-ci était issue, tandis qu'il appelle Clémence la femme d'Albéric I". Mais ici se présente une difficulté historique. L'ouvrage que nous venons de citer, — et le Père Anselme comme André du Chesne et Bosquillon, sont du même avis — veut que Clémence, comtesse de Dammartin et mère d'Albéric II ne soit autre que la veuve de Renaud II, comte de Clermont. S'il en était ainsi, Albéric II se trouverait avoir épousé sa sœur utérine, ce qui rendrait notre
• Donation au prieuré de Goumay-sur-Aronde par Raoul, comte de Clermont. a Consensu fratrum Simonis, Galieri, et sororum Margaritse, Matildis et Comitissa, »
> TomeLXXXI, fo201. Ensaisinement par Raoul, comte de Clermont, de la vente de la terre de Maisoncelles à l'abbaye de Breteuil « ut igitar hoc in perpetuum « sine aliqua contradictione teneatur, presenti pagina feci commendari, et sigilli « mei auctoritate muniri et reliquos testes qui afTuerunt subnotari : Petrus preste byter de Garda, Albericus Domni Martini comes, et Mahaut soror mea Domni u Martini comitissa, Rainaldus Castellanus Britulii, etc. » Archives de Vabbaye de Breteuil, lay. 2.
hypothèse impossible. Mais cette hypothèse nous parait s'appuyer sur des documents difficiles à réfuter, la charte de 1165, celle de Raoul comte de Clermont ainsi que celle de 1218, et nous croyons au contraire qu'il en est tout difTéremment, malgré l'autorité des auteurs qui la soutiennent, de l'opinion qui fait une même personne de Clémence, comtesse de Dammartin, et de Clémence, épouse ou plutôt veuve de Renaud comte de Clermont en Reauvaisis, et que le second mariage de celle-ci peut et doit être considéré comme apocryphe *.
* VArt de vérifier les dates, le P. Anselme et Bosquillon se bornent à énoncer ridentité sans apporter de preuves à Tappni. André Duchesne, qui a avancé le fait le premier, Histoire de la maison de Bar, fo 23, est plus explicite et en même temps moins affirmatif. « Il est vrai, dit-il, que Thistorien Albéric ne parle point du second mariage de Qémence de Bar avec le comte de Dammartin, mais je Tai recueilli de plusieurs conjectures et raisons fort vraisemblables. Car en premier lieu quelques titres de Tabbaye de Saint-Denis en France font mention d'une Clémence, comtesse de Dammartin, veuve en l'année 1153. Secondement par une charte de Tabbaye d'Andres, Hugues de Qairemont, abbé de Quny, fils de démence, est dit oncle de Renaut, comte de Boulogne et de Dammartin, fils d* Albéric II, ce qui ne pourroit convenir, sinon en accordant qu' Albéric et Hugues étoient frères utérins. Ou bien il faudroit que Mahaut, mère du comte Renaud, eût été sœur du mesme Hugues. En quoi il n'y a point d'apparence, vu qu'après la mort de Catherine, comtesse de Clermont, fille du comte Raoul et d'Alix de Breteuil, les enfants de cette Mahaut ne participèrent point à la succession d'icelle, comme firent ceux de Marguerite de Clermont, sœur de Hugues et de Raoul. En troisième lieu, Rigordus, auteur du siècle, dit sous Tannée 1212 que la comtesse de Clermont lors vivante, savoir est Catherine, fille de Raoul, étoit cousine de Renaut de Dammartin. Bref Albéric écrit qu'en la même année Renaut sortant du royaume se retira par devers le comte de Bar, Thibaut I^', lequel il qualifie aussi son cousin. D'où il s'ensuit que Clémence, comtesse de Dammartin, son aïeule, doit avoir été de la maison de Bar et la même que Clémence de Bar, conjointe avec Renaut, comte de Clairmont en Beauvaisis. i»
Les documents, que nous avons donnés plus haut, permettent de répondre pour ainsi dire article par article à l'argumentation d'André du Chesne. Et tout d'abord si des titres de Saint-Denis font mention d'une Clémence, comtesse de Dammartin, veuve en l'année 1153, il ne peut y avoir identité entre elle et Clémence de Bar, comtesse de Clermont, puisque celle-ci figure trois années après, en 1156, avec Renaud II son premier mari, dans une charte d'amortissement en faveur du prieuré de Villers-Saint-Sépulchre. Cette seule preuve nous semble péremptoire. Mais nous pouvons ajouter que la parenté de Hugues de Clermont et de Renaut, comte de Dammartin, énoncée dans la charte de l'abbaye d'Andres, comme celle de ce même Renaut et de Catherine de Clermont, ou bien encore de Thibaut de Bar, s'expliquent tout aussi bien dans le cas où, ainsi que nous le pensons, Mahaut, sœur d'Hugues, a été femme d'Albéric II, que dans celui où Clémence de Bar aurait épousé en secondes noces AlEéric I«r. Notre hypothèse du reste n'est pas demeurée inaperçue pour André du Chesne ; il l'indique expressément, mais ce qui l'a empêché de l'adopter c'est, dit-il, qu'à la mort de Catherine,
rv. — Raoul. Voici le plus célèbre sans contredit comme le plus puissant des comtes de Clermontdela première race. Châtelain de Creil en 1152 {Histoire de Creil, p. 29), il succéda à son père Renaud II dans les premiers mois de 1157 au plus tard. Des lettres de Louis YII datées de Senlis Tan de Tincamation 1162 (Collection Moreau t. LXXI, p. 172, et D. Grenier, t. CCIX p. 166), nous le représentent comme possédant alors, conjointement avec le chapitre de Saint-Pierre de Beauvais, la seigneurie de Litz, localité du doyenné de Mouchy située sur la rivière de Brèche, aux abords de la voie romaine de Beauvais à Saint- Martin-Longueau, et commettant à l'égard du chapitre de tels empiétements, que le monarque avait été obligé d'intervenir. Par ses ordres, la forteresse de Litz fut détruite de fond en comble et Raoul, auquel les lettres donnent le surnom de Roux [Ru/us)j prit par serment rengagement de ne pas la reconstruire en même temps que de ne plus molester ni le village ni ses appartenances. Est-ce en dédommagement de cet acte de soumission que le comte de Clermont reçut peu après la charge de connétable ? Nous ne saurions le dire ; toujours est-il qu'il s'en trouvait investi en 1164 et qu'il continua à l'exercer jusqu'à sa mort, c'est-à-dire près de trente ans (1164- 1191). Le connétable faisait alors déjà partie des grands officiers de la couronne ; toutefois il n'était encore que le chef des écuries royales [Cames stabuli). La prééminence de ses fonctions date en réalité de la suppression du grand sénéchal, c'est-à-dire précisément de l'année 1191.
Les libéralités de Raoul envers les établissements religieux ue furent pas moindres que celles de son père. Nous ne rappellerons dans ce résumé que les plus importantes, ainsi que ses principaux actes *. En 1162, il avait fait don à l'abbaye d'Ours-
comtesBe de Clennont, ou pour être plus exact de Thibaut son fils, les héritiers de Mahaut n*auraient pas, comme ceux de Marguerite, autre sœur d'Hugues et de Raoul, participé à sa succession. Or, la charte de Philippe-Auguste concédant à Mahaut, comtesse de Dammartin, une rente de 100 livres sur la prévôté de Crépy, Tient tout à fait à rencontre de cette assertion. Le moine de Trois Fontaines, Albéric, écrivain contemporain, était donc dans le vrai en ne parlant pas du second mariage de Clémence de Bar.
* Nous sommes obligé de passer sous silence , notamment, toute une série de chartes, qui ont cependant leur intérêt^ celles portant confirmation par le comte des donations faites par ses vassaux aux divers couvents et monastères et amortissement au profit desdits établissements.
camp de toute la couture ou culture de la Vallière, quil possédait par droit d'héritage sur le territoire de Gournay-sur* Aronde à charge de cinq muids de blé ou d'avoine suivant la récolte, et l'abbaye lui avait alloué, de son côté, par forme de bénéfice la somme de 60 livres, moyennant laquelle il s'engagea à sauvegarder ses possessions contre toute attaque. (Collection Moreau, t. LXXI etCartulaired'Ourscamp, p. 158.) En 1163 du consentement de ses frères Gauthier et Simon et de ses sœurs Marguerite, Mathilde et Comtesse, il donna à l'église Notre-Dame de Goumay toutes les terres labourables qu'il possédait sur cette paroisse (Louvet, Anciennes Remarques, p. 393) ; mais s'il s'était ainsi dessaisi des domaines utiles de l'héritage paternel, Raoul n'en conservait pas moins à Goumay dos droits considérables et venait même de les accroître. Un échange intervenu entre lui etAlbéricde Hangest, un accommodement conclu avec J'abbé de Saint-Quentin et le prieur de Gournay l'avaient mis en possession du bourg situé en dehors des murs de la ville proprement àiie [extra muras de Gomaco), ainsi que du territoire qui en dépendait, et pour y attirer la population il avait accordé à quiconque fixerait sa résidence (hospiiaffium) en ce lieu exemption de toute taxe et charge, moyennant une redevance annuelle de quatre muids d'avoine et quatre chapons. La charte par lui octroyée (Collection Moreau, t. LXXIV, p. 81, a. 1165) stipulait en outre, relativement aux droits dejustice(/ori5 facta) lesquels formaient une des principales branches du revenu seî*gneurial, que toute accusation d'un crime ou délit autre que ceux de sang répandu, de rapt, de meurtre ou de trahison, n'obligerait celui qui ne pourrait justifier de son innocence qu'au paiement d'une amende de cinq sous de monnaie Beauvaisine.
La charte de 1162, relative à Gournay, est celle qui la première fasse mention de l'épouse de Raoul. Elle se nommait Alix ou Aëlis et était fille aînée de Valeran IV, seigneur de Breteuil *.
* Voici d*aprè8 Dom Grenier, tome CLXVII, f<»» 191 et suiv., la liste des seigneurs de Qreteuili lesquels, vers la fin du zi^ siècle échangèrent, on ne sait pourquoi, leur titre de comte contre celui de simples châtelains. Evrard I<>', fils et héritier de Gilduin, fut père d'Evrard II qui, ayant renoncé au monde vers 1073 ou 1076, pour se faire moine, partagea ses domaines entre ses deux frères. Hugues, Tun d'eux, eut la vicomte de Chartret- et devint le chef des fameux seigneurs du Puiset, Tautre, Galcran ou Valleran II, conserva pour sa part la terre patrimo-
Les premières années de Funion du comte et de la comtesse de Clermont paraissent avoir été stériles, et c'est en 1168 seulement que leur naquit un fils. La date de cet heureux événement nous est fournie par la donation de Tannate des prébendes de l'église Saint-Arnoul de Clermont et de Saint-Evremond de Creil que Raoul fit à son occasion aux chevaliers du Temple (Archives nationales, S. 5932, n** 9). Ce fut sans doute le même sentiment qui lui inspira Tannée suivante le désistement au profit de l'évèque de Paris des droits qu'il prétendait comme seigneur suzerain de Luzarches sur une prébende de Notre-Dame, qu'avait possédée Pierre de Mouchy. {Cartulaire de Notre-Dame de Paris y t. I, p. 39.)
En 1171, Raoul fit un échange avec le prieuré de Saint-Christophe-en-Halatte et exempta les denrées appartenant à cette maison religieuse du paiement des droits de travers à Creil (fftV toiredeCreilj p- 30). La même année, de concert avec sa femme, il accorda à titre d'aumône à l'Hô tel-Dieu de Reauvais le droit de prendre le mort bois dans le bois d'Escud, paroisse de Maulers doyenné de Montagne (Collection Moreau, t. LXXVII). C'est à cette époque qu'ils apparaissent pour la première fois comme seigneurs de la chàtellenie de Rreteuil ^
niale de Breteuil et la transmit à Galeran III, dont le fils Evrard III périt glorieusement à la seconde croisade» laissant d'une fille ou d'une petite fille de Thomas de Marie, comte d'Amiens, deux enfants, Valleran IV et Hugues qui forma la maison de Crévecœur en Beauvaisis. Cf. André du Chesne, Histoire de la maison de Dreux, f» 23 ; Louvet, Anciennes Remarques de la noblesse beauvaisine, et d'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne, t. II, p. 37. Valleran rv se maria deux fois. Sa première femme Uoldeburge, dont ni Dom Grenier ni LouTct ne donnent le nom de famille, mais qui nous semble avoir appartenu, au moins par sa mère, à l'ancienne maison de Bulles (Cf. Lettres de fonda* tion de l'abbaye de Froidmont, Louvet, t. I, p. 576^ et coll. Moreau, t. LXVIII et LXX, chartes d'Holdeburge, dame de Breteuil, en faveur de la maison de Saint- Lasare de Beauvais et l'église de Wariville), le rendit père d'Aelis et deMathilde, femme, ainsi que nous l'avons dit déjà précédemment, de Simon de Clermont. En secondes noces Valleran épousa Alix de Dreux-Braine et en eut une fille, Anicie, que nous retrouverons en 1218 parmi les héritiers de Thibaut de Blois.
' En 1 165 le comte et la comtesse de Clermont avaient assisté à la dédicace solennelle, faite par Tévéque de Beauvais, de l'église paroissiale de Breteuil, que venait de construire l'abbé Laurent, pour l'usage des habitants du nouveau bourg qui s'était formé autour de l'abbaye, et en souvenir de cette cérémonie le comte avait transféré au monastère la possession des fours banaux de la ville. GalHa christiana, t. IX, col. 801 ; Histoire de Breteuil, Bibliothèque nationale, Fr. 12020. La succession de Galeran IV comprenait en outre de Breteuil, la chÂtel-
LÇ COMTÉ DE GLERMONT EN BEÂUVAISIS. 21
En 1174, sur la demande et Finterventioii de Barthélémy, évêque de Beauvais, le comte de Clermont renonça à un différend qu'il avait avec l'abbaye de Lannoy ou ftriostel, au sujet de certains fiefs appartenant à Guillaume de Belsart et à Giraud de Conti et sis dans le doy winé de Montagne ; et en échange de services religieux tant pour ses prédécesseurs que pour lui-même il accorda aux moines de ce couvent asile sur ses terres et protection en cas de guerre. (Collection Moreau, t. LXXIX, f^ 31.)
Le chroniqueur de Hainaut, Gislebert de Mpns, cite le connétable Raoul parmi ceux qui accompagnèrent le comte Baudoin V dit le Courageux dans son expédition contre Jacques d'Avesnes * (H75). On trouve dans Louvet (t I, p. 647 et s.) sous la même année, un accord important intervenu entre M et l'abbé de Cluny relativement au prieuré de Saint-Leu d'Esserent. Ce prieuré se trouvait depuis longtemps déjà en butte aux violences des chevaliers qui habitaient le même bourg, et ne pouvait obtenir des paysans de ses domaines l'acquittement régulier de leurs redevances. Il réclama du comte de Clermont un protectorat que celui-ci s'empressa de lui accorder, moyennant le dreît de construire à Esserent un manoir avec murs et fossés, mais sans tour, la moitié de la justice du lieu, et un cens annuel de deux muids d'avoine par chaque feu. En échange de ces concessions, pour lesquelles lui et ses héritiers durent prêter foi ot hommage aux abbés de Cluny, il s'engagea à assurer au monastère le tranquille exercice de ses droits et en outre à transférer à Esserent le marché qui se tenait à Creil et à abandonner aux religieux la moitié du produit de ce marché, ainsi que du péage du pont en pierre qui pourrait être construit en cet endroit sur l'Oîsev (Lettres de février 1175).
C'est vers I77&que, d'après V Art de vérifier les dates j recommencèrent entre* Raoul et le chapitre de Saint-Pierre de Beauvais des démêlés qui, une seconde fois assoupis, devaient se ranimer encore quelques années plus tard et n'avaient pas pris fin au
lenie d'Ailly-sur-Noye (aujourd'hui ch^^Ueu de canton de la Somme) et Tartigny, qui échurent à Mathildc, femme de Simon de Clermont, et la chàtellenie de Catheu, qui semble avoir été le partage d^Amicie. Cependant Catherine, fille de Raoul et d'Aelis, possédait à Catheu des droits de roage dont elle fit don en 1201 aux nonnains de Wariville (coll. Moreau, t. Cil). * Edition du marquis du Chastelar, 1784, in-4o, p. 92.
moment de sa mort. Ce chapitre possédait parmi ses nombreux domaines un vaste massif boisé désigné sous le nom de forêt de Noirvaux, et situé vôrs la source de la petite rivière de Bresche, non loin de la chaussée romaine de BeauvaisàVendeuil, Il voulut en faire opérer le défrichement. Le comte lui en dénia la faculté et expulsa violemment les ouvriers qui s*étaient mis à l'œuvre.
Les chanoines recoururent aux armes spirituelles et fulminèrent contre leur adversaire une excommunication. Celui-ci après avoir résisté quelque temps entra en négociation et finalement se désista de son opposition. Il fit même plus ; le chapitre ayant abandonné aux Bernardins de Ghaalis la forêt de Noirvaux à change de la défricher et sous réserve du droit de champart^ il sui\4t cet exemple pour tout ce qui pouvait lui appartenir dans ladite forêt (a. H80 et H82, -^ Collection Moreau, t. LXXXIV, LXXXVI et XCI.)
Cependant leroî Louis YII était mort (1180), laissant la couronne au jeune priiice issu de son mariage avec Adèle de Champagne et qui est connu dans l'histoire sans le nom de Philippe-Auguste. Deux factions partageaient alors la cour de France :. celle de la reine mère appuyée de la puissante maison de Champagne, et celle du comte de Flandre, Philippe d'Alsace, parrain du nouveau monarque et désigné par Louis au lit de mort comme so.n tuteur. Le comte de Clermont appartenait à la première et y exerçait même, au dire d'un annaliste contemporain (Gisld)ertdeMoiis, p. 105), conjointementaveclesirede Coucy, h. principale influence. Philippe d'Alsace l'emporta d'abord et fit épouser à son pupille sa nièce Isabelle de Hainaut, mais évincé en-^ suite il se retira dans ses États pour y préparer une guerre dont les prétextes ne manquaient pas du reste de part ni d'autre. Eu effet, tandis que le roi réclamait la restitution de quelques domaines du Vermandois que Louis VII avait concédés en jouis-^ sance au comte de Flandre, et contestait l'hommage des terrea de l'évêché d*Amiens, Philippe d'Alsace élevait de son côté, comme comte de Vermandois et de Valois du chef de sa femme Elisabeth, sœur et héritière en 1167 de Raoul V dit le Lépreux^ des prétentions de suzeraineté à l'égard du château-fort de Pierrefonds, de la baronnie de Coucy, et en Beauvaisis de plusieurs
fiefs, notamment de la châtellenie de Breteuil *. C'était le moyen le plus efficace et le plus direct de tirer vengeance de deux d'entre ceux qui l'avaient supplanté dans la faveur royale. Les hostilités éclatèrent simultanément avec une extrême violence en Berry, en Bourgogne et sur les frontières de Picardie ; elles furent toutefois promptement arrêtées par une trêve que la médiation du roi d'Angleterre convertit en paix définitive (H83 ou 1184). Un article spécial du traité af^ra^chit Raoul de la vassalité du comte de Flandre et le plaça désormais dans la mouvance de la couronne'.
Les campagnes de Clermont, de Creil, celles de Breteuil et cette dernière ville elle-même peut-être ' avaient eu particulièrement à souffrir de la guerre» Les irruptions du sénéchal Hélin, gouverneur de Crépy,. avaient laissé peu de métairies debout ; la plupart des terres étaient demeurées en friches. Raoul s'appliqua à réparer ces désastres. Le Cartulaire d'Ourscamp nous fournit un acte delui^ en date de Tannée 1182, par lequel pour dédommager l'abbaye des pertes qu'elle a pu éprouver de son fait, au temps de la guerre entre le roi de France et le comte de Flandre, il autorise les religieux à défricher dans leur forêt dite de Saint- Vandrille, sur la jparoisse de Bailleul-le-Soc, doyenné de Pont, autant de terrain qu'il est nécessaire pour 15 muids de semence. C'est une pensée analogue qui nous semble avoir déterminé la convention intervenue l'année suivante entre le comte de Clermont et Guillaume, abbé de Saint-Denis, aux termes de laquelle le premier obtint la faculté d'édifier un village nouveau sur les domaines do l'abbaye aux territoires de
* Suivant Gislebert de Mons, p. 63, Breteuil, Bulles, Milly, etc., auraient rélevé du comté de Vermandois. Mais en ce qui concerne le preûaier de ces faits, son assertion parait contredite par le 1^' registre des Feodla Campanije, Bibliothèque nation., coll. de Champagne, t. GXXXI, p. 30ar308, qui inscrit Breteuil parmi les mouvances du comté de Champagne, à moins que, fait qui n'était pas anormal alors, cette châtellenie ne fût tenue par deux hommages. Sur cette guerre, voir Gislebert de Mons, p. 105-109 ; Guillaume Le^ Breton, Vie de Philippe- Auguste y p. 197, et d'Oudegherst, Annales de Flandre, 1. 1, p. 459463.
« « Liber omnino a comité Flandria et ex toto in manu régis Francorum. » Chronique de Nicolas Trivet, Spicilége, t. III, p. 386, et Roger de Hoveden, AnnaL Anglorum ad ann. 1185. La même stipulation fut étendue au sire de Cou&y, et l'évéque d'Amiens fut déclaré tenir cette ville en flef du roi.
* D'après Carlier, les ville et château de Breteuil auraient été occupés par les Flamands. VArt de vérifier les dates dit même que le château aurait été réduit eu cendres par le comte de Haiuaut, allié de Philippe d'Alsace.
Liancourt et de Verderonne, doyenné de Pont, sous condition que la justice, les droits; redevances et émoluments de toutes sortes tant des hôtes que du village appartiendraient par moitié aux deux contractants. Les moines se réservaient toutefois exclusivement les dîmes ainsi que le champart. Les habitants de la nouvelle agglomération devaient jouir des mêmes libertés et indemnités {liberam ad consuetudines) que ceux de la Villeneuve du roi située sur la rivière d'Aronde. Ils étaient tenus de suivre le comte dans toutes ses guerres, expéditions et chevauchées, les tournois exceptés. En échange de ces avantages qui lui étaient conférés en accroissement de fief (m augmentum feodistd)RsiOvl déclare renoncer àla perception d'une taille qu'il s*était appropriée indûment et par violence sur les hôtes de SaintrDenîs à Liancourt et à Verderonne. Un article spécial de la charte de H 83* constate les droits qu'en vertu de titres antérieurs le comte et l'abbé percevaient en commun sur certains hôtes. Il s'agît là, croyonsnous, des droits de morte-main et de formariage, dont nous avons déjà parlé, et que nous trouverons rappelés dans le dénombrement de 1373.
Nous ne saurions dire si la charte, que nous venons d'analyser sommairement, fut ou non suivie d'exécution. Le Précis statistique deM. Graves ne nous fournit à ce sujet aucune indication, et Félibien, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-Deîiis , en la mentionnant (p. 205) se tait également également sur le nom du village nouveau dont elle avait pour objet la création. Si les essais de colonisation de Raoul aux environs de Liancourt ne paraissent pas avoir été couronnés de succès, il en fut différemment d'une entreprise semblable à laquelle il se livra peu d'années après dans la forêt de Hez. Cette forêt, que certains titres au xii'' siècle dénomment de Haitz, Hais et Hors, et qui d'après Itouvet s'appela aussi de Hermès, forme encore aujourd'hui un
1 Cette ckarte figure au tome LXXXVII de la coHection Moreau, et au tome W, fo 784 du Cartulaire blanc de Saint-Denis (Arch. nat.). Non-seulement par ses dispositions principales, mais encore par sa contexture, elle reproduit presque intégralement un accord conclu en 1152 entre l'abbé Eudes de Deuil et Mathieu III, comte de Beaumont, Recherches historiques sur les comtes de Beaumont^ preuves p. 10-12, relativement au village de Saint-Martin-du-Tertre. Toutefois, et c'est ïk une marque des progrès de Tesprit public, le second des deux documents stipule en faveur des habitants de l'agglomération projetée des franchises sur lesquelles se taisait le premier.
massif important, bien que son étendue primitive ait été notablement réduite par les défrichements auxquels les villages cireonvoisins ont dû leur origine. On ne peut préciser l'époque à laquelle elle devint en son enti^ le domaine des comtes de Clermont. Sans nul doute une partie leur en appartenait déjà, lorsqu'ils élevèrent à son extrémité occidentale le château fort dont ils devaient tirer leur nom patronjnoaique, et de même la possession par eux de la forteresse de Litz semble impliquer celle d'une certaine superficie boisée environnante. Mais il n'en est pas moins constant que les maisons deBuUesetdeBreteuily avaient également des droits, et comme Raoul est le premier seigneur de Clermont qui nous apparaisse dans les chartes disposant du sol forestier de Hez ou de ses produits, il semble assez rationnel de conclure que ce fut son mariage avec Aêlis de Breteui) qui le rendit propriétaire de Tensemble, par la réunion entre ses mains à ce qui lui était échu par héritage paternel de ce qui avait appartenu aux deux maisons dont nous venons de parler. Quoi qu'il en soit, la forêt demeurait encore inhabitée, au dire de Louvet, et était pour la majeure partie comprise dans la circonscription de la paroisse de Courlieu, aujourd'hui Rue- Saint-Pierre, lorsqu'en 1186 ou 1187 Raoul se résolut à y faire une tentative d'établissement, lequel parait avoir eu un double but : accroître les produits du domaine seigneurial, couvrir par un ouvrage avancé les approches de la ville de Clermont du côté de Beauvais. Le bourg nouveau, bâti peut-être autour d'un ren^ dez-vous de chasse déjà existant qui devait être en même temps un manoir fortifié, fut doté d'une charte de franchises, analogue à celle de Gournay-sur-Aronde. Tout hôte venant y fixer sa demeure fut déclaré exempt de taille, moyennant un cens annuel de deux muids d'avoine, deux chapons et six deniers de monnaie Beauvaisine par masure, et eut droit au mort bois dans ta forêt tant pour son chauffage que pour son usage *. L^appel publié par le comte de Clermont attira à la Neufville * une affluence telle d^habitants, que les localités environnantes s'en
« Collection Mo.rea», t. XC, Mes. FFr 4663, a» LXiv et Mss. 20,082, p.
* La nouvelle agglomération retint la dénomination de la Neufville, en y joignant d^abord le nom de le Comte puis de Hez, pour la distinguer de la Neuvillele-Roi sur TAronde, à laquelle se rapporte, croyons-nous, la charte de commune accordée en 1200 par Philippe-Auguste, Ordonn., XF, p. 278, et que M. Graves attribue mal à propos, suivant nous, à la première.
trouvèrent comme dépeuplées au grand détriment des seigneurs. Ceux-ci, voyant leurs domaines abandonnés, se pourvurent auprès du comte et en obtinrent qu'il ne recevrait aucuns de leurs tenanciers sur ses terres qu'ils n'eussent justifié s'être libérés à leur égard conformément au droit féodal *.
Raoul avait jeté en même temps à la Neuville les fondations d'une Eglise qui ne fut primitivement qu'un vicariat dépendant de la paroisse de Gourlieu, mais à laquelle des bulles Pontificales de 1249, 1250 et 1269 transférèrent le titre curial, en maintenant ce bénéfice à la collation du chapitre de Gerberoy.
Si l'ensemble de la forêt de Hez faisait partie du domaine du comté, il y existai tcependant plusieurs enclaves sur lesquels divers particuliers laïques ou ecclésiastiques avaient des droits, ou tout au moins élevaient des prétentions. Tel était entre autres le bois de Saint-Pierre que le chapitre de Beauvais revendiquait comme dépendant de la seigneurie de Litz. Raoul l'avait nonobstant défriché et en avait concédé le sol, assure M. Graves, à ses hôtes de la Neufville pour y élever leurs demeures. De là un troisième différend qui attira sur lui une sentence d'excommunication, d'abord du cardinal légat archevêque de Reims, puis du Saint- Siège même {A ri de vérifier les dates et Collection Moreau , t. XCXI) . Au lit de mort devant Saint-Jean-d'Acre (6 juillet 1191), le comte de Clermont prescrivit à ses héritiers de réparer le dommage par lui causé aux chanoines. La croix, qu'il avait prise trois ans auparavant à Tentrevue de Gisors, avait dès lors vraisemblablement suspendu la procédure prescrite contre lui par le bref pontifical d'excommunication, qui est daté de Vérone le 28 mai de l'année 1186 ou 1187.
Du reste ce démêlé purement temporel et local n'avait nullement fait obstacle aux bonnes relations de Raoul avec le reste du clergé. Précisément en l'année 1187, il contracta avec l'abbaye de Saint-Lucien pour les villages de Rozoy et de Beaupuits, doyennés de Pont et de Ressons^ une association analogue à celle conclue douze ans auparavant avec le prieuré de Saint-Leu d'Esserent. La charte y relative (Collection Moreau, t. XCIX, Ms. Fr. 4663, n^ IV et Fr. 20,082 f* 5S8) fait mentionde deux autres associations : l'une avec l'abbaye de Saint-Denis, dont nous avons
• Beaumauoir, Les Coutumes du Beauvoisis, c. xxxii, édition Beugnot, t. I, I>. 471-472.
déjà parlé, Tautre avec celle de Corbie. Nous n'avons pu retrouver Tacte qui concerne cette dernière ; mais elle nous paraîtrait s'être appliquée à la seigneurie de Thury-sous-Clermont, pour laquelle l'abbé de Corbie payait encore au xiv® siècle au comté une redevance de soixante anguilles par chaque année. (Dénombrement de 1373.)
Nous avons à signaler dans le même ordre d'idées la charte, que cite Louvet, par laquelle Lambert abbé de Saint-Germermit en 1190 le village et la seigneurie de Rieux, doyenné de Pont, sous la protection du comte de Clermont, moyennant un cens annuel de deux muids d'avoine sur chaque hôte. Enfin peutêtre est-ce aussi du temps de Raoul que date l'institution de TAvouerie de Halloy, mentionnée au Dénombrement de 1373. Cette seigneurie de Halloy, qui fut longtemps comprise dans La circonscription de Grandvilliers, diocèse d'Amiens, appartenait pour partie à l'abbaye de Lannoy.
Cependant Jérusalem venait de tomber au' pouvoir du sultan Saladin, et, se faisant l'interprète du sentiment et du deuil universels, le souverain Pontife conviait les peuples et les rois à une nouvelle croisade. Philippe-Auguste et Henri H d'Angleterre prirent ensemble la croix à l'entrevue de Gisors (janvier 1187). Parmi ceux qui s'engagèrent à marcher avec eux à la délivrance des lieux-saints, Gislebert de Mons cite (p. 69) au premier rang le connétable de Clermont, L'expédition ainsi décidée ne devait être^entreprise que bien des mois après, en 1190 seulement. Dans l'intervalle Raoul n'eut garde de manquer à la pieuse pratique, par laquelle la plupart des barons et des chevaliers cherchaient à appeler la protection divine sur leur lointain voyage. Il fit aux pauvres et aux monastères de ses domaines de larges aumônes. Ce fut alors qu'il donna à l'abbaye de Froidmont la partie de la forêt de Hez qui était du côté du marais, ainsi que le bois de la Houssière paroisse de Bailleul-sur-Thérain (Collection Mereau, t. XCII); au prieuré de Wariville une charretée de bois chaque jour dans la forêt de Hez , des terres et *des vignes à Sacy-le-grand, un muids de froment sur la grange deMaisoncelles (Collection Moreau, t. XCH et Mss. Fr. 4663, lxxv) ; à l'abbaye de Saint-Fuscien, au diocèse d'Amiens, la dîme des anguilles de Paillard et de la Falloise, au doyenné de Moreuil même diocèse. (Collection Moreau, ibid.) En même temps, il
confirmait et étendait la donation par lui faite en 1 177 sous certaines réserves à Tàbbaye de Breteuil de la terre dte Maisoncelles Tuillerie, doyenné de Breteuil, et renonçait aux droits que cette abbaye lui avait antérieurement cwicédés sur le village de Moutiers, doyenné de Ressons (Collection Moreau, t. LXXXI). Il restituait également au chapitre d^Amiens la quatrième partie de la dime de Rumaisnil, au doyenné de Conti, qu'ils détenait injustement. {Gallia Cfirùtiatia, t. IX, 80^.)
A une époque quenous ne saurions préciser, Raoul avait&it don à la maison des lépreux ou méseaux de Clermont de la dime du pain nécessaire à sa dépense « quant longuement sa courtaura été dedans la seigneurte de Clermont » {Charte confirmative de saint Louis, a. 1251, Mss Fr. 20,082, P 556). En 1190, û accorda à la mal'adrerie> qu'il venait de fonder à Cr^l, h même libéralité pendant tout le temps de sa résidence dans Tétendue de la chàtellenie, fit consacrer par Tévèque de Beauvafs une- chapelle qu'il avait construite en l'honneur de Saitit-Michel dans l'enclos de la maladrerie, et affecta^ cette chapelle un chapelain et un clerc pour ta desservir {Histoire de Creif, p. 34 et Mss. Fr. 4663 XIII).
Le comte Raoul de Clermont fut du nombre^ des guerriers que la peste emporta sous les murs de Saint-Jean-d'Acre. Avant d'expirer, il avait exprimé ses dernières volontés que des lettres de Philippe-Auguste de juillet 1191 transmirent en Europe (Louvet, 1. 1, p. 702). Il enjoignait à ses héritiers de réparer tous les torts qu'il avait pu causer à autrui, notamment au chapitre de Beauvais, pour ce qui concernait le bois de Litz, et instituait dans la collégiale de Saint-Arnouït de Clermont une chapelle dotée de revenus suffisants pour le^ service divin.
D'Aëlis de Breteuil, qui lui survécut au moins jusqu'en 1195*, il avait eu quatre enfants : Raoul et Adèle morts avant lui ; Catherine qui porta le comté de Clermontdans la maison de Champagne ; et Mathilde ou Mahaut laquelle se maria avec un seigneur de Vierzon en Berry, Guillaume, suivant la Thaumassière
* Elle confirma en effet la dite année H95 une donation faite par Guillaume d'Orviler à l'abbaye de Chaalis (coll. Moreau, t. XCVI). Elle fut enterrée dans Téglise du prieuré de filles de WariviUe, qui avait été de sa part Tobjet de nombreuses libéralités. Voir coll. Moreau, t. XGIV et XCVIII ; V. aussi IbUl,, les donations faites ou confirmées par Aelis à Tabbaye de Froidmont.
{Histoire de Berry^ t II, jk 497), Hervé II, d'après le P. Anselme, et ne laissa pas de postérité ^
Bans bon nombre des actes que nous avons cités, Raoul s'intitulait comte par la grâce de Dieu, et cette qualification, signe de rindépendance qu'il prétendait pour le gouvernement de ses États patrimoniaux, lui est même conservée dans un Vidimus de Louis IX de l'an 1255 •.
Avec lui prit fin la première race des comtes propriétaires de Clermont en Beauvaisis, celle qui avait créé le comté et en avait reçu son nom patronymique. Mais si la branche aînée de cette illustre maison tomba alors en quenouille, une branche cadette, issue de Simon, frère de Raoul, devait se perpétuer non sans éclat jusqu'au xvi® siècle. Nous en avons déjà parlé au degré de Renaud II, et il ne nous reste plus, avant de passer au paragraphe de Catherine et do Louis de Blois, qu'une question à examiner ou plutôt à indiquer, celle des armoiries que portèrent les comtes de Clermont. Le P. Anselme et les autres généalogistes les blasonnent ainsi : de gueulesy à deux bars (for adossés sur un écu semé de trèfles de même. Ces armes ont été assurément celles de la branche des seigneurs d'Ailly et de Nesles mais l'ont-elles été également de la branche aînée? Bien que dans la salle des croisades à Versailles, l'écu de gueules du connétable soit chargé de deux bars, la question nous parait à tout le moins douteuse devant une énonciation de Dom Grenier que nous avons déjà reproduite au degré de Renaud II. Décrivant les armes de Simon de Clermont, telles que nous venons de les indiquer, le savant historiographe de Picardie ajoute : « Ses armes sont différentes, quoi qu'en dise le P. Anselme (t. VI, p. 46) de celles du comte Raoul son frère •. » Cette opinion trouve sa confirmation dans le fait aujourd'hui généralement constaté ^ qu'à
* Elle vivait encore en 1200, année où elle est mentionnée par son beau-frère Louis de Blois dans une charte portant donation à Tabbaye de Froidmont du bois de Cormeilles. Ck)ll. Moreau, t. GC, f« 40.
« Ms8. F 20,082, to 556 ; V. coll. Moreau, t. LXXI, fo« 71 et 159 (a 1161) ; 74, fo 10; 79, fo 31 (a 1174) ; 81, ^ 198 (vers 1190) et 90, f» 129 (a 1188). La charte de donation à Wariville de Tannée 1190 (Àrch. nat.^ P 1362, cote 1078) inscrit parmi les témoins, le sénéchal, le maréchal et le camérier du comte.
' Tome CCLXII, fo 108, Généalogie des seigneurs efAilly-sur-Noye, article Simon de CSermont.
^ Voyez un article très-remarque publié par M. A. de Barthélémy en 1872 dans la Revue de la Société des Antiquaires de VOuest, sous le titre : Essai sur Vorigine des armoiries féodales.
l'origine les armoiries féodales étaient réelles , c'est-à-dire tenaient au fief non à la personne de son possesseur, et que ce ne fut qu'à partir du xiii® siècle que, devenues personnelles, ellefe se conservèrent héréditairement dans les familles, quelques changements ultérieurs qu'aient subis leurs possessions territoriales. Maintenant quel fut le blason du comté de Clermont? L'inventaire général, dressé par M. Douet d'Arcq, des sceaux conservés aux Archives Nationales permet sinon de le déterminer, du moins de le conjecturer avec quelque certitude.
Les sceaux du connétable ne sont pas dans un état de conservation suffisant pour que l'on distingue les emblèmes tracés sur le bouclier*. Mais il en est différemment pour sa fille Catherine et pour le fils de celle-ci Thibault de Blois, qui possédèrent Buccessivement après lui le comté de Clermont. On a de la première deux contre-sceaux : l'un appendu à une donation aux Templiers, de l'an 1211 et qui est décrit ainsi par l'Inventaire général (n** 957) : écu parti à dextre iïune bande accompagné de tneriettes ou cotices (de Blois), à senestre de cinq gerbes en croix \ — l'autre, qui accompagnait une charte d'octobre 1198 confirmative de la donation faite à l'Hôtel-Dieu de Beauvais de la terre de Francastel, et sur lequel D. Grenier a reconnu trois pièces qui paraissaient être des gerbes posées deleii (Collection Moreau, t. XCIX, f" 26.). Quant à Thibault, six gerbes en orle figurent sur le contre-sceau de l'acte de novembre 1213 par lequel il se porta caution envers Philippe-Auguste pour Blanche comtesse de Champagne. Si des indications qui précèdent on rapproche le fait que les cinq gerbes en croix se retrouvent sur un contre-sceau de Raoul de Clermont, seigneur d'Ailly, fils de Simon, de l'année 1203 (Inventaire général, n** 1849), c'est-àdire à une époque où sa proximité de lignage semblait lui donner encore des droits au comté, droits qui s'ouvrirent en efl'et un peu plus tard, on pourrait, croyons-nous, être amené à considérer ces emblèmes comme ayant formé les armoiries primitives du comté de Clermont *.
i Cependant nous devons dire que M. Douet d'Arcq a cru entrevoir à la rigueur un lion sur le sceau de Raoul appendu à la charte de société avec Tabbé de Saint-Denis de Tan 1183.
• Telle est l'opinion de M. de Barthélémy, qui fait remarquer (p. 2!) que les gerbes disparurent des sceaux des comtes de Blois, dès que ceux-ci ne furent plus possesseurs du comté de Clermont.
V. — Cathewne de Clermont ET Louis de Blois *. Fille aînée de Raoul, comte de Clermont etd'Aëlis de Breteuil, Catherine épousa du vivant de son père, vers 1190, croyons-nous*, Louis fils de Thibault dit le Bon, comte de Blois et de Chartres, et de sa seconde femme Alix de France.
La mort simultanée de Thibault et de Raoul, sous les murs de Saint-Jean-d'Acre, rendit dès 1191 les nouveaux époux propriétaires des comtés de Blois et de Chartres ainsi que de celui de Clermont. Toutefoi«, en ce qui concerne ce dernier, le premier acte de leur administration que nous ayons trouvé ne remonte qu'à 1195, ce qui pourrait faire penser que la comtesse Aëlis en aurait conservé l'usufruit '.
Le 12 juin de ladite année 119S, le comte et la comtesse donnèrent à foi et hommage à Ansold de Ronquerolles, divers biens sis à Monthatère près Creil, et entre autres le champart, le vinage et le vin des Pressoirs. (Collection Moreau, t. XCVI, f* 115.)
Cette même année Catherine, suivant Louvet (t. II, p. 80), fonda à Maulers une chapelle qu'elle dota de 12 livres tournois de rente.
En 1196, elle accorda comme dame de Breteuil son consentement à la cession faite, à charge de cens, par l'abbé du Bec aux religieux de Chaalis de tout ce que son monastère possédait, tant en terres qu'en bois, sur le territoire de Sainte-Eusoye ainsi que dans l'étendue de la chàtellenie, et promit de garantir les nouveaux possesseurs contre tous troubles et évictions. (Collection Moreau, t. XCVII,f 149.)
L'année 1197 est particulièrement mémorable dans l'histoire du comté de Clermont. C'est alors, en efifet, que les villes de Clermont et de Creil, jusque-là exclusivement soumises à
* Les armes de la maison de Champagne, dont celle de Blois formait une branche» étaient : D'azur à une bande d'argent, accompagnée de deux doubles coiices poiencées et contrepotencées d'or de treize pièces,
* CaUierine est nommée dans les chartes de son père pour la première fois en 1178. Elle figure avec son époux en 1190, dans la confirmation par Raoul de Cler>mont du don à Tabbaye de Breteuil de la terre de Maisoncelles Tuilerie (coll. Moreau, t. LXXXI). Louis de Blois ayant Tingt-sept ans seulement en lrl99, au dire de Capefigue, Histoire de Philippe- Auguste , t. II, p. 206, le mariage ne peut guère avoir été antérieur à 1190.
> Nous n'indiquerons bien entendu ici des actes de Louis de Blois que ceux relatifs au comte de Clermont, laissant dans Tombre tout ce qui a trait à ses domaines patrimoniaux.
rautorité et à la juridiction des officiers seigneuriaux, obtinrent le droit de s'administrer elles-mêmes, ainsi que la substitution d'une redevance fixe et déterminée aux tailles et prestations arbitraires dont leurs habitants étaient antérieurement tenus. Les actes, qui consacrèrent ce changement considérable dans Tétat des personnes, nous paraissent appartenir sans conteste à la catégorie des chartes d'affranchissement ou de coutumes, c'est-àdire établies par le commun accord du seigneur et des bourgeois, sans association ni conjuration de ces derniers. Les deux chartes sont calquées sur le mémo modèle ; nous analyserons celle de Clermont \ en indiquant ensuite les quelques variantes relatives à Creil.
Le comte Louis de Blois, déclare dans le préambule qu'en l'honneur de Dieu et dans l'intérêt du pays {ad patriœ uliHtatem) il a pour le salut de son âme et de celles de ses prédécesseurs octroyé, du consentement de safenmie Catherine et de sa belle-sœur Mahaud, aux habitants et manants de Clermont {homines Claromonte manentes) les concessions suivantes, sauf le droit des églises et des chevaliers :
Tout habitant de Clermont précédemment soumis à la taille en sera, lui et ses héritiers, dorénavant affranchi, ainsi que de toute oblation, emprunt et prêt forcé {oblatione, impruntato et rogâ coactâ), même des corvées hors de la ville, à condition d'acquitter une redevance annuelle de cinq sous de monnaie Beauvaisine* par chaque masure, c'est-à-dire tenement édifié d'une maison qu'il habitera ou possédera. Le cens ci-dessus fixé devra être acquitté le jour de la fête de Saint-Remy (!•' octobre), sous peine d'être porté au double en cas de non paiement à l'échéance, l'ensemble des bourgeois en étant solidairement responsable.
Les bourgeois auront la faculté d'élire chaque année huit d'entre eux pour administrer les affaires de la ville ; ces administrateurs à chaque renouvellement feront serment d'observer de bonne foi les coutumes de la ville ; ils statueront sur les
^ Il existe plusieurs copies en français de la charte de Clermont, Mss. Fr. 4,663, f» 115, 20,082, fo 553 ; D. Grenier, t. LXXXIX, fo 57, et deux vidimus en latin. Arch. nat., carton J 167 et P 1362, cote 1102.
• Ces cinq sous semblent pouvoir sans trop grande erreur être estimés représenter yingt à vingt-cinq francs de nos jours, en tenant compte de la valeur et du pouvoir respectifs de l'argent au \ii<^ siècle et au x\x^.
demandes en décharge formées pv les pauvres qui se prétendraient surchargés.
Tous les habitants de Glermont , qui étaient jusqu'alors de condition serve, demeureront à l'avenir, eux , leurs héritiers et tenures francs et quittes de toutes servitude. Si quelqu'un veut abandonner la ville, il en aura toute liberté à moins qu'il n'ait commis quelque forfait pour lequel il devra alors, avant son départ, donner satisfaction suivant les usages et coutumes de la ville. Quiconque voudra venir habiter Glermont le pourra en se confoimant auxdites coutumes.
Les forfaitures ou amendes des délits ruraux appartiendront comme antérieurement au comte. Nul ne sera arrêté, ou s'il est arrêté, ne sera retenu, s'il peut fournir caution de comparaître en justice, à moins qu'il ne soit accusé de meurtre, guet-apens, trésor recelé, incendie, homicide, rapt, vol avec effraction. La garde des prisonniers est abandonn4e aux bourgeois. Ds ne pourront retenir captif un étranger devant la taille au comte, sans l'assentiment de ce dernier. Ils devront, toutes les fois qu'ils seront convoqués, suivre, conune c'était antérieurement lusage, leur seigneur ou son représentant en tout ost (exercitum) et chevauchée {expeditionem).
Le comte et la comtesse auront trois mois de crédit pour solder les denrées alimentaires qu'ils achèteront à Glermont, et dont ils continueront à fixer le prix.
Chaque fois que le prévôt de Glermont, les sergents, le capitaine de la ville, seront changés, ils s'engageront, par serment, à observer les coutumes sus-énoncées fermement et de bonne foi.
La charte de Greil *, avons-nous dit, présente identiquement les mêmes dispositions que celle de Glermont. Les seules différences que nous ayons à signaler sont que le cens annuel de cinq sous se devait acquitter en monnaie parisis, au lieu de monnaie Beauvaisine, c'est-à-dire inférieure d'un treizième, et que le nombre des administrateurs électifs ou pairs se trouvait fixé à six.
La munificence, dont le comte et la comtesse de Glermont
^ La charte de Creil se trouve au fo 95 du Mss. Fr. 4663 avec la date du 23 février 1197 ; V. au88i Arch. nat., P 1362 «, cote 1067.
avaient faît preuve en faveur <Jes établissements religieux dès leur prise de possession, ne se démentit pas dans Tannée H97. Ils confirmèrent au prieuré de Wariville les libéralités faites par leurs prédécesseurs et y ajoutèrent, le 5 octobre, vingt livres beauvaisines à toucher annuellement sur les revenus du domaine de Clermont et dix autres sur le travers de Francastel pour l'habillement des religieuses. En même temps « compatissant à la pauvreté de la maison de Froidmont et désirant réunir le couvent dispersé, » ils concédèrent & l'abbé et & ses religieux la faculté de vendre publiquement les bois qu'ils possédaient sous la garde et tutelle des seigneurs de Breteuil. (Coll. Moreau, t. XCVIIL)
En 1198, le comte accorda aux bons-hommes de l'abbaye de Ressons-en-Thelles dix muids de vin de rente perpétuelle, à prendre à Clermont au temps des vendanges, et ime charge ou sommier de bois mort (jjiaque jour dans la forêt de Hez (Coll. Moreau, t. XCIX). La comtesse Catherine confirma ce don de son époux, ainsi que celui par lequel il transférait à l'Hôtel-Dieu de Beauvais toutes les terres labourables qu'il possédait & Francastel, avec le champart dudit lieu, à charge d'entretenir un chapelain, qui prierait Dieu chaque jour pour le salut de l'âme des donateurs, et de celles de leurs parents (ibid.).
Le cartulaire d'Ourscamp nous fournit une charte des mêmes, de Tannée 1199, amortissant au profit du monastère de ce nom, plusieurs dîmes aux territoires d'Erreuses et de BaiUeul-le-Soc, ainsi qu'au bois de Saint-Denis, situé entre Yalsemer et Cressonsart S
Ce fut au printemps de cette même année, que dans un tournois, crié entre Bray-sur-Somme et Encre, les prédications de Foulques, curé de NeuiUy, décidèrent les premières adhésions à la quatrième Croisade.
Le comte de Blois était présent , et s'empressa de prendre la croix avec Thibault, comte de Champagne, son cousin, Baudouin, comte de Flandre, Hugues, comte de Saint-Pol, Etienne, comte du Perche, Simon de Montfort, Gautier 4© Brienne et
1 Ce Cfiu*talaire contient plusieurs autres chartes, tant de Louis de Blois que de Catherine, portant confirmation de libéralités faites par divers particuliers. Nous les passons ici sous silence, et il en est de même en ce qui concerne les abbayes de Froidmont, de Saint-Martin-au-Bois et de Chaalis.
GeoÉfroy de Villehardouin, qui devait être rhistorien de cette nouvelle expédition d'outre-mer. Les préparatifs n'en furent pas moins longs que ceux de la précédente, et Louis de Blois, à l'exemple de son beau-père, ne ménagea pas, avant de partir, aux établissements religieux de ses domaines les libéralités, ni les fondations. L'abbaye de Froidmont reçut de lui le bois de Cormeilles, sur le territoire de la paroisse de ce nom, doyenné de Conty, avec faculté de le défricher et d'y construire une grange (an 1200, coll. Moreau, t. CI) ; la maison des meseaux de Mouchy, un sommier de bois dans la forêt de Hez (an 1200, Mss. Fr. 4663, f 114); le prieuré de Wariville, le roage du lin et du chanvre à Breteuil, Gatheu, la Faloise et Paillart, ainsi que le chauffage pour trois de ses granges, savoir : celle de Courli, dans la forêt de Hez, celle de Puiz, dans la forêt d'Escud, et celle de Paillart, dans la forêt d'Haillecourt, près Esquennoy (an 1201 , coll. Moreau, t. Cil et Mss. Fr. 4663, n' 71) ; le prieuré de Saint- Nicolas de Belle-Fontaine, dépendant du précédent, et sis sur le territoire de Paillart, au doyenné de Moreuil , le bois mort dans le bois d'Avesnes, ainsi que renonciation au champart dû sur ses terres (an 1202, coll. Moreau , t. CIII) ; enfin l'abbaye de Chaalis, la confirmation de tous les dons faits par le comte Raoul ainsi que par Evrard et Galeran de Breteuil (ibid.).
Le 8 mai 1202, le comte de Blois signait une charte portant donation et remise à l'abbaye de Saint-Denis d'une corvée de charroi à laquelle étaient assujettis les tenanciers de cette abbaye sur le territoire de Verderonne. Ce dut être le dernier de ses actes avant de quitter la France, car les Croisés s'étaient donné rendez-vous à Venise pour la Saint-Jean-Baptiste de ladite année. On sait par quel concours de circonstances l'expédition, détournée de son but primitif, aboutit à la prise de Constantinople et à la fondation de l'empire latin d'Orient. Dans le partage que se firent les vainqueurs, Louis de Blois, qui, au témoignage des chroniqueurs contemporains, s'était signalé en toutes les rencontres, se vit attribuer la province de Bithynie, avec Nicée pour capitale ; mais il n'en jouit pas longtemps. Ayant engagé témérairement la bataille d'Andrinople contre les Valaques et les Comans, il y perdit la vie le 15 avril 1205 ^
1 Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier, édition de la Société de Thistoire de France, p. 382-384.
Demeurée en France, Catherine avait été chargée de pourvoir à. Tadministration des aomaines héréditaires des maisons de Clermont et de Blois. « Domini comitis Jherosolimam profecti vices in ejus absencià supplens », dit-elle, dans une charte de Tannée 1202 , eonfirmative d'une cession faite à l'abbaye d'Ourscamp. (Cart. p. 4 et 162.)
En 1203, au mois d'août, elle était à. Mantes, où, avec plusieurs grands feudataires de la Couronne, elle prit rengagement de seconder le roi Philippe-Auguste dans sa résistance à la médiation que la Cour de Rome voulait lui imposer en faveur de Jean sans Terre (Arch. nat.. Trésor des chartes, J. 628).
En novembre 1206, elle notifiait à ses officiers qu'elle prenait sous sa protection l'abbaye de Beaupré, ainsi que tous les biens que ladite abbaye possédait dans l'étendue de ses seigneuries. (Coll. Moreau,CIX). Ce fut à la même époque que, suivant un ancien obituaire de l'église cathédrale de Beauvais, elle fit don à cette église des reliques de saint Pierre et de saint André, et de quelques autres saints, part du butin attribuée à. Louis de Blois, lors de la prise de Constantinople et que celui-ci lui avait envoyée. (Louvet, t. II, p. 323.)
La mort de son époux sur le champ de bataille d'Andrinople ne dut modifier en rien la situation de Catherine. Des trois enfants issus de leur union , Thibault , Raoul et Jeanne ^ , le premier seul survivait, et son jeune âge lui rendait longtemps encore iiécessaire la tutelle maternelle.
Nous avons parlé en son temps de la création du bourg de la Neufville-en-Hez par Raoul de Clermont; le comte y avait en même temps jeté les fondations d'un château. Son gendre et sa fille poursuivirent les travaux commencés et firent du château une forteresse. C'est ainsi que Catherine qualifie sa résidence seigneuriale de la Neufville dans la charte du mois de février 1208, énonciative des revenus qu'elle a assignés à la nouvelle chapelle construite par elle dans l'enceinte de ladite forteresse « en Thonneur de la benoîte vierge » dont elle porte le nom. (Mss. Fr. 4663 et D. Grenier, t. CXVI.)
L'année suivante (1209), elle fit une fondation analogue dans son château de Creil et y établit un chapelain, avec mission de
^ Jeanne est citée pour la première fois dans une charte de 1198, et Raoul dans uue charte de 1201.
prier pour le repos des âmes de son pfere et de sa mère, ainsi quedesonmari. (Mss. fr. 4663, n'xf, D. Grenier, CCXLII, f 130.)
Ce fut ce même désir d'assurer la célébration de l'anniversaire de ses parents et du sien propre, qui la détermina, en 1211, à faire donation aux Templiers de son domaine ou ville d'Esquennoy, près Breteuil, avec la justice et toutes ses dépendances. Le service devait être célébré annuellement dans Téglise du Temple à Paris, et une pitance de 20 s. parisis être distribuée à ceux qui y assisteraient. (Arch. nat., S 5, 215, supp. n* 8.)
Ladite année 1211 vit se terminer une contestation judiciaire qu'avait fait naître entre l'abbé de Saint-Lucien et la comtesse de Clermont la propriété d'un bois situé sur le territoire de Saint-Félix et dépendant de la forêt de Hez. L'affaire avait pris des proportions assez considérables pour être déférée par les moines au Saint-Siège, qui délégua le doyen et deux chanoines de l'Église de Paris pour l'examiner. Leur sen tence adjugea la propriété du bois à l'abbaye, réservant seulement à la comtesse le droîl de garde et de chasse. Il paraîtrait, toutefois, qu'un transaction intervint sur cette sentence, car des lettres de Philippe- Auguste, également de 1211, réglant le mode d'exploitation du bois de St.-Lucien, portent que les parties se partageront par moitié le produit de la coupe annuelle de ce bois, lequel ne pourra jamais être défriché sans leur assentiment mutuel. (Coll. Moreau, t. CXV et CXYI, D. Grenier, 175, f 64 et 75.)
Ce différend venait à peine d'être apaisé quand en surgit un autre, beaucoup plus grave à raison de son objet et surtout des conséquences qu'il devait entraîner. Le siège épiscopal de Beauvais était alors occupé par Philippe de Dreux, qu'un ancien auteur, Loisel, nous représente comme plus porté « à faire le comte et l'homme de guerre que le dévot et religieux éVfeque. »
De retoiff à la fin de 1210 de la croisade contre les Albigeois, le prélat avait conçu le projet de transformer en château fort la maison de plaisance que ses prédécesseurs possédaient à Bresles, village situé à peu près à égale distance de Beauvais et de Clermont, sur la lisière occidentale de la forêt de Hez. La mise à exécution de ce projet inspira à Catherine de vives inquiétudes. Elle craignit que la nouvelle forteresse ne devînt pour ses domaines un dangereux voisinage, et réclama l'assistance de son cousin Renaud de Dammartin, comte de Boulogne. Celui-ci, qui dans sa
jeunesse avait été Tun des seigneurs les plus dévoués de Philippe-Auguste, nourrissait depuis quelques années déjà des sentiments d^hostilité contre le monarque, auquel il reprochait, non tout à fait sans raison, ses tentatives incessamment dirigées contre Tindépendance des feudataires de la couronne. Il saisit avec empressement l'occasion qui lui était offerte de frapper, dans la personne de l'évêque de Beauvais, un parent du v*oi en même temps qu*un défenseur de sa politique. Réunissant les vassaux de la comtesse de Glermont, il attaqua Bresles et en ruina les fortifications. Les représailles ne se firent pas attendre; à la tète de la commune de Beauvais et de renforts amenés par ses neveux, fils du comte de Dreux, Philippe investit à son tour le manoir de la Neuville, le prit et le rasa jusqu'à fleur de terre. Ces faits se passaient en Tannée 1212 S et Louvet les considère comme le prélude, le point de départ de la lutte qui s'engagea alors entre Philippe-Auguste et une coalition formée du roi d'Angleterre, du comte de Flandre, de celui de Boulogne et de l'empereur Othon, lutte qui devait deux ans après se terminer dans les champs de Bouvines (27 juillet 1214) par une affirmation éclatante de la prépondérance désormais acquise à la monarchie capétienne.
Catherine de Clermont ne fut pas témoin de ces événements. Suivant Bosquillon, elle mourut au début de la guerre à laquelle sa querelle avec l'évêque de Beauvais avait donné naissance, et en effet la dernière charte que nous ayons trouvée d'elle et par laquelle elle accordait aux religieux de Chaalis libre passage pour les troupeaux de leurs fermes de Troussures et de Rotangy^ doyennés de Breteuil et de Montagne, lorsqu'ils viendraient aux pâtures communes du pays, est en date du 24 avril 1212. (Coll. Moreau, t. CXVI.)
Thibaut de Blois^ Fils unique de Catherine de Clermont, il succéda à sa mère en 1212 dans le comté de Clermont et dans la chàtellenie de Breteuil, comme il avait succédé, en 1205, à Louis son père dans les comtés de Blois et de Chartres.
Nous ne saurions déterminer l'époque de sa naissance, elle doit être antérieure à 1200, bien que la première charte où son nom figure soit celle de ladite année, portant donation du bois
> Guillaume Le Breton, édition Gai20t, t. Il, p. 252, et Louvet^ t. II, p. 341-342.
de Cormeîlles à Tabbaye de Froidmont. En tous cas, son existence fut courte et ne fournit aucun événement mémorable. Dom Grenier cite (t. XLV bis^ f 7) des lettres de lui données à Saint-Germain-en-Laye au mois de septembre 1212, par lesquelles il se reconnaît débiteur de 4,000 1. envers Blanche, comtesse de Champagne, à cause du droit de rachat ou de mutation des fiefs tenus d'elle, et donne pour sa caution le roi de France, les barons et sujets de ses terres. Par un acte du mois d'août précédent il s'était engagé au même titre à payer une somme de 7,000 I. au roi et lui avait rendu hommage. (Martëne, I, 1109.)
Le 19 juillet 1213 le nouveau comte confirma à l'abbé et au couvent de Chaalis l'amortissement de tout ce qu'ils possédaient à Erreuses et dans l'étendue de la châtellenie de Breteuil. La charte (coll. Moreau, t. CXVII) fait mention de l'acquiescement de la comtesse Mahaut son épouse. Cette Mahaut était fille do Robert III, comte d'Alençon, et de Jeanne de la Guierche {Art de vérifier les dates). La date et les circonstances de son mariage ne nous sont pas connues.
En juillet 1215, les archives de Froidmont enregistrent la donation faite par Thibaut à. ce monastère de toutes les terres adjacentes à la grange abbatiale de Cormeilles le long de la chaussée ou voie romaine de Beauvais à Amiens, sous réserve d'une redevance de dix muids, moitié froment, moitié avoine, redevance dont il fit remise entière aux moines en avril 1218. (Coll. Moreau, t. CXIX et CXXIII.) Deux autres chartes du même comte sont relatives à Froidmont, l'une de mars 1217, l'autre de 1218, et ont pour même objet la confirmation des libéralités de ses parents et prédécesseurs. (Coll. Moreau, t. CXXIII et CXXV et Louvet, édition de 1614, p. 569.) Ces divers documents, comme la charte de 1213, font mention du concours et de l'acquiescement de la comtesse de Clermont. Mais le nom de la donatrice a changé. Ce n'est plus le sceau de Mahaut d'Alençon qui figure au pied de l'acte, c'est celui de Clémence des Roches, fille de Guillaume, sénéchal d'Anjou et de Marguerite de Sablé, qu'un second mariage a unie à Thibaut ; ni l'une ni l'autre, du reste, de ces deux femmes ne devaient lui donner d'enfants. Atteint, suivant les uns, de la lèpre, suivant les autres, de la peste, le fils de Louis et de Catherine, le riche possesseur des comtés de Blois, de Chartres et de Clermont, était
condamné à une fin prématurée, et il y louchait déjà lorsqu'il signa à la Ferté- Vineuil , en Beauce, sa dernière charte en faveur de Froidmont. L'Art de vérifier ks dates dit, en effet, qu'il mourut Tan 1218 avant Pâques, et Pâques tomba, cette année là, le IS avril.
C'est de la même résidence de Vineuil et du même mois d'avril que sont datées trois autres chartes, véritables dispositions testamentaires de Thibaut. Deux d'entre elles confirmaient au prieuré de Wariville les dons faits par ses parents, accordaient aux religieuses trois muids de froment à prendre annuellement sur le grenier seigneurial de Breteuil, et réglementaient leurs droits d'usage dans la forêt de Hez. (Coll. Moreau, t. CXXIII et Ms. Fr. 4663, n* lxxu). La troisième dotait l'église Saint- Evremont de Creil de 40 1. parisis de rente à prendre à la Saint-Remy sur les cens de Creil, dont 20 devaient être distribuées le jour de l'anniversaire du comte, et les 20 autres le jour de l'anniversaire de sa mère aux chanoines et clercs de ladite église qui assisteraient au service. (Ms. fr. 4663, n° ix.)
Thibaut, nous l'avons déjà dit, n'avait pas eu d'enfants; il ne laissait ni frères ni sœurs. Les domaines composant sa succession se devaient donc partager, selon leur provenance, entre les collatéraux des lignes paternelle et maternelle. Ses deux tantes, sœurs de Louis de Blois, prirent: l'une Marguerite, mariée alors en troisièmes noces à Gautier II d'Avesnes, le comté de Blois, l'autre Elisabeth, femme de Sulpice d'Amboise, celui do Chartres.
Du côté maternel, les héritiers se subdivisaient en deux branches, Clermont et Breteuil. Catherine, en effet, on s'en souvient, avait réuni sur sa tête les biens des deux maisons. Or, suivant les coutumes féodales, chaque maison avait droit au retour des fiefs provenant originairement d'elle. L'application de cette règle fit écheoir la châtellenie de Breteuil à Amicie, sœur consanguine d*Aëlis femme. du connétable Raoul et, par conséquent, grande tante de Thibaut. Cette troisième fille de Galeran de Breteuil avait épousé, en premières noces, Baudouin du Donjon. Devenue veuve, elle s'était remariée, au plus tard en 1213, avec Jean Briart, chevalier. Les deux époux figurent comme seigneurs de Breteuil dans une charte de la fin de Tannée 1218, portant ensaisinement d'une vente de quatre
LE COIirrÉ DE CLERMONT EN BEAUVAISIS. 41
muids de blé faite à la léproserie de Beauvais par Raoul de Noyers \
Dans le comté de Clermont, Thibaut avait quatre héritiers. Trois étaient cousins germains de sa mère : Raoul de Clermont, seigneur d'Ailly, fils de Simon de Clermont et de Mathilde de Breteuil, Guy le Bouteiller de Senlis et Robert de la Toumelle, qui avaient l'un et l'autre pour mère une Clermont, sœur de Simon. La qualité de fils du frère puiné du connétable donnait à Raoul un avantage marqué sur ses deux cohéritiers du même degré, qui descendaient seulement par les femmes de Renaud II, l'auteur commun, bien que la législation féodale reconnût alors à ceux-ci des droits qu'ils n'auraient pu invoquer dans le courant du siècle précédent. Cependant les antiques privilèges de la masculinité subsistaient encore et c'est à leur application qu'il convient, suivant nous, d'attribuer le fait que l'ensemble de l'héritage de la maison de Clermont n'ait pas été dévolu à Mahaut, comtesse de Dammartin ', dernière survivante des filles de Renaud II et par conséquent grande tante de Thibaut et sa plus proche parente.
La multiplicité des prétendants à la possession du comté de Clermont parut à. Philippe-Auguste l'occasion favorable d'une application nouvelle du système d'annexion, que depuis son avènement il ne cessait de poursuivre par la voie des acquisitions aussi bien que par celle des conquêtes à main armée. Il traita séparément avec chacun des cohéritiers. Raoul de Cler-
* Collection Moreau, t. CXXV, fo 23. Jean Briart mourut vers i220 (charte d'Amicie fondant l'anniversaire du dit Briart dans Tabbaye de Froidmont (coll. Moreau, p. 128), et sa veuve contracta peu après une troisième union avec Gautier de Risnel, auquel elle devait encore survivre. Elle mourut en 1226 laissant de son second mariage, suivant Dom Grenier, deux filles qui lui succédèrent dans les cbâtellenies de Breteuil et de Catbeu.
*Nous avons déjà parlé de cette Mahaut de Clermont et cherché à établir que c'était elle qui avait épousé Albéric II, comte de Dammartin. Leur Ûls aîné était le célèbre Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, qui expiait alors dans les fers l'initiative de la coalition féodale de 1214. Assurément sa rébellion ne dut pas être sans nuire aux droits que sa mère avait à faire valoir sur l'héritage de Clermont, et peut-être trouverait-on là jusqu'à un certain points en se rappelant qu'Ide de Boulogne, femme de Renaud, était petite-fille d'Etienne, roi d'Angleterre, l'explication de cette assertion de Chopin, Traité du domaine^ livre III, titre IV, répétée par du Puy, des Droits du roi, p. 782, que « le comté par le moyen et alliance des femmes escbeut en la maison d'Angleterre, et par la rébellion des Anglais fut acquis et confisqué au roi. »
mont d'Ailly lui céda moyennant quatre mille livres parîsis « quiconque chose qu'il avoit de droit en le conté de Clermont et es appartenanches d'ichelle tant en fief quant domaine^ ». A Robert de la Tournelle, le roi donna ce qu'il avait à Bonneuil', sauf le droit de monte ou montage des grains et celui-ci en échange « de bonne foy jura sur les sainz sacrez que ne par lui ne par autre en le conté de Glermont de l'eschaeto messire Thibaut, conte de Blois et de Glermont, aucune chose desores ne avant réclameroit ne travailleroit en aucune manière monsieur le Roy ou ses hoirs. » (Mss. Fr. 4663, f* 112. Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n* 1834). Sous la même condition Guy, fils de Guy le Bouteiller, reçut en fief et hommage-lige ce qui était du domaine de la couronne à Rully et à. Chamicy, doyenné de Pont. (Mss. Fr. 4663, f^ 113. Cart. de Philippe- Auguste, f* 76). Enfin la renonciation de la comtesse de Dammartin lui valut une rente de cent livres parisis sur la Prévôté
A Nous n'avons pas Tacte de cession de Raoul à Philippe- Auguste, mais seulement Facte confirmatif fait par lui en novembre 1229 à la demande de Louis VIII et moyennant un supplément de prix qui ne laissait pas d'être considérable, puisque Graves nous apprend, Précis du canton de Breteuil, p. 48, que Simon de Beaussault et Clémence Briart, sa femme, racbetèrent en 1226, 3,000 livres pour leur terre de Breteuil, mouvante du roi.
Mss. Fr. 4,663, fo 112. — « Je Raouls de Glermont fais chose congnute à tous tant présens comme avenir, que je ay quictié a tousjours quiconque chose je avoie de droit en la conté de Glermont et es appartenanches dichelle, tant en fief quant demaine, a men très chier seignieur Philippe conte de Boulongne et de Glermont et a ses hoirs de se char et a men très chier seignieur Loys par la grâce de Dieu sage roy de France et à ses hoirs à tousjours, se li conte aura trespassé sans hoir de se char ; et en seur que tout je ai juré seur les sains sacrez garder à tousjours cheste donation, et que seur che des ore en avant ne trayray en plait ne en autre manière de travcilx par moy ne par autre le conte devant dit, ne aucun de se partie ne Monsieur le Roy n& sez hoirs, se le dite conté ara venu à Monsieur le roy ou à sez hoirs, en ychelle manière que il est dit devant ; en seur que tout cheste quictacion garder inviolablement, jurèrent ensement Jehans et Simons mes fieus ; pour cheste quictacion adechertez donna a moy de bone mémoire Philippes jadiz roy des Frans sages iiii<^ libr. parisiz; enseurquetout Monsieur li roys Loys pour cheste quictacion quicta à moy le rachat de l'eschaete de lamission de le dame d& Bretuel de le terre de Bretuel et dez aparténanchez dichelle tant fiez comme demainez dou fief de monsieur le roy mouvans, quant a monsieur le roy apartient se je ara vescu aprez le amission devant dite ; que che tiengne fort à tousjours, je ay confermé cheste présente page de men scel. Fait à Ghaumont, en lan de nostre Seignieur mil II» XXIII au mois de novembre. »
* Bonneuil en Valois^ canton de Grépy, suivant M. L. Delisle ; Bonneuil le Plessis, canton de Grévecœur, suivant Graves, Précis du canton de Breteuil^ p. 41.
de Crespy, dont avec rassentiment de Philippe-Auguste, elle fit presque immédiatement don aux religieuses du Parc-aux-Dames *.
Quel était l'objet de la cession ainsi faite au roi par les héritiers de Thibaut, ou en d'autres termes de quoi se composait le comté de Clermont ? Nous allons essayer de le déterminer sans pouvoir cependant le faire d'une manière exacte ni complète, car les documents nous manquent pour cette époque '.
Le comté de Clermont, comme les autres grands fiefs, comprenait deux sortes de biens territoriaux : les domaines dont le comte possédait la seigneurie immédiate avec tous les droits do justice, redevances et cens y attachés, les fiefs dont il n'avait que la suzeraineté.
Dans la première catégorie nous rangerons :
Clermont, dont chaque masure devait aux termes de la charte de 1197, un cens annuel de cinq sous. Le seigneur y percevait en outre les droits de halage et tonlieux sur les denrées et marchandises (boucherie, pain, sel, animaux, laine, pelleterie, toiles, firiperie *) ainsi qu'un péage ou travers qui s'étendait jusqu'au village d'Angy et aux villages environnants.
La Neuville le Comte ou en Hez. Les habitants de ce bourg n'étaient assujettis par la charte de Raoul (1187) qu'au payement annuel de deux mines d'avoine, deux chapons et six deniers Beauvaisins.
Sur le territoire de la Neuville, comme sur celui de Clermont, existaient quelques petits fiefs ou tenures nobles appartenant à d'autres qu'au comte.
La forêt de Hez.
Celle de la Houssière, sur le territoire de Bailleul sur Thérain.
Creil, dont la charte d'affranchissement stipulait en faveur de ses bourgeois les mêmes droits et redevances que celle de Clermont.
Le travers de Creil.
La forêt de la Pommeraye.
* Mai 1218. Archives nationales, K 185, no 73 ; Catalogue des actes de Philippe- Auguste, no» 1825 et 1826; coll. Moreau, t. CXXIV, fo 202.
* Le premier dénombrement complet du comté de Clermont, est celui de 1373, dont nous avons l'intention de présenter à nos lecteurs le résumé dans la suite de ce travail.
* Dénombrement de 1373.
Le marché transporté de Creîl à Saînt-Leu d'Esserent^ conformément à la convention qui était intervenue en il75 entre le comte Raoul et Tabbé de Gluny et qui attribuait aux moines la moitié des produits.
L'avouerie de Saint-Leu d'Esserent qui consistait, aux termes de la même convention, dans la possession d'un manoir, la moitié de la justice du lieu, et une redevance de deux mines d'avoine par feu^
Le bourg de Gournay-sur-Aron(te, que le comte Raoul avait acquis par échange de la maison de Hangest et de Tabbaye de Saint-Quentin de Beauvais, et aux habitants duquel il avait concédé en 1165 l'exemption de toutes charges et impositions au prix d'une redevance annuelle de quatre mines d'avoine et de quatre chapons.
Des biens à Sacy-le-Grand et des cens à Mouchy-Saint-Éloi *.
Des droits de morte-main et de formariage perçus de compte à demi avec l'abbé de Saint-Denis en divers lieux.
Les avoueries de Rozoy, de Beaupuits, de Rieux et de HaUoi ; Rozoy et Beaupuits appartenaient à l'abbaye de Saint-Lucien, Rieux et Halloi à celle de Saint-Germer.
Une redevance de soixante anguilles par an sur le domaine de Thury-sous-Clermont due par l'abbaye de Corbie.
Le dénombrement de 1373 mentionne comme faisant encore partie du comté de Clermont divers droits et redevances : entre autres les travers de Nointel, de Baillenval, de Liancourt, de Breuil, de Longuyane (ou Saînt-Martin-Longueau), les Prévôtés de Breuil et de Giencourt, les tailles d'Agnets, de Cannettecourt et de Boisicourt, l'avouerie de Marceilles, mais nous ne saurions dire si leur possession n'était pas le résultat d'acquisitions postérieures.
L'administration des domaines, le recouvrement des cens et taxes étaient confiés à des officiers seigneuriaux appelés Prévôts et qui se trouvaient en même temps investis de fonctions judi-
1 Le marché fut rétabli à Creil par lettres patentes de novembre 1374.
* Accensement par Catherine, comtesse de Clermont, à Nivelon de Senlis, son cousin, de vignes et d'une pièce de terre qu'elle avait à Mouchy-Saint-Éloi (coll. Moreau, t. CXV, f« 56). Pour Sacy-le-Grand et les droits de champart et de vinage, etc., qu'y possédaient les comtes. Voir Dom Grenier, t. XCVII, fo 38 ; Mss. Fr. 4,663, n» 75 ; et de Lépiuois, Rediet'ches historiques, charte de Catherine de 1209 en faveur de Saiut-Leu d'Esserent.
cîaires. Il y avait un Prévôt à Clennont, un autre à Creil. Du premier relevaient, entre autres, les mairies * d'Agnetz et de Cannettecourt ; du second, celles de Montataire etdeCinqueux ; Les comtes de Glermont jouissaient de la plupart des droits régaliens ; il semblerait même qu'ils aient eu la prérogative de battre monnaie. Nous ne connaissons pas, il est vrai, de pièces frappées à leur effigie, mais nous verrons, en janvier 1320, Philippe le Long acheter à Louis de Bourbon, moyennant quinze mille livres de bons petits tournois, les droits que celui-ci avait à cet égard comme comte de Clennont et sire de Bourbon.
Le Cartulaire de Philippe-Auguste nous a conservé la liste des fiefs ou plutôt des feudataires relevant du comté de Glermont en 1218. (Dom Grenier, t. LFV). Il y en avait 68 pour le comté proprement dit, savoir :
Johannes de Conty.
Abbas de Hanges.
Rob. de Turnell.
Guido de Pratis.
Simon de Argenlieu.
Théob. de Gressonssart.
Florentins de Novavilla.
Guill. de Gressonssart.
Mag* W. Baillot.
Ansoldus Ronquerol.
Guido de Therotte.
Petrus de Monasteriis.
Petrus de Lys.
Simon de Dargies.
Hugo Gandavenne.
Gomes Sancti-Pauli.
Rad. Gandavenne.
Joh. Gandavenne.
Rem. Perone.
Simon Monachus.
Joh. Legleantier.
Joh. de Stratis.
Rem. de Gurcy.
Joh. Darion.
Girardus de Betz.
Prior de Longua Aqua.
Joh. de Remin.
Joh. de Villiers.
Joh. de Gurcy.
Math, de Feucheroliis.
Evrardus de Gharron.
Amoldus de Soisy.
Teob. de Giencuriâ.
Rem. de Britolio.
Joh. de Nointel.
Simon de Meoreno.
Aeliz de Buzencuria.
Ansoldus de Dargies.
Maria Gholette.
Joh. dePlesseïo.
Rogo de Premereio.
Odoard. de Gastaneo.
* La mairie au moyen âge constituait un office souvent héréditaire, dont le titulaire était à la fois tenancier féodal, intendant et officier de justice chargé de fuire les ajournements.
Thomas de Canis.
Gilo de Longua Aqua.
Fulco Drouin.
Galf. de Luat. Emelina de Bulencourt.
Joh. de Luat.
Âmicia Boviler.
Joh. de Novavilla.
Ansoldus de Goongniëre.
Joh. de Goocurt.
Simon de Chivereis.
Rad. de Goongniëre.
Gilo d'Erquinvilliers.
Odo li Ardans.
Arnulfus de Quesnels.
Ansehnus Servions.
Rad. de Novavilla.
Odo de Stratis.
Joh. de Goesdun.
Rogo de Franscières.
Rog. d'Aivregny.
Joh. de Laumes.
Simon d'Espineiises.
Simon de Mainbeville.
Manasseus de Gornaïo.
Renaldus de Mesnilio.
La châtellenie de Creil comptait 21 fiefs dans sa mouvance. Voici la nomenclature de leurs possesseurs d'après le même documenty ou plutôt d'après la copie que nous en fournit le tome LFV de Dom Grenier :
Johannes de Cramoisy.
Amalricus de Vilers.
Petrus de Monte.
Radulphus Dannel.
Hugo de Curtoloco.
Odo de Summevilla.
Odo Mongnevillaris.
Theobaldus li Poz.
Renaldus Abbas.
Renaldus de Montatëre.
Helisent Cramoisy.
Guillemus de Pratis.
Odo de Chauferi.
Odo de Vallibus.
Bartholomeusde Silvanectis.
Bartholomeus de Soissiaco.
Petrus Choisel.
Philippus de Fayel.
Uxor Theobaldi Marescalli.
Odo RonqueroUes.
Johannes de Noermont.
LE COMTÉ DB CLBRMONT £N BBAUVAISIS. 47
Comtes apanagistes de la première race : Philippe Burepel; Mahaud de Dammartin et Alphonse de Portugal; Jeanne et Gatccher de Châtillon.
Réuni au domaine de la Couronne dans les conditions que nous venons de dire *, le comté de Clermont en Beauvaisis devait presque immédiatement en être détaché pour constituer pendant plus de trois siècles Tapanage des puînés de la maison de France. L'auteur de VArt de vérifier les Dates veut même que dès Tannée 1218, c'est-à-dire précisément celle où l'acquisition eut lieu, Philippe-Auguste l'ait transféré au fils issu de son union avec Agnès de Méranie, Philippe, surnommé Hurepel ou le héricé [hirsutus). Mais cette opinion nous paraît contredite par des documents certains, desquels résulterait que le comté serait au contraire demeuré aux mains et en la possession du roi jusqu'à sa mort. Ce sont d'abord quatre chartes de Philippe- Auguste. Par l'une de 1218, il fait don aux meseaux ou lépreux de Creil de la dîme de son pain pendant tout le temps de son séjour dans ledit château ou dans la chàtellenie (Ms. Fr. 4663, n" x) ; par l'autre de 1220, il accorde aux religieux de Saint- Denis le droit de défricher les bois qui leur appartenaient entre Estrées et Cressonsart, et de tirer parti du sol au mieux de leurs intérêts, sous la réserve toutefois qu'il n'y serait pas élevé de forteresse et qu'aucune atteinte ne serait portée aux droits, re-
1 Cette réunion donna lieu, au point de vue du droit féodal et de son application, à un incident qui mérite d'être relaté, car il fournit une preuve, à joindre à tant d'autres, des tendances de Philippe-Auguste à mettre en toute circonstance la royauté hors de page, voire même à son détriment actuel. Après la mort de Thibaut, le comte de Beaumont qui relevait, pour la moitié de la ch&tellenie de Luzarches, du comte de Clermont (lequel était lui-même vassal de ce chef de Tévêque de Paris), se présenta au roi afii> de lui faire hommage à raison de son acquisition nouvelle. Mais Philippe- Auguste lui dit qu'il ne voulait pas recevoir cet hommage parce qu'il ne voulait pas être l'homme de l'évoque de Paris, et, rompant ou plutôt raccourcissant la chaîne féodale, l'engagea à s'adresser directement au prélat. (Cartulaireiie Notre-Dame de Paris, tome I, p. 183.)
devances et mortes-mains qu'il avait l'habitude de prélever dans les villages d'Estrées, de Moyvillers et de Bailleul. (Collection Moreau, t. CXXVIII.) La troisième, également en date de 1220, concède à Tabbaye de Froidmont en toute propriété trois cent cinquante arpents de bois et vingt-cinq arpents de friches dans la forêt de Hez, autour du mont de Hermès, en échange des droits d'usage que ladite abbaye tenait des comtes de Clermont. (Ms. Fr. 4,663, n»' lx et lxiii ' et Louvet, éd. de 1614, p. S70.) La dernière charte sans date, mais que M. L. Delisle, qui Ta reproduite dans l'appendice de son catalogue p. 522, croit des environs de 1220, est relative à la haute justice de Liancourt que contestait le Chapitre de Beauvais.
Ainsi à. tout le moins jusqu'en 1220 Philippe-Auguste fit acte de propriété et d'administration dans le comté de Clermont. Des lettres de Philippe Hurepel nous permettent de conclure qu'il en fut de même jusqu'à l'avènement de Louis VIII (14 juillet 1223). Ces lettres conservées aux archives nationales (J. 238, n" 47) sont datées de Melun au mois de février 1223 (1224). Philippe y déclare que son cher frère et seigneur Louis roi, en considération de la donation que leur père Philippe lui a précédemment faite du comté de Mortain, de Domfront-en-Passais et de la terre de Cotentin, estimés produire 8,000 livres parisis de revenu ', lui a confirmé en pleine propriété pour lui et ses héritiers à naître de l'épouse qui lui est fiancée * le comté de Mortain et Domfront avec toutes leurs appartenances et dépendances ; qu'en échange de la terre de Cotentin il lui a donné le jcomié de Clermont et un quartier de Dammartin avec leurs fiefs, domaines, bois et tenures en dépendant tels que le roi
1 L*acte qui se trouve également aux Archives nationales (P 1364 * c. 1334) fait mention parmi ses signataires de Jean, abbé d'Ourscamp, parce que Froidmont dépendait de ce monastère. L'abbé de Froidmont reconnut en outre qu'il ne pouvait vendre le bois qu'il avait dans la forêt de Hez avant que la vente du roi fût finie. (Ms. Fr. 4663, n* LXI.)
* Par l'article 8 de son testament de l'année 1222, Philippe-Auguste avait légué à son fils Philippe dix mille livres parisis de revenu. {Guillaume Le Breton. Édition Guizot, tome II, p. 347.) Nous serions disposé à croire que l'acte de février 1223 eut pour principal objet de régler ce qui était relatif à ce legs.
* Heredibus meis de uxore meà despomata. Ces expressions répétées jusqu'à six fois dans la charte sembleraient indiquer que le mariage de Philippe et de Mahaud de Dammartin n'était pas alors encore consommé.
Philippe les avait légitimement achetés des héritiers directs ' ; et qu'il lui a donné, en outre, le comté d'Aumale, la terre de Calais, celle d'Alisy et celle de Lislebonne*, le tout devant être tenu à hommage lige de la couronne aux us et coutumes soit de Normandie, soit de France, avec la haute justice qu'on appelle plaid de Tépée {pladtum ensis)* De son côté, Philippe a renoncé à la rente annuelle de 3,000 livres parisis qui lui était payée sur le trésor; il consent, au cas où il mourrait sans hoirs, que les biens qui viennent de lui être ainsi assignés fassent retour au roi ou à ses successeurs.
Tous les feudistes ont considéré et signalé la clause insérée dans les lettres de 1223 ' et qui stipulait le retour à la couronne à défaut d'hoirs, terme général comprenant alors aussi bien les filles que les fils, comme la première dérogation à l'ancien droit qui reconnaissait aux enfants puînés de France la pleine et incommutable propriété des terres qui leur avaient été constituées en apanage. Elle inaugura le second état de la législation sur la matière et son interprétation ne devait pas tarder à soulever une grave contestation judiciaire que nous aurons à relater.
Dans la charte qui vient d'être analysée, Philippe Hurepel s'intitule comte de Boulogne. Cet important comté lui provenait du chef de sa femme et la chronique d'André {Recueil des hisUh-
* C'est sans doute pour assurer l'acquisition de Clermont contre toute revendication ultérieure, que Louis VIII avait négocié trois mois auparavant (novembre 1223} avec Raoul de Clermont d'Ailly, l'acte confirmatif que nous avons reproduit plus haut.
> En mai 1226, Louis VIII donna encore à son frère la seigneurie de La Morlaye. (Ms. latin, 9778, p. 152.) Du reste, Mortain, Aumale, Calais, Lislebonne et peut-être Domfiront étaient des domaines confisqués après la bataille de Bouvines, sur Renaud de Dammartin, beau-père de Philippe Hurepel. Il ne s'agissait donc réellement, en ce qui les concernait, que d'une restitution. Le roi s'était réservé la garde et possession des forteresses de Mortain et de Lislebonne. Mais en décembre 1226, Louis IX rendit à son oncle Philippe ces deux forteresses à charge de foi et hommage. Du Puy, Droits du Roi, p. 901 et D. Grenier, tome CLXVII, fo 337.
' Elle a été reproduite par Louis VIII dans son testament du mois de juin 1225, article 5. « Nous voulons et ordonnons que la terre que tient de nous notre trèscher et fidèle frère Philippe, comte de Boulogne, retourne à notre successeur roi de France, si le dit comte de Boulogne meurt sans héritiers. » V. Chopin, Domaine de France, livre XIV, titre XIV. Husson, Du Domaine de la couronne et des apanages des enfants de France, Lefèvre de la Planche, Traité du Domaine, tome III, chapitre m.
rienSj t. XVIII, p. 578), nous apprend que ce fut en effet en 1223 qu'il alla personnellement eu prendre possession. Il avait été fiancé dès sa plus tendre enfance à Mahaud, fille ainée dlde, comtesse de Boulogne et de Mortain, et de son quatrième mari Renaud, comte de Dammartin \ La part active prise par celui-ci & la coalition féodale de 1214 n'avait pu que confirmer davantage Philippe-Auguste dans le désir de replacer ainsi sous sa dépendance et comme en sa main les nombreux domaines des maisons de Boulogne et de Danmiartin, en même temps que la captivité de leur possesseur et la confiscation, que sa félonie lui avait fait encourir, assuraient la réalisation de ce désir. Suivant VAri de vérifier les dateSy le mariage aurait eu lieu en 1216, mais certaines des expressions que nous avons relevées dans la charte ci-dessus nous sembleraient de nature à faire penser que la célébration en aurait été postérieure de près de sept années, ce qui servirait peut-être à expliquer pourquoi on ne trouve pas antérieurement à. la date de 1223, ni dans les duroniques ni dans les chartes, les titres de comte de Dammartin et de Boulogne attribués à Philippe.
Quoiqu'il en soit, du reste, M. Léopold Delisle a dressé par ordre chronologique le catalogue des actes de ce prince, de ladite année jusqu'en 1233 *, et nous emprunterons au travail du savant auteur les mentions qui concernent le comté de Clermont.
La première de mai 1225 est relative à l'accensement du bois d'Ageu. Ce bois, situé entre le ruisseau de Longueaue et rOise, appartenait par indivis au comte de Clermont et à Philippe de Béthisy. Mais les habitants de Rieux, de Brenouille et du Mesnil de Pont Sainte-Maxence y prétendaient des droits d'usage. Les deux propriétaires s'entendirent pour leur en concéder le sol avec faculté de défrichement, moyennant un cens annuel de 40 livres parisis et sous réserve de la justice, de la
^ Philippe Hurepel naquit en i200. Par acte du mois d'août de Tannée suivante, Renaud et Ide s'engagèrent à lui donner en mariage leur fille aînée et héritière Mahaud. Cette promesse fut renouvelée et les conditions du mariage fixées en novembre 1209 et mai 1210. Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n©» 674, 1178, 1217-1219.
« Recherches sur les comtes de Dammartin au xiii® siècle. Mémoires de la Société des Antiquaires de France ^ année 1869.
chasse de la grosse bête, ainsi que des lods et ventes et autres droits dont la perception demeura confiée à un maire. Les concessionnaires furent autorisés à instituer de leur côté un garde ou sergent. (Coll. Baluze, t. CCCXC, n" 487.)
La môme année ou plutôt au commencement de la suivante (janvier 1226 n. s.) Philippe fit un accord avec Tabbaye de Saint-Denis pour des droits de roage et de justice qu'ils possédaient par indivis à Moyvillers, Estrées Saint-Denis et Bailleulle-Soc (coll. Moreau, t. CXXXVI); il devait quatre ans après, en août 1230, abandonner à ladite abbaye la mouvance de plusieurs fiefs nobles sis aux mêmes lieux, ne se réservant que l'hommage lige de la maison forte et de la prévôté de la moyenne justice à Estrées. {Ibid., t. CXLIIL)
Louis VIII était mort alors et Philippe Hurepel, après avoir d'abord pris parti pour le jeune roi son neveu dans les troubles qui signalèrent les débuts de la régence de Blanche de Castille, n'avait pas tardé à se joindre à la ligue des barons révoltés et dont, au témoignage de Joinville, il serait même devenu le chef. Ce fut à cette époque qu'il se retira à Calais qui n'était encore qu'un simple village du comté de Boulogne, et le fit fortifier \ Pendant ce temps les comtes de Flandre et de Champagne ravageaient ses domaines dans le nord de la France. En 1229 ou 1230 au plus tard il fit sa paix avec la régente et rentra en grâce, n mourut aux environs du 18 janvier 1234 nouveau style, non sans soupçon de poison. Il avait donné en 1232 le moulin de Bekerel , sans doute près Warti , à Tabbaye de Froidmont (Mss. latin 5471, p. 43). On trouve dans la Collection Moreau deux chartes de Philippe et de Mahaut sa femme l'une (t. CXLV) de décembre 1231 relative à un accord avec l'abbaye de Chaalis, l'autre (t. CXLVII) de mai 1233 en faveur de l'abbaye de Beaupré.
M. Douet d'Arcq a décrit dans son Inventaire géfiéral (t. I, p. 435), le sceau de Philippe Hurepel. Il portait un écu fleurdelisé brisé d'un lambel, s'écartant ainsi, nous apprend le Répertoire universel de jurisprudence (v° nom), de l'usage ancien qui avait fait prendre jusqu'alors aux puînés de la maison de Franco
* Du Pay, Droits du Roi, p. 735. V. coll. Moreau, tome CCCXCVI, l'acte du prêt d'une somme de 8,000 livres fait par les bourgeois de Calais, en 1228, à Philippe pour les fortifications de leur ville.
non-seulement le nom, mais encore les armes des maisons où ils avaient contracté alliance \
Suivant VArt de vérifier les dates, Philippe aurait laissé de son union avec Mahaud de Dammartin deux enfants : Albéric, qui aurait été comte de Dammartin et serait allé s'établir en Angleterre, et Jeanne, mariée à Gaucher de Ghatillon. Mais M. Léopold Delisle nous semble avoir établi sans réplique que Texistence du premier n'est rien moins que prouvée et que Jeanne seule survécut à son père.
Un si riche héritage aux mains d'une femme et d'un enfant devait éveiUer bien des convoitises. Aussi dès l'hommage reçu de Mahaud en janvier 1234 (Teulèt II, 259), Louis IX s'empressa-t-il de lui faire prendre l'engagement de livrer à première réquisition les forteresses de Boulogne et de Calais pour l'espace de dix années {Ibid, , et Du Puy, p. 755) puis de ne pas se remarier sans son consentement (février 1238, n. s., Teulet, II, 284). Elle signait en même temps la même promesse en ce qui concernait sa fille, et donnait pour pleige ou caution Hugues de Ghatillon comte de Saint-Fol et de Blois {Ibid.y 281 et Dupuy, p. 321). Ge fut avec le neveu de cet Hugues de Ghatillon fils de Guy de Ghatillon comte de Saint-Fol et d'Agnès de Donzy *, que Mahaud fiança sa fille Jeanne au mois de décembre de l'année suivante 1236. L'âge trop peu avancé des futurs époux fit retarder la célébration du mariage jusqu'en 1241 , d'après le P. Anselme '.
« « Ce qui enhardit Philippe à ce faire, dit Loiseau, Des Ordres^ ch. vu, n*» 26, ce fat qu^alors la maison de France commençait d'entrer en plus grande autorité, comme Du Tillet a remarqué, à cause que le roi Philippe son père avait conquis et réuni plusieurs duchés et comtés, à la faveur des voyages de la Terre-Sainte et autres plusieurs bonnes occasions dont il s'était bien su prévaloir. »
' Guy de Ghatillon, frère de Hugues, était devenu comte de Saint-Pol en mai 1223 par cession temporaire de sa mère Elisabeth de Gamp-d'Avesnes, dernière représentante de la branche afnée de cette illustre famille. {Catalogue des actes de Philippe- Auguste, n® 2215.) 11 mourut en 1226 au siège d* Avignon; sa femme, Agnès de Donzy, héritière des comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre, Tavait précédé d'une année dans la tombe. Elisabeth, rentrée en possession du comté de Saint- Pôl, le donna à son autre fils Hugues.
* Us étaient mariés en novembre 1242, puisqu'à cette date ils confirmèrent le testament de la comtesse Mahaud. (L. Delisle, Recherches sur les comtes de Dammartin, p. 32.) En mars 1245 (1246, n. s.). Gaucher de Ghatillon délaissa au roi, pour le rachat du relief que Jeanne, sa femme, devait à raison de son mariage, la terre de Rémi, près Gompiègne, quMl possédait du chef de sa grand'mère Elisabeth de Gamp-d'Avesnes. (Gartulaire de Philippe-Auguste, fo 195, reproduit par M. Bordier dans sa notice sur Philippe de Beaumanoir.)
Par le contrat de décembre 1236, il avait été octroyé à la comtesse Mahaud, dit Louvet {Anciennes remarques y p. 400), qu'elle tiendrait toute sa vie les comtés de Clermont et d'Aumale avec les seigneuries d'Alisy et de Lislebonne laissant seulement à sa fille celle de Domfront *, quelques autres terres provonues de son mari Philippe de France, et comme Jeanne mourut sept ans avant sa mère, il résulte que celle-ci doit être considérée comme ayant seule porté le titre de comtesse de Clermont jusqu'à l'époque de la seconde réunion du comté à la couronne *.
Voici la nomenclature des principaux actes de Mahaud qui nous sont parvenus , relativement à l'administration de ce comté, et que nous avons relevés pour la plupart dans le travail de M. L. Delisle.
En 1234, elle confirme une donation faite à l'abbaye de Froidmont par Arnaud de Borron ' , et en 1235 la vente d'une terre sise à Courroi consentie à l'abbaye de Beaupré par Gervais de MiUy. (Collection Moreau, t. CL, f 122 et t. CLI, f 91.) La même année 1235, au mois de décembre, elle fonde dans l'hôpital de Creil une chapelle en Thonneur de sainte Anne et assigne au chapelain chargé de la desservir une rente de 12 livres parisis par an sur le travers de Creil (Mss. F. 4663, n* xiv) ; elle donne à son chambellan une maison sise dans ladite ville. (Teulet, n, 304.) En décembre 1238, elle dote la chapelle Saint- Arnoul de Clermont, d'une rente de blé sur son moulin de Gouvieux. (Collection Moreau, t. CLV, f 84.) En avril 1239, elle rachète, moyennant 120 livres parisis, à Jean de Boullancourt,
> En juillet 1246, Gaacher de ChatiUon s'eugagea à rendre au roi, quand il en serait requis^ son château de Domft'ont. (Registre E de Philippe-Auguste, f« 42.)
< Le contre-sceau de Mahaud de Dammartin, appendu à une charte de 1239, est chargé de deux écus, Tun ayant la pointe en Tair semé de fleurs de lis avec un lambel (armes de Philippe Hurepel), Tautre la pointe en bas fascé de six pièces avec une bordure (armes de Dammartin). (Douet d'Arcq, I, 435.)
' En août 1244, Mahaud confirma encore de concert avec Alphonse de Portugal, son second époux, à Tabbaye de Froidmont, la possession d*une masure sise à Clermont. (Coll. Moreau, tome CLXVI, fo 107.) Une charte de la même collection nous apprend qu'au mois de décembre précédent elle avait eu un différend avec ladite abbaye et qu'elle avait pris pour arbitres Tabbé d'Ourscamp, Mathieu de Trie et Robert de Cressonsacq. (T. CLXll, fo 17.)
les droits d'usage qu'il possédait dans la forêt de Hez, du chef de sa femme. (Archives nationales, P. 1369 *, c. 1757.)
Elle se trouvait alors sur le point de contracter un second mariage avec Alphonse, frère du roi de Portugal* et neveu de la reine Blanche par sa mère Urraque de Castille, et une inscription commémorative de la dédicace de l'église de Cambronne-lès- Clermont (Graves, Précis statistique du canton de Aiouj/j p. 48), constate que ce mariage était célébré en décembre 1239. Les deux époux conférèrent, au mois de juillet 1244, aux religieux de l'ordre de la Trinité et des captifs, établis déjà depuis plusieurs années au Bois Saint-Jean, paroisse de Warti, l'ancien Hôtel-Dieu de Clermont situé dans la basse ville, sur le fief Saint-André, sous condition d'y exercer à perpétuité l'hospitalité, et pour leur en assurer les moyens, leur accordèrent une foire annuelle le jour de la fête de leur saint patron avec tous les droits y attachés. (Mss. F. 4663, n*» LXXXV \) Au mois do septembre suivant, ils dotèrent de 12 livres parisis de rente à prendre sur leur prévôté de Dammartin le prieuré de Saint- Thibaut, fondé en 1066 au lieu dit Saint-Remy près du village de Rue Saint-Pierre, sur les confins de la forêt de Hez, et qu'ils venaient de faire reconstruire ; ils en attribuèrent en même temps le patronage à l'abbaye de Saint-Symphorien de Beauvais. (Louvet, Histoire du diocèse de Beauvais, t. II, p. 12.)
Cependant les Portugais s'étaient soulevés contre leur roi Sanche II, frère d'Alphonse, et avaient sollicité celui-ci de venir se mettre à leur tête (1246). De retour dans sa patrie Alphonse ne tarda pas à ceindre la couronne et oubliant, suivant l'expression de Louvet, son mariage contracté en France prit une nouvelle alliance dans la maison de Castille. L'épouse délaissée se pourvut auprès du Saint-Siège ; le pape Alexandre IV , après avoir vainement tenté de rappeler Alphonse au respect de la foi jurée, le frappa d'excommunication, et ne consentit à l'en relever qu'après la mort de Mahaud.
1 Le sceau d'Alphonse de Portugal existe aux Archives nationales. Il est équestre aux armes (mi-parti de châteaux et de fasces semé de fleurs de lis). Contresceau : mi-parti semé de fleurs de lis et d'un fkscé de six pièces avec une bordure. — Douet d*Aroq, I, 435.
■ V. Lettres conOrmatives de Tévéque de Beauvais , juin 1248. Ck)U. Moreau, tome CLXIX, fo 29.
LE COBITÉ DE CLERMONT EN BBAUVAÎSIS. 55
Celle-ci prolongea son existence jusqu'au mois de janvier 1259 nouveau style. De 1247 à 1252 elle semble s'être associée sa fille Jeanne pour Tadministration du comté de Clermont. Du moins on trouve la mère et la fille approuvant concurremment en mai 1247, la concession viagère que la commune de Clermont avait faite de la jauge de Clermont à Thomas de Boulogne. (Mss. Fr. 4663, f" 116 et 20,082, f 553); donnant en mai 1249, à Ëmmeline Camuse et à Pierre son mari, une masure^ sise à La Neuville-le-Comte, près le monastère de Sainte-Marie, franche et quitte de tous droits, sauf 2 deniers de cens à la Saint-Remy (20,082, f 123); affranchissant en décembre 1251, et mettant hors de fief au même lieu et moyennant le même cens annuel, une masure avec grange en faveur de Pierre Achard, qui reçut en outre le droit d'usage pour brûler et bâtir dans la forêt de Hez. (Archives nationales, P 1362 *, c. 1046.) Au mois de novembre 1251 elles avaient confirmé des donations faites au prieuré de Wariville. (Collection Moreau, t. CLXXIII, f 17.)
Jeanne était veuve alors et depuis déjà un an. Son mari Gaucher de Châtillon s'était croisé en 1246, et deux ans après il avait accompagné le roi saint Louis dans l'expédition d'Égjrpte. « Moût bien se maintint outre mer et moût eust valu se il eust vescu, » dit de lui Joinville, mais il fut tué après des prodiges de valeur à la meurtrière journée de la Massoure. Il ne laissait pas d'enfants et sa femme devait bientôt le suivre dans la tombe K Le dernier acte d'elle, dont on ait connaissance, est celui en date du 28 décembre 1251 par lequel, du consentement de sa mère, elle modifia et accrut le droit de prendre du bois dans la forêt de Hez, dont jouissait la Maison-Dieu de Saint-
* Il existe deux chartes de Gaucher de Châtillon et de sa femme concernant le comté de Clermont. Par Tune de mars 1246 (1247)^ ils prient Tabbé de Saint- Denis de recevoir Thommage de Simon de Villers pour un fief sis à Verderoune. (Coll. Moreau, tome CLXV. fo 187). L'autre de !247 est relative à l'abbaye de Royaumont. (Ms.. latin, 9,977, p. 81.) En novembre 1251, Jeanne confirma à Mathieu de Trie le droit d'usage dans la forêt de Hez pour sa maison du Plessis- Billebault. Dans cet acte, elle s'intitule « fille et hoir de noble homme Philippe, de bonne mémoire jadis comte de Boulogne et de Clermont. n (Ms. Fr., 4,663, fo 114.) Le contre-sceau de Jeanne (Douet d'Arcq. Inventaire n» 1785) appendu à l'acte de 1245, porte deux écus : l'un ayant la pointe en l'air semé de fleurs de lis avec un lambel de cinq pendants, l'autre la pointe eu bas chargé de trois pals de vair avec un chef (armes de Gaucher de Châtillon).
S6 LE COBfTÉ DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
Jean-de-Beauvais. (Coll. Moreau, l. CLXXIII, f* 22.) En même temps elle donnait au prieuré de Saint-Leu d*Esserent, dans Féglise duquel elle avait choisi sa sépulture, tout ce qu'elle possédait au village de ce nom (Cartulaire de Saint-Leu, coll. Baluze, t. XLVI, f* 78), et instituait sa mère héritière de la part qui pouvait lui revenir dans les acquêts de Philippe Hurepel son père \
La comtesse Mahaut survécut sept ans à sa fille. Le 2 novembre 1255 elle confirmait des chartes de Tabbaye de Chaalis. (Coll. Moreau. t. CLXXVI, f 233.) En mai 1257 elle approuvait un accord conclu entre l'abbaye de Froidmont et les habitants de la Neuville-en-Hez. {Ibid., t. CLXXIX, f 17.) Au mois de septembre suivant elle donnait en fief et hommage à Jehan Floiri et à ses hoirs la maison de Cantepie, sise à Clermont. (Ms. Fr. 4,663, f 94.) Elle mourut le 14 janvier 1259.
A cette époque, si elle possédait encore le comté de Clermont, ce n'était qu'à titre viager et précaire. La succession de Jeanne de Boulogne avait, en effet, en ce qui concernait le comté, soulevé entre saint Louis, dès son retour en France, et ses frères Charles, comte d'Anjou, et Alphonse, comte de Poitiers, une contestation judiciaire que nous résumons ici d'après Choppin {Du Domaine de la couronne, livre II, ch. xi), et Husson {Des partages et apanages des Enfants de France, p. 42).
Le roi prétendait que la mort de Jeanne sans hoirs devait entraîner la réversiop du comté à la couronne, à raison de son caractère d'apanage. Mais Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers contestaient cette doctrine. Ils soutenaient que la condition, sous laquelle seule le retour avait été imposé par les lettres de 1223 et le testament de Louis VIII, avait failli, puisque Philippe, loin d'être décédé sans hoirs, avait laissé une fille qui lui avait succédé ; qu'il ne s'agissait pas de la succession de Tapanager qui seul avait été chargé, mais de la succession de l'héritière de celui-ci, jusqu'à laquelle la charge n'avait pas été étendue, qu'ainsi le comté de Clermont étant libre dans la succession de Jeanne, il devait appartenir aux héritiers qu'elle avait laissés
* Balaze, Hvttoire delà maison d'Anvei^gne, II, 101. Par le même testament elle donna au curé de la Neuville, pour son anniversaire, l'usage du vert bois dans la forêt de liez. (Louvet, t. I, p. 818.)
ab intestat du côté et ligne d'où le comté lui était échu; que saint Louis IX et eux, étant cousins paternels de la défunte et en égalité de degré, ils devaient y avoir chacun la portion que la coutume de France leur donnait. Mais il fut jugé par le Parlement que, tel que pût être le successeur de Philippe, fils ou petit-fils décédé sans hoirs, le seul défaut de descendants du premier apanager faisait advenir la condition insérée dans les lettres de 1223 et le testament de Louis VIII; et que saint Louis IX reprenait le comté non comme parent et cousin de la défunte, mais comme roi successeur à la couronne du testateur. (Arrêt du mois de septembre 12S8 *.)
Lorsque la comtesse Mahaut mourut, le comté de Clermont fit donc retour immédiat au domaine royal. Saint Louis, après en avoir conservé plusieurs années l'administration directe, en investit par son testament Robert, son quatrième fils, tige de l'illustre maison de Bourbon, c'est ce que nous verrons dans le paragraphe suivant.
* Bibliothèque nationale, Ms. F, Dupuy, 327, fo 59, et Martène, Amplissima collectio, I, f» 1345. Un autre arrêt de la Toussaint 1267 adjugea au contraire contre le roi aux héritiers de Mahaud, savoir Mathieu, comte de Dammartin, Guillaume Baudoin et Michel de Fiennes, Enguerrand et Renaud de Picquigny, en vertu du testament de Jeanne de Boulogne, les acquêts de la communauté de Philippe Hurepel, panni lesquels figuraient un arpent de vigne à Creil dans le clos du roi, une maison, un cellier et un jardin édifié d'un colombier au môme lieu, le Bois de Barthélémy et le Bois de FoucheroUes dans la forêt de Pommeraie, le Bois de Pinnegay, le Bois de sire Odon de Chauffery, le Bois de sire Pierre de Lys situé clans la forêt de Hcz, une partie de jardin sis contre les fossés du château à la Neuville avec une cave dans ledit jardin. {Olirrii t. I, p, 261 .)
Savit Louis. — Les comtes apanagistes de la seconde race : Robert; Louis /*'; Charles IV le Bel, comte de Clermont; Louis i" rentre en possession du comté; Pierre 7*'.
1. Mis par Tarrêt de septembre 1238 en possession de Tîntégralité du comté de Clermont^ saint Louis le réunit au domaine de la couronne. Clermont, Creil, la Neuville-en-Hez, Gournaysur-Aronde prirent de nouveau, comme au temps de Philippe- Auguste, rang parmi les prévôtés royales *. Plusieurs années du reste avant cette réunion, lorsque la mort de Jeanne de Boulogne sans enfants, ouvrant la succession au profit de ses collatéraux, n'eût laissé qu'à titre précaire ses propres aux mains de Mahaud de Dammartin, on trouve le monarque intervenant déjà dans l'administration du comté, auquel une tradition locale respectable, que nous ne saurions passer ici sous silence, tendrait même à le rattacher par les liens de la naissance *. C'est ainsi qu'en mai 12SS il avait donné au maieur de Clermont* une charretée de bois à prendre par semaine en la forêt de Hez (Ms. Fr. 4,663, f 101), et qu'au mois de novembre suivant, continuant aux meseaux ou lépreux de la même ville les libéralités des comtes Renaud et Raoul, il leur avait octroyé la dîme do
* Brussel, Usage général des fiefs, cap. xxxiii. De la recette des prévôtés qui formèrent le domaine des rois de 1202 à 1300.
* L'opinion qui fait naître saint Louis au château de la Neuville-en-Hez, le 25 avril 1214 ou 1215, a donné lieu, dans le courant du xviiio siècle, à une longue et vive controverse. Soutenue par Montfaucon et par Tabbé Lebœuf, elle s'appuie des termes formels de lettres patentes de 1468, 1475 et 1601, portant exemption de taille à ce titre en faveur des habitants de la Neuville. Elle a néanmoins rencontré de savants contradicteurs, entre autres un mattre en la matière, M. Natalis de Wailly. Son mémoire, lu à rAcadémte des Inscriptions et Belles-Lettres et publié en 1866 dans la Bibliothèque de tÉcole des Charles, résume et élucide la question. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.
' Ce maieur n'était pas le chef de l'administration municipale instituée par la charte de Louis de Blois de l'année 1197, mais l'officier féodal, chargé de l'administration et de la police de la seigneurie. Voyez Ms. Fr. 4663, f» 34, l'aveu du fief Messire Drieu Le Maire, comprenant dans le dénombrement des droits y attachés « une cartée de bos chascune semaine en la forêt monsieur, ainsi qu'une espaule de bœuf chascune semaine, puis le jour le saint Ernoul (11 août) dusqucs à la saint Martin diver, scur les estaus de la boucherie de Clermont. »
son paîn pendant tout le temps de son séjour dans l'étendue de la châtellenie {Ibid.y f 98 et Ms. Fr. 20,082, f S36.) En 1259, il confirma au profit du curé de la Neuville et de ses successeurs la donation faite par Jeanne de Boulogne de lusage du vert bois dans la forêt à leur ardoir et à leur édifier (Louvet, t. I, p. 818, Ms. Fr. 4,663, n** Lxxry), et au chapelain du château les rentes constituées tant par la comtesse Catherine que par Philippe-Auguste et Philippe Hurepel, dont il assigna le paiement sur le revenu de la prévôté de Clermont*. En mai 1261, il ratifia la concession de l'usage du bois sec dans la forêt de Hez, que la Maison>Dieu des pauvres de Saint-Jean-de-Beauvais tenait de la bienfaisance de Jeanne de Boulogne, et y ajouta celui du bois vert. (Ms. Fr. 4,663, n* Lxvn.) Deux ans après (mars 1263) il approuvait la donation que Renaud de Warti, chantre deTéglise Sainte-Marie de Senlis, venait de faire aux Trinitaires de Clermont d'un manoir sis en la Gauchie de Warti, et renonçait, à leur profit, à une rente de dix muids et demi d'avoine qu'il avait sur ce manoir. {Ibid., n** xvn.)
Les registres des Olim nous fournissent (t. I, p. 78, 79, 192, 546 et 789) plusieurs arrêts concernant l'administration du comté de Clermont. Il y en a deux de 1259 ; l'un règle un bornage dans la forêt de Hez avec le prieur de Saint-Thibaut; l'autre reconnaît aux habitants des Hayes, paroisse do Saint- Maximin, leurs droits d'usage dans le bois seigneurial dit de Brocia*. Les demandeurs avaient justifié de plus de quarante ans de paisible possession. Les habitants de Creil n'ayant pu produire la même preuve pour la forêt de la Pommeraie furent déboutés à la Pentecôte 1264 de la faculté d'y faire du bois sec. Le Parlement de la Chandeleur 1262 (1263) avait été appelé à juger une contestation entre le bailli de Senlis et les bateliers de l'Oise relativement au tarif applicable au passage du port de Creil; il fut décidé que la taxe serait désormais perçue non
* Voir Ms. Fr., 4663, no xiv et 26,082, fo 559, la charte confirmative de Philippe le Hardi (avril 12T7), donnant en outre audit chapelain de la Neuville deux pièces de vigne assises au territoire de Thnry, lieu dit Castel-Thieiry.
s Ces droits n'appartenaient pas à titre purement gratuit aux habitants des Hayes, car en échange ils acquittaient une redevance annuelle de 4 mines d'avoine, 4 chapons et 2 deniers de cens par masure ; ils étaient en outre teuus de charrier des pieux et des palis aux vignes du roi à Creil, ainsi que des clayonnages pour les fortifications du château.
d'après le mode de construction du bateau, maïs d'après sa contenance ; que les bateaux portant huit cuviers (dolia) de vin, acquitteraient deux deniers, et ceux portant neuf tonneaux {tonellos) et plus, quarante deniers. Ce fut encore à la Chandeleur 1269 (1270) une question d'eaux et forêts qui s'agita et fut résolue contre les officiers royaux, lesquels, invoquant d'anciennes conventions périmées, prétendaient interdire aux religieux de Froidmont toute exploitation de bois qu'ils possédaient dans la forêt de Hez, tant que l'adjudication des coupes domaniales ne serait pas terminée.
Le comté de Clermont venait alors une fois de plus et pour près de trois siècles de changer do condition. Au moment de partir pour la croisade, où il devait trouver la fin et le couronnement de sa vie. Saint Louis avait voulu régler les apanages de ses fils puînés.
Celui du sixième et dernier Robert fut l'objet de lettres patentes du mois de mars, que nous rapporterons ici en leur entier * :
« Loys, par la grâce de Dieu, roi des Frans y Nous faisons chose cognue tant aux présents comme à venir, que nous à Robert notre fil, et à ses hoirs de son corps , donnons et assignons ces choses qui dessoua sont dénotées après notre décès, à tenir et possessier :
« C'est à scavoir notre chastel de Clermont, avec toutes ses appartenances, la Neuville en Hès, la forest et les appartenances d'icelle, Creelg avec toutes les appartenances, Sachy (le grand) avec toutes ses appartenances et tout ce que nous avons à Goumay sur Aronde, et quelcunques autres choses que nous avons et possessons en la comté de Clermont en seur que tout. . . et Méri avec les appartenances, fiefs et domaines, et quelcunques autres choses que nous avons illenc.
« Et toutes ces choses devant dites y cil Robert et si hoirs tenront en fié et hommage lige de nous roi des Frans, et de ce seront tenu rendre service dehuz à yceux; des choses toutes voyes que li comte de Clermont ont tenu ou devront tenir des évêques de Beauvais et de l'abbé de Saint-Dcnys, sont tenu tant
* Recueil des anciennes fois françaises ^ t. I, p. 353-354.
ycîeux noire fieux, comme le hoir, faire hommage à Tévesque et à Tabbé qui auront esté pour le temps. Adecertes cette donation et assignation nous faisons sans les dons, fiez et aumosnes, données et ottroîées jusques oi oreslieux et terre devant dit, et sauves donations et restitutions, si aucunes en avons fait ou avons ordonnée estre fait à yceux, et sauf adecertes et tout le droit d'autruy.
« Et si il aura avenu par aventure icelui nostre fil, ou Toir, ou les hoirs morir sans hoirs de son corps, toutes les choses devant dites retourneront franchement à nostre hoir ou successeur, que pour le temps aura tenu le royaume. Que ce soit ferme et estable et permanent à tous jours, nous avons fait garnir ces lettres par l'impression de notre scel.
« Fait à Paris, Tan du seigneur 1269, au mois de mars. »
Ainsi Tapanage constitué à Robert de France était formé du comté de Clermont, tel que Philippe-Auguste Tavait acquis des héritiers de Thibaut de Blois, à Taddition près d'un ou plutôt de deux domaines. En effet, indépendamment de la seigneurie deMéry*, dont il est fait mention expresse, la donation comprenait certainement partie de la châtellenie de Remy ', qui fut en 1303 la dot de Blanche, fille de Robert, lorsqu'elle épousa le comte de Boulogne et d'Auvergne.
Parmi les clauses de l'acte de 1269, il convient de signaler celle qui reproduisait en termes plus explicites les dispositions des lettres de 1223 stipulant la réversion de l'apanage à la couronne à défaut d'hoirs, ainsi que celle qui avait trait à l'hommage dû par le comte de Clermont tant à l'évêché de Beauvais qu'à l'abbaye de Saint-Denis. Des conventions spéciales étaient intervenues à cet égard entre le roi, l'évêquè Renaud de Nanteuil (Ghoppin, Du domaine de France , livre III, titre III), et
1 Méry, aujourd'hui canton de Maignelay, appartenait, en 1218, au domaine de la couronne, puisqu'au mois de novembre de ladite année Philippe-Auguste donna à Pierre Hennequin, de Méry, Tautorisation de construire un moulin à vent dans l'étendue de son fief. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste. Méry était placé sous l'autorité du bailli de Vermandois (bail de 1282).
* Remy, ou du moins l'un de ses fiefs, avait été cédé en 1245, par Gaucher de Châtillon, à la couronne, pour le droit de rachat qu'il devait à l'occasion de son mariage avec Jeanne de Boulogne. Un autre fief, sis également à Remy , appartenait à Amaury de Montfort, qui le vendit à Robert ; mais le sire de Clermont-Nesie en opéra le retrait lignager. Voir à l'article de Louis IT, an 1392.
l'abbé Mathieu de Vendosme. (Coll. Moreau, t. CLXXXII, P 170.) Moyennant la réserve de leurs droits pour le cas où le comté sortirait des mains du roi ou de celles de ses successeurs, tous deux avaient consenti à ce qu'il fût affranchi jusque-là de Tobligation de Thommage; ils avaient en outre fait remise à la couronne des redevances et arrérages qui pouvaient leur être dus à raison de tout manquement antérieur à cette obligation.
2. Robert, comte de Clermont ' (1270-1318). C'était seulement à la mort de Louis IX que Robert devait entrer en jouissance de son apanage. On sait que cet événement ne tarda pas à se réaliser. Le saint roi expira sur les plages d'Afrique le 25 août 1270. Agé seulement de 14 ans, — il était né en janvier 1236, — Robert n'avait pas fait partie de la croisade. Il semble que son état de minorité ait retardé quelque temps sa prise de possession; du moins nous trouvons dans les Olim des arrêts rendus en 1271 et 1272, desquels on pourrait conclure que les officiers royaux continuaient encore à cette époque à pourvoir à l'administration du comté. Le premier est relatif au serment que les habitants de Clermont réclamaient du prévôt du roi [de prœposito Domini régis ville ejusdem) au moment de son entrée en charge, conformément aux termes de leur charte de coutume. Ces termes étaient trop formels pour qu'ils n'obtinssent pas gain de cause (t. I, p. 836). Il en fut différemment pour l'exemption du service militaire que prétendaient les mêmes habitants ainsi que ceux de la Neuville-en-Hez, Gournay-sur- Aronde et Creil, en vertu de leurs privilèges municipaux. Le Parlement jugea que l'amende imposée aux hommes qui, dûment convoqués, manqueraient de se rendre à l'armée du roi, n'avait pas le caractère de taille et ne rentrait pas dès lors dans
* Robert, comte de Clermont, comme Philippe Hurepel, son grand-oncle, conserva les armes de la maison de France, d'azur semé de fleurs de Us d'or, en les chargeant d'une bande de gueules. Ses descendants firent de même. Suivant Louvet, ce fut Louis If, qui à l'exemple du roi Charles V, son beau-frère, réduisit à trois le nombre des fleurs de lis de son écusson. Le P. Anselme n'attribue ce changement qu'à son fils Jean lo'. Les armoiries, qui décorent le Ms. 20,082, donnent presque entièrement raison à l'opinion de ce dernier. Nous disons presque entièrement, car en trois endroits dudit manuscrit, notamment au f<» 39 (déclaration de la prévôté de Clermont) nous avons trouvé l'écusson d'azur à trois fleurs de lis d'or à la bande de gueules.
la catégorie des franchises concédées par les anciens comtes. (Ibid.,^, 886 et 887.)
Ce fut en l'année 1272, suivant le P. Anselme, que Robert contracta mariage avec Béatrix de Bourgogne*, dame de Bourbon, de Charolais et de Saint-Just en Champagne, fille unique de Jean de Bourgogne, seigneur de Charolais et d'Agnès de Bourbon*. Les noces se célébrèrent en grande pompe à Clermont en Beauvaisis et pour cela ne fut tenu Parlement à la Pentecôte '. Leur lignée devait illustrer à jamais le nom de Bourbon et trois . siècles plus tard s'asseoir sur le trône de France.
La série des actes de Robert, relatifs à l'administration du comté de Clermont, ne remonte pas au delà de 1280, c'est-à-dire de l'époque où cette administration était confiée à Philippe de Beaumanoir, qu'ont immortalisé ses Coutumes de Beauvaisis, rédigées précisément alors qu'il exerçait les fonctions de bailli de Clermont* (1279-1282). Ce fut lui qui, de concert avec Jean
< Les armes de Béatrix étaient» d'après le même auteur, aux 1 et 4 bandé d'or et d'azur, à la bordure engrêlée de gueules, qui est Bourgogne ancien, aux 2 et 3 d*or au lion de gueules à Torle de dix coquilles d'azur, qui est Bourbon ancien. D'après La Mure (Histoire des comtes de Forez), elle n'aurait porté que Bourbon ancien.
* Jean était fils putné d'Hugues IV, duc de Bourgogne, et d'Yolande de Dreux, sa première femme. U mourut avant son père, dont la succession fut partagée en 1279. Ce partage, opéré sous l'autorité du roi de France, attribua à Béatrix les cbâteanx du Charolais et divers fiefs, gardes et péages faisant partie des baronnie et comté de CbÂlon. Agnès de Bourbon, seconde fille d'Archambaud X et d'Yolande de Cbâtillon, sœur de Gaucher, avait eu en partage la sirerie de Bourbon, tandis que sa sœur aînée, Mahaud, transmettait, les comtés de Nevers, d' Auxerre et de Tonnerre aux trois filles issues de son union avec Eudes de Bourgogne. Ayant perdu Jean, son premier mari (1265), Agnès épousa en 1277 Robert, comte d'Artois, dont elle prétendit avantager les enfants du premier lit au détriment de Béatrix. Mais une décision du roi (1281) maintint les droits de celle-ci. Voir Art de vérifier les dates et Huillard-BréhoUes, Titres de la maison de Bourbon. C'est à cette importante publication, faite sous les auspices de la Direction générale des Archives, que nous emprunterons désormais la plupart de nos documents.
* Le traité de mariage de Robert de Clermont et de Béatrix de Bourbon, fut confirmé en juillet 1276 par Philippe III, qui l'année suivante (décembre 1277) dota son frère d'une rente viagère de 4,000 livres (Huillard-BréhoUes et Ms. Fr. 4663, no xxiii).
* Sur Philippe de Beaumanoir, voyez Les Coutumes de Beauvaisis, édition de M. le comte Beugnot, introduction, et une très-curieuse notice, publiée par M. Bordier, dans le tome VII des Mémoires de la Société Académique de VOise, lequel contient ses comptes comme bailli de Clermont. En juin 1282, Amaury de Montfort, chanoine de Rouen, inféoda à Philippe de Beaumanoir diverses terres situées à Remy et ailleurs que celui-ci n'avait tenues jusque-là qu'en censive.
bailli de Maulers, régla les conditions d'un échange important, intervenu au mois d'août 1281 entre le comte et Fabbaye de Saint-Lucien de Beauvais. Aux termes de cet échange, le premier devint propriétaire du manoir et de tout ce que Tabbaye possédait en terres, droits de justice et autres à Sacy-le-Grand, ainsi que du bois de Saint-Lucien, attenant à la forêt de Hez; il avait cédé, de son côté, aux religieux trente-deux livrées de terre et cent vingt-sept arpents tant de bois que de friés ; il avait
Robert, comte de Glermont, confirma cette inféodation par acte de janvier 1284.
(M s. Fr. 4663, f» 109.) Nous placerons ici la liste des actes de Robert qui ne nous
ont pas paru devoir figurer dans le texte. Tous, à quatre exceptions près, que nous
indiquerons, sont empruntés au Ms. Fr. 4^663. — Juillet 1280, charte relative aux
cartées de bûches, que le chapelain de Creil avait le droit de prendre chaque
> ^/V^ année en la forêt de Pommeraie. --J282i^vrjl^ Jugement rendu par Beaumanoir
'.cUa, ).i7^j^uC gj^ faveur du prieuré de Breuil le Vert contre la corporation des fripiers de Cler-
JijY' J'/iiilffL. ro mont au sujet des droits à percevoir sur les étaus à la foire de Breuil (D. Gre-
' I J 4J[.- ~ j^.^^^ ^ CCLVI, fo 351). — 1282, juin. Actes par lesquels Robert donne à cens :
^^i h\ i'^i Ja *° ^ Guillaume, dit de Biauvcz, une maison sise à Clermont, devant la porte des
~"'' T '^ mbines de Froimont; — 2<» et à Arnaud de la Fourmeterie une autre maison en
la même ville. — 1282, novembre. Bail perpétuel de diverses pièces de terre sises
au territoire de Méry à Pierre le Châtelain (Huillard-Bréholles, n» 718). — 1282. Acte par lequel Jean, dit MaiUier, reconnaît tenir de Robert, comte de Clermont, trois pièces de terre a siâes au terroir de Villeneuve-en-Hez entre le senstier qui va au boz de Fayel et le voy de Ulm Gilbert qui tent à Bury ; » affirmant de plus que le couvent de Saint-Germer de Flay a droit à la moitié de la récolte. — 1283, juillet. Acte par lequel Robert accorde à Jean de Escanteilli la permission d'établir un bac pour Tusage de sa maison sur TQise à Laverchines, moyennant une redevance annuelle et perpétuelle de XII deniers parisis. — 1283, juillet. Actes donnant à cens à Amauri de la Fourmeterie, sergeant de Clermont, une place sise audit Clermont et a une vigne assise de lez le pressouer de Clermont près la cauchie de Bequerel. » — 1283, août. Actes donnant à cens : !<> à Simon de Cressonsart, une maison sise à Clermont ; 2o à Enguerrand, dit le Barbier, une pièce de vigne, assise près de la ville de Clermont, au lieu qui est dit Lez Martiaus. — 1283, février. Acte par lequel Robert, comte de Clermont, amortit dix muids de vin et deux arpents de terre et demi assis en le cauchie de Bequerel, et autorise rétablissement d'une chapelle en l'église de Clermont. — 1284, juillet. Acte par lequel Robert donne à cens à Hugues de Gisors, son charpentier, « li mes haymeci de la valée, entre le chemin par lequel on va don mont Saint -Vincent à Torcequeville d'une part et entre Rogy d'autre. » — 1284, février. Acte par lequel Robert donne à Thibaut de Fouleuzes, chevalier, à cause de loyal service, en foi et hommage-lige, le bois qu'il possède à Breuil-le-Sec, appelé boy de Gaaingni. — 1285, mai. Acte donnant à cens à Thomas, dit le Coc de Creil, « une terre qui est appelée communément Larris dou conte, assise de les le boue du comte de Dampmartin de lez Creilg, boutant sur le quemin par lequel on va de Creil à Paris. » — 1286, novembre. Acte donnant à cens à Pierre Choisel « un arpent de masure au Plessie, assis entre le crois et la ville dou Plessie tenant au chemin par lequel on va dou Plessie à Creilg. » — 1287. Acte par lequel Robert, comte de Clermont, permet à Jean, dit Chalemel, « de édifier et faire un moulin eu
consenti, on outre, que la terre de Fieuz, qui était dans la mouvance de Clermont, en fût distraite et désormais rattachée au ressort de la prévôté royale de Montdidier. (D. Grenier, t. CCLXII, f 42 et Ms. Fr. 4,663, f 105). Le même désir d'agrandir, d'agglomérer son domaine seigneurial de Sacy devait faire conclure à Robert, en mai 1284, un nouvel échange avec Mathieu de la Tournelle. (Ms. Fr. 4,663, f 110 et Huillard- BréhoUes, n" 741.)
Ladite année 1281 le Parlement eut à juger à la Saint-Martin une contestation entre les préposés du comte et le couvent de Royaumont relativement au péage de Creil. Les religieux prétendaient une exemption totale de la taxe pour le transport par eau des marchandises et denrées achetées pour leur usage. Rs obtinrent de ne payer que le droit afférent aux bateaux vides, abstraction faite du contenu, à moins que la destination de ce contenu ne fût commerciale. {Olim, t. II, p, 195.)
Un des moyens les plus fructueusement mis en œuvre par la royauté pour étendre le cercle de son action fut l'octroi aux couvents et monastères de lettres de sauvegarde, à l'aide desquelles ceux-ci parvenaient à se soustraire plus ou moins complètement aux obligations et à la suzeraineté féodales. En 1283, les moines d'Ourscamp, alléguant que tous leurs biens avaient été placés par Philippe- Auguste sous la protection royale *, dénièrent au comte de Clermont tout droit de justice sur leur grange de Wamaviller, paroisse de Rouvillers, doyenné de Ressons. Mais un arrêt de la cour du roi du mois de mars
son estanc de Saumont, qui est dit estanc dou Perroy. » — 1290. Acte par lequel Robert accorde à Geoffroy Aquillon III sous parisis de gage à prendre sur le trayers de Creil. — 1303, novembre. Concession à Tabbaye de Ressons d'une charge de bois mort par jour, pendant les six mois d'hiver, dans la forêt de Hez. (CoU. Moreau, t. CCXVII, fo 241.) •— 1309, mars. Don par Robert de cens et héritages sis à Canesteconrt, à Guillaume de Loisy, son chambellan, et à ses hoirs pour les bons et loyals services qu'il a faits et fait de jour en jour à I.oys son fils aîné. — A une époque indéterminée, Robert accorda aux Trinitaires de Clermont le droit de prendre chaque semaine, depuis le dimanche le plus proche de saint Amoul (H août), jusqu'au dimanche le plus proche de saint Martin d'hiver, une épaule de bœuf aux boucheries de la ville. (Graves, Précis statistique, p. 93.)
* 1190, juin. Philippe-Auguste prend sous sa protection les abbayes d'Ourscamp au diocèse de Noyon, de Froidmont, Beaupré et Lannoy au diocèse de Beau vais, et de Chaalis au diocèse de Senlis. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste. Ces privilèges furent renouvelés par le même monarque en 1221 et étendus à toutes les maisons religieuses de l'ordre de Citeaux. Ibidem,
66 LB COMTi DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
décida que cette grange devait continuer à être considérée comme placé sous la garde du comte. H en advint de même en 1285, où une déclaration de Mathieu, abbé de Saint-Denis et de Simon sire de Nesles, lieutenants du roi de France, maintint à Robert, en vertu de son comté, droit de supériorité, de justice et de garde sur le prieuré de Cressonsart, nonobstant les prétentions contraires du prieur dudit lieu ainsi que du couvent de Saint-Martin-des-Champs dont il dépendait. (Huillard-BréhoUes, Ti**726 et 771.) Ces deux précédents favorables ne furent pas sans contredit, sans déterminer, dans une certaine mesure, l'entreprise que nombre d'années après les officiers du comte dirigèrent contre les droits de haute et de basse justice, que Fabbaye de Saint-Denis possédait sur le territoire de ses deux granges ou fermes d'Erreuses et des Loges, paroisse deBailleulle-Soc, doyenné de Pont, Toutefois Tenquête ayant établi que les religieux exerçaient ces droits de tout temps, le Parlement de la Chandeleur 1312 (a. s.) leur en confirma la saisine. {Olim, t. IV, f^ 228.)
Robert existait alors encore, mais il n'était plus comte de Clermont que de nom. Dès 1279, dans un tournoi, il avait reçu de telles contusions que son corps et son esprit s'en ressentirent toute sa vie *. Aussi, lorsqu'il vint à perdre sa femme (1*' octobre 1310), délaissa-t-il à son fils aine Louis la sirerie de Bourbon et peu après lui fit-il également abandon de l'administration du comté de Clermont *. La cession n'avait pas eu toutefois lieu à titre gratuit. Louis s'était engagé à payer toutes les dettes contractées par son père et à lui faire une pension annuelle de 4,000 livres tournois pour les dépenses de son hôtel. (Huillard-BréhoUes, n** 1387 et 1388.)
^Désormeaux, Histoire de la maison de Bourbon, i 772-1788, 4 vol. in-4«.Voir aussi Bistoire des comtes de Forez^ ducs de Bourbon, par La Mure et de Chantelauze. Par lettres da 28 janvier 1306, le pape Clément V releva pour cause de maladie le comte Robert du vœu qu'il avait fait de passer en Terre-Sainte, à condition toutefois qu'il payerait 10,000 livres de bonne monnaie à ceux qui y passeraient à sa place. (Huillard-Bréholles, n«» 1169.)
* 1314, janvier. Louis X, sur Tattestation de Tévêque de Cbftlons, de Louis, comte d'Évreux, son oncle, d'Enguerrand, sire de Marigny et de Pierre, seigneur de Chambly, ses chevaliers et chambellans, reçoit en sa foi et hommage, pour le comté de Clermont, son cousin Louis, comte de Clermont, en faveur duquel Robert s'en était dessaisi du vivant du roi Philippe IV. (Huillard-Bréholles, no 1379.)
Retiré dans la maison des Bonshommes du Bois de Yincennes, qu'il embellit*, Robert y passa les dernières années de sa vie; il mourut le 7 février 1317 (a. s.) ayant fait son testament le 6 décembre précédent. Comme il avait déjà transféré ses biens-fonds à son fils aîné, ce testament n'avait pour objet que des legs pieux. Il ordonnait la construction d'une chapelle dans l'église de Clermont, avec un autel, où un prêtre, doté de 16 livrées de rente au parisis sur la prévôté, dirait chaque jour la messe pour le repos de l'âme du testateiu*. Cent livres tournois étaient affectées à ces travaux, pour lesquels tout le bois nécessaire devait être pris dans la forêt de Hez. Cent sous par an à toucher sur la prévôté étaient attribués aux chanoines, vicaires et clercs de la même église et dix sous parisis aux frères Trinitaires pour la célébration d'un anniversaire perpétuel. La Maison-Dieu de Clermont était dotée d'une rente annuelle de seize sous. ACreil également les chanoines, vicaires et clercs de l'église du châtel devaient recevoir une rente de 50 sous pour un anniversaire, et un chapelain était institué avec les mêmes obligations et le même traitement qu'à Clermont.
De son union avec Agnès de Bourbon Robert eut six enfants, savoir :
A. Louis I", dont nous parlerons plus loin;
B. Jean, auquel une décision arbitrale de Philippe le Bel, ratifiée le 12 février 1315 (n, s.) par Louis X, attribua pour sa part d'héritage la baronnie de Charolais, la terre de Saint-Just, en Champagne, et miUe livrées de terres assises au comté de Clermont sur les seigneuries de Sacy et de Mery, d'après le dénombrement de 1373. (Huillard-Bréholles, n"" 1,383.) De Jeanne dame d'Argies et de Catheux, déjà veuve (1306) d'Hugues de Nesle comte de Soissons, et qui se remaria à Hugues de Châtillon, seigneur de Leuze, il laissa deux filles : Béatrix, femme (1327) de Jean P% comte d'Armagnac, et Jeanne, qui épousa (1351) Jean I" de la Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne 5
^ Janvier 1315 (n. e.). Louis X, considérant que Robert son oncle a^ demeuré longtemps à la maison des Bonshommes du bois de Vincennes et y a fait de grandes réparations, accorde à Louis de Clermont et à ses héritiers, à perpétuité, le droit de demeurer dans ladite maison. Ce môme droit fut simultanément reconnu à Louis pai' le prieur et le couvent de Grandmont. (Huillard-BréhoUes, no» 1380 et 1393.)
C. Pierre, grand archidiacre de Téglise cathédrale de Paris, vivant encore en 1330;
D. Blanche, première femme (2Ï5 juin 1303-1312) de Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne, auquel elle porta en dot la chàtellenie de Remy ou Remin en Beauvaisis ;
E. Marie, qui prit Thabit de Saint-Dominique, en 1299, au monastère de Montargis, fut transférée en 1304 au couvent nouvellement fondé par Philippe le Bel à Poissy, y fut élue prieure en 1330, se démit de ces fonctions en 1344 par suite de cécité, et mourut le 17 mai 1372 à Tàge de 87 ans, après 73 ans de religion * ;
F. Et Marguerite, première femme (1307-1809) de Jean de Flandre, comte de Namur. Pour remplir ses dernières volontés, son frère Louis assigna en 1316 à Fabbaye de Froidmont, à charge de célébrer chaque jour une messe pour le repos de son &me, une rente annuelle de 25 livres tournois sur la halle de Clermont. (Huillard-Bréholles, n^ 1,430.)
Des documents contemporains de Robert permettent de déterminer quels étaient de son temps le ressort et l'importance du comté de Clermont. Ce sont d'abord les Comptes de Beaumojioir, dont quatre sont augourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale {Mélanges de Clérembauiy t. IX) *. Ils constatent que le comté comprenait alors sept prévôtés : Clermont, Creil, Sacy-le-Grand, La Neuville-en-Hez, Remy, Goumay et Méry.
C'est ensuite et surtout un très-curieux état inséré dans le Mss Fr. 4663 (f • 63 et 64) sous le titre de « coppie d'un ancien roulle ou quel estaient escripts les villes de la conté de Clermont (1303). » Il s'agit, de la répartition sur ces localités, d'une aide imposée par Philippe le Bel, à tous les habitants taillables du royaume, pour la guerre de Flandre '. En reproduisant les cent soixante-cinq noms de cette liste ^, nous avons cherché à
• Sur cette Marie de Clermont, voyez D. Grenier, t. LIV.
* Comptes de la Chandeleur et de TAscension 1280 et 1281. Ils ont été publiés par M. Bordier dans le tome VII des Mémoires de la Société Académique de l'Oise^ ~'ï''T) ,«,'■ •'■'.,■• -- ' .7(!i\
s Les villes ou paroisses du cointé de Clermont furent taxées à 3,335 livres 15 sols 3 deniers pour l'entretien de 559 sergents.
^ Elle a été déjà reproduite par M. Bordier dans sa notice sur Beaumanoir et par M. Cocheris. Catalogue des Manuscrits sur la Picardie.
LB^ eOMTÊ DE CXERMONT EN BEAUVAISIS.
déterminer aussi complètement qu'il nous a été possible, le doyenné, auquel appartenaient avant 1789, ainsi que le canton, dont font aujourd'hui partie les localités qu'ils désignent :
Clermont.
Anet (Agnets), Boulencourt, Pay, Bé-
thencourt, RoiMiuerolles, Ramécourt,
hameaux.
Warty (Fit^ames), Berône, hameau.
Bmieulg-le-Sec.
Noiotel.
Villers-les-Castenoy.
Brueulg-le-Vert , Guencourt et Rote-
leu, hameaux.
Ranteny (Rantigny), Uny, hameau.
Sailleville, hameau de LaigaevlUe.
€anet (tecourt?) , hameau de Breuil-
le-Vert.
NuUy (Neûilly.)
Camberonii.e, Vaux etArs, hameaux.
Auvillers, hameau de Neuilly.
Ansat.
Bstoy (Etouy.) Houdainville.
Toiry (Thury).
€auffi*y et Aussoutraines, hameau.
Hardencourt, hameau de Rozoy.
Senécourt, hameau de Bailleval.
Béthencourt-Saint-Nicolas^ hameau de
Bailleval.
Havrechy, Le Mez et Buisencourt,
hameaux.
Lieuyiller.
GhatiUon^ Fumechon.
RivecQurt.
Saint-Rimolt-Essuilet.
RouviUers.
Bertecourt..
Lamecourt.
Saint - Remy - sut - Bresche , hameau
d^Agnets..
Thieux.
Wavegnies.
Cu^niôres.
Buicourt.
Arsis.
FouUeuses.
Semoy.
Cressonsact.
Hômévillers.
Franciôres.
Arion.
Bliûcourt.