I. — Pierre l" qui suit
n. — Jacques, mort au berceau en 1318.
m. — Un autre Jacques, tige des comtes de la Marche. Son père avait obtenu de Philippe VI, en octobre 1334, des lettres fixant à 5,000 livrées parisis de terre ses droits successifs. L'assignation prévue par l'acte de 1334 n'ayant pas eu lieu avant la mort de Louis, une contestation s'éleva entre les deux frères; elle fut terminée par transaction de 1346, dont le texte est inséré dans le Ms. Fr. 20,082. Jacques reçut le comté de la Marche et plusieurs autres terres, auxquelles il joignit de 1351
^ Aujourd'hui département de Seine-et-Oise , cantons de Montmorency et d'Ecouen.
80 LE COMTÉ DE CLERMOin' EN BEAUVAISIS.
à 1360, par don du roi Jean, le comté de Ponthieu saisi sur Edouard III d'Angleterre. Connétable do France, de 1354 à 1356, qu'il se démit en faveur de Gauthier de Brienne, il mourut le 6 avril 1361, des blessures qu'il avait reçues au combat de Briguais contre les Tard-Venus. Il laissait de son mariage (1335), avec Jeanne de Chatillon-Saint-Paul, fille et héritière de Hugues seigneur de Leuse, de Condé et de Carency, entre autres Jean de Bourbon, comte de la Marche, et comte de Vendôme du chef de sa femme Catherine de Vendôme ; leur quatrième descendant Charles de Bourbon, créé duc de Vendôme et pair de France au mois de février 1514, eut de Françoise d'Alençon Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et Louis de Bourbon, prince de Condé.
rV. — Jeanne femme (février 1318), de Guigne VIII, comte de Forez. Sa petite-fille, Anne, devait épouser Louis II, duc de Bourbon.
V. — Marguerite, mariée, 1* en 1320, à Jean II, sire de Sully, de la maison des anciens comtes de Champagne, 2* à Hutin de Vermeilles, chevalier et chambellan du roi.
VI. — Béatrix, laquelle épousa par traité de décembre 1334, au château du Bois de Vincennes, Jean de Luxembourg, roi de Bohême et de Pologne*. Les conventions matrimoniales, arrêtées en présence du roi de France, attribuaient à la future épouse comme dot 5,000 livrées de terres, dont 1,000 assises sur le duché du Bourbonnais et les 4 autres sur les ville, chàtel, baronnie et châtellenie de Creil, que son père lui donna avec toutes seigneuries, justices haute et basse, hommages, fiefs, arrière-fiefs et gardes d'églises, sans rien retenir hormis l'hoinmage et le ressort pour le comté de Clermont, mais sous réserve du droit de retour au cas où Béatrix trépasserait sans hoirs du roi de Bohême. Celui-ci lui avait assigné comme douaire 6,000 livrées de terre sur les châtellenies d'Arlon, de Bouloigne
1 Jean^ comte de Luxembourg de son chef, était devenu roi do Bohême et de Pologne par sa première femme Isabeau, fille et héritière de Wenceslas, dit le Saint. 11 en avait eu plusieurs enfants, entre autres Charles IV qui lui succéda sur le trône de Bohême et fut empereur d'Allemagne. Celui-ci ratifia le 20 novembre 1339 le contrat de mariage de son père, et le 18 décembre 1356 Tattribution que Jean avait faite le 21 mai 1337 à sa seconde femme d'une rente de 15 marcs par semaine à prendre sur les revenus de sa monnaie de Chrudine « pour soutenir l'éclat du rang royal. » (Huillard-Bréholles, no» 2159 et 2233.)
LE COMTÉ D£ GLERMONT EN BEAUVAISIS. 8i
le Châtel, de Marville, de Saînt-Mard, de Damvilliers et à défaut sur le comté de Luxembourg. Ce comté était assuré aux enfants mâles à naître du mariage (Ms. Fr. 20,082, f 565-569)*. Chevalier intrépide, non moins que politique habile, Jean de Luxembourg devint aveugle peu de temps après son second mariage, ce qui ne l'empêcha pas de guerroyer. Il tomba sur le champ de bataille de Crécy, le 26 août 1346, ayant fait attacher son cheval à ceux de quatre de ses chevaliers avec lesquels il périt dans la mêlée. Un fils unique Wenceslas était né de son union avec Béatrix. Duc de Luxembourg par érection de son frère aîné (13 mars 1354), il s'était marié la même année avec Jeanne de Brabant déjà veuve de Guillaume, comte de Hollande et du Hainaut, et mourut le 7 décembre 1383, sans postérité. Sa mère avait épousé en secondes noces Eudes, sire de Grancey, chevalier, et de concert avec lui, elle céda en 1374 au roi Charles V, la baronnie de Creil et toutes ses appartenances et dépendances, en échange de l'usufruit des ville et châtellenic de Bar-sur-Aube, estimées 12,000 florins d'or". Wenceslas de Luxembourg, reçut de son côté, pour prix de sa renonciation aux droits que lui conférait le contrat de mariage maternel, une somme de 16,000 fr. d'or. (Archives nationales, J. 160, n" 31, 32 et 33.) Une fois en possession de Creil, Charles V, considérant que cette ville commandait sur les deux rives de l'Oise et lui assurait les moyens
^ Le 23 janvier 1335 (n. st.) Loais manda à tous les habitants de la chÂtellenie de Creil de rendre foi et hommage & Béatrix de Bourbon, sa fille, à laquelle il Tenait de donner ladite chAtellenie à Toccasion de son mariage avec Jean, roi de Bohème. (HuiUard-Bréholles, n^ 2070.) M. Bordier a inséré dans les pièces justificatives de sa notice sur Beaumanoir la nomenclature des droits utiles appartenant à la nouvelle reine en vertu de cette donation : i^ L'exploitation de plusieurs villages voisins habités par des serfs (les Ageux, Saint-Queux^ les Hayes) ; 2» les prés de Creil ; 3« les péages de Villers Saint-Pol, Nogent, Sailleville, Laigneville, Mouchy Saint-Éloi ; 4» cens en argent et en grains à Faiel et à Creil ; 5» forêt de Pommeraie avec garenne pour le gros et le menu gibier ; 6o produits du four banal de Creil, péages sur terre et sur eau, droits sur la vente du poisson, sur le scel des actes et du tabellionnage. Pendant qu'elle était propriétaire de Creil, Béatrix fit donation de marais considérables en dépendant aux habitants de Creil, de Montataire et de Nogent-les-Vierges & condition que les clergés des trois paroisses feraient au mois de juin, chaque année, une procession en sa mémoire, procession dont Tuâage s'est conservé jusqu'à nos jours. Histoire de Creil, p. 39.
* Ce fut du moins la somme que Charles V paya à Béatrix le 3 mars 1375, en opérant le retrait à son profit de ladite seigneurie de Bar-sur-Aube. (Archives nationale, J 100, no 4096.)
de mettre les pays d'alentour à Tobri des incursions des ennemis, Tunit irrévocablement au domaine de la couronne, par déclaration du 5 janvier 1374 (a. s.), en même temps que Tétang de Gouvieux, qu'il venait d'acheter 20,000 francs d'or avec ses appartenances et une partie de la ville de la Morlaye, au comte de Dammartin ^ Cette union de Creil au domaine devait persister jusqu'au xvi* siècle, nonobstant les réclamations formées par Louis II de Bourbon, après la mort de Wenceslas, et que nous relaterons en leur lieu. Béatrix de Bourbon conserva toute sa vie le rang et les honneurs de reine. Elle mourut le 23 décembre 1385.
VII. — Marie, mariée, 1* en 1330, à Guy, prince de Galilée, fds de Hugues FV de Lusignan, roi de Chypre, 2* le 9 septembre 1347, à Robert d'Anjou, prince d'Achaie et de Tarente. Elle mourut en 1387, instituant pour légataire universel Louis II, duc de Bourbon, son neveu.
6. Pierre P' (1341-1356). Il naquit en 1311 et fut accordé par traité du 5 octobre 1322 (Huillard-Bréholles, n' 1656) avec Isabelle, fille de Charles, comte de Valois, et de sa troisième femme Mahaut de Châtillon Saint-Paul*. L'extrême jeunesse des deux fiancés fit retarder la célébration du mariage jusqu'au 25 janvier 1336. Mais la dot d'Isabelle, fixée à 25,000 livres tournois, avait été payée depuis longtemps déjà, car nous trouvons Louis P' achetant au mois de mars 1327 des deniers et au profit de sa belle-fille des biens-fonds et une rente de 80 livres parisis de Jean de Chepoix, chevalier, le tout à la Neuville-Roy, et au mois de juin suivant une terre à Nogent, près Creil, de Guillaume, seigneur de Cardonnay. {Ibid., lï"* 1,827, 1,831, 1,838.)
Quant à Pierre, ce fut seulement en mars 1341 que les
* Du Pny, Des Droits du Bot, p. 843. — Cet étang était, avant la grande inonda* tion de 1658 qai le ruina, Tétang le plus célèbre du Beauvaisis ; il s'étendait depuis la rivière d'Oise jusqu'à Chantilly. L'étang de Gouvieux avait été érigé en fief vers 1272, par Jean de Trie, comte de Dammartin en faveur de Simon de Trie, son frère. (0/tm, tome II, p. 70.)
* La branche des Valois, avant Tavénement au trdne de Philippe VI, fils de Charles de Valois et de Marguerite d'Anjou sa première femme, portait pour armes : d'azur semé de fleurs de lis à la bordure de gueules.
4,000 livrées de terre, que luî avait promises son père, furent assises sur la châtellenie de Gournay, les ventes de la forêt de Hez, les terres de Baillet et de Franconville, le trésor du roi à Paris, le travers de Longueaue, les fiefs d'Estrées et de Moinvilliers, les cens de Bailleul-le-Soc, Clermont, Warty, la Neuville-en-Hez et le fonds des bois de Jurequîn. {Ibid.f n"* 2,278, 2286-87.) Quelques mois après il succédait au duché de Bourbonnais ainsi qu'au comté de Clermont.
Beau-frère de Philippe VI, le nouveau duc eut aux événements politiques et militaires du règne une part considérable. Le 8 août 1345 il fut placé comme lieutenant du roi, en toutes les parties de la Langue-d*Oc et de Gascogne, à la tète des troupes destinées h arrêter l'invasion, dont une armée anglaise menaçait le midi du royaume. La descente d'Edouard III en Cotentin, suivie de la dévastation de cette province, de l'Ile de France, du Beauvaisis, de la Picardie, du Vimeu, du Ponthieu et du désastre de Crécy, vint interrompre le cours des succès qu'il remportait de concert avec Jean, duc de Normandie.
n tomba glorieusement sur le champ de bataille de Poitiers (19 septembre 1356) et fut enterré en l'église des Frères Prêcheurs de cette ville.
Beau, bien fait, brave et galant, Pierre avait porté trop loin, nous apprend l'historien de la maison de Bourbon, le luxe et la magnificence. Chargé de dettes il fut, sur la fin de sa vie, excommunié par le Saint-Siège à la requête de ses créanciers, et il fallut que son fils Louis II prit l'engagement formel de les désintéresser, pour obtenir du pape Innocent VI l'absolution pour Tâme du défunt, en même temps que l'autorisation de déposer son corps en terre sainte. (Huillard-Bréholles, n» 2,741.)
Parmi les actes de Pierre I" de Bourbon qui nous ont été conservés, peu concernent le comté de Clermont- En 1347, il confirma un accord passé entre le chapitre de la collégiale et le seigneur d'Angiviller, et qui avait pour but de substituer une rente de 20 livres parisis au repas ou mangier qu'une fondation, remontant au xi* siècle, avait institué le jour de la Saint-Arnoul dans ladite collégiale « mangier pendant lequel se faisait tant de excès de gloutonnerie et yvrestes que à la fois s'en ensuivaient bateures, occizions et moult d'autres périls et mauls, et
nulle prîère ne autre bien ne sî faisait pour Tâme de l'ausmonante, et par ainsy ce qui devait estre converti en œuvres de piété estait jà despièça par ledit mauvais abus converti en œuvres de vices abhominables à Dieu et à toutes personnes vertueuses. » (Ms. Fr. 4,663, f 116.)
En 1348, il fit don du premier canonicat qui viendrait à vaquer dans la collégiale de Saint- Arnoul aux religieux du monastère de Froidmont*. Il octroya en même temps à ce monastère le droit d'accoler à ses armes celles de Bourbon. {Gallia chrisiiana, t. X, instrum., n** xlv,)
En décembre 1349, il assigna à son clerc Yvonnet de Crépon, en considération de son mariage avec Gillette, fille de feu Jacques de Survilliers, une rente viagère de 20 livres sur la recette du comté de Clermont, réversible par moitié sur la tête de ladite Gillette. (Huillard-Bréholles, n° 2,547.)
En janvier 1331 (n. st.), pour remédier à la manière abusive dont les religieux de THôtel-Dieu de Beauvais exerçaient leur droit d'usage dans la forêt de Hez, il décida qu'à l'avenir il leur serait permis de faire porter à leur maison de Fay autant de charges de bois par jour qu'ils le pourraient, mais seulement depuis le jour de carême prenant jusqu'à la Saint-Remy d'octobre. (/ôtrf.,n« 2,587.)
Le 5 novembre de la même année intervint, entre le duc de Bourbon et le chapitre de Saint-Arnoul, relativement aux réparations de leur église, que chacune des parties prétendait à la charge exclusive de l'autre, une transaction importante. Le duc se chargea lui et ses successeurs d'entretenir à ses dépens le mur de l'église qui tenait lieu de clôture à son château, commençant vers le bout de son ancienne grande salle vers l'occident jusqu'à l'autre chef de l'église vers l'orient ; de plus, comme il avait fait plusieurs guérites, bretesches et défenses pour la sûreté du château vers l'orient sur le chef de l'église, il s'obligea pareillement de les réparer et soutenir dans toute leur étendue, tant pour les fondements des murs, les piliers, les tourelles et les couvertures que les gouttières, s'il en fallait quelques-unes,
1 Cette donation est rappelée dans deux autres de Louis II, du mois de février 1367 et janvier 1409^ qui la renouvellent en constatant que jusqu'alors elle n'a pas été suivie d'effet. (D. Grenier, t. LIV, f» 45.)
et quant à la première voûte de l'église vers le chef sur lequel les bretesches et guérites étaient assises, il fut dit qu'il en ferait la moitié et les chanoines l'autre, lesquels supporteraient et acquitteraient toutes les autres réparations de l'église, fondements, murailles, couvertures, vitres, serrures, voûtes, cloches et clocher. Afin d'indemniser le chapitre des dépenses actuelles qu'il serait obligé de faire, le duc lui accordait pour cette fois seulement la tenture d'un arpent de la haute forêt de Hez ; il confirmait en outre à perpétuité tous legs, aumônes, oblations faites et à faire à leur fabrique. (Ms. Fr. 4,663, f* 111 et Dom Grenier, t. LIV, f 39.)
Du mariage de Pierre I" de Bourbon et dlsabelle de Valois, qui lui survécut jusqu'au 26 juillet 1383, qu'elle mourut dans le couvent des Cordelières du faubourg Saint-Marcel, à Paris, où elle s'était retirée*,, naquirent Louis II, qui fut duc de Bourbon, et sept filles, savoir :
A. Jeanne, née le 2 février 1337, accordée en juillet 1349, mariée le 8 avril 1350 à Charles, dauphin de Viennois, fils aîné du roi Jean II et qui lui succéda en 1354 sur le trône de France sous le nom de Charles V. Sa dot avait été de 100,000 florins. Elle mourut en couches le 6 février 1378 (n. st.).
B. Blanche, qui épousa en juillet 1352 Pierre le Cruel, roi de CastiUe, auquel elle porta 300,000 florins de dot, tant de son père que du roi. Elle mourut empoisonnée en 1361.
C. Bonne, mariée en août 1355 à Aimé VI, comte de Savoie, surnommé le Comte vert, et qui fut dotée par le roi de France d'une rente de 3,000 livres tournois.
* En septembre 1366, Isabelle abandonna à Louis, son fils, les ville et chôtellenie de Souvigny, les château et ville de la Neuville-en-Hez avec 1,000 livres de rentes, 400 livres de rentes sur les émoluments de la Chancellerie de Moulins, son hôtel de Maumoulin et sa maison de Notre-Dame des Champs contre l'usufruit des ville et prévoté de Malicome et de la chàtellenie de Chaveroche. (Huillard-Bréholles , n« 2969.) Froissart a raconté (édition Buchon, livre î, partie II, ch. cclxxviii, ccicix, ccc et ceci), comment les compagnies anglaises prirent en 1369 le châtel de Bellcperche en Bourbonnais et la mère du duc de Bourbon qui était dedans, et comment celui-ci vint mettre aussitôt le siège devant Belleperche, mais ne put empêcher les comtes de Canterberge et de Pennebrock d*emmener captives la duchesse et les personnes de sa suite. Isabelle après trois ans de captivité fut échangée, peut-être délivrée par force d'armes, et peu après cette mésaventure se retira au couvent du faubourg Saint-Marcel.
D. CatKerine, femme de Jean VI, comte d'Harconrl et d'Aumale. En considération de ce mariage contracté le 14 octobre 13S9, Louis II donna 12,000 deniers d*or et 2,000 livrées de terre à asseoir en France comme dot à sa sœur, laquelle renonça, en échange, atout ce qui poiurait lui appartenir dans la succession de ses père et mère. (HuiUard-Bréholles, n* 2,788.)
E. Marguerite, mariée en 1368 (contrat du 4 mai) à Arnaud Amanieu II, sire d'Albret, grand chambellan de France, dont elle eut Charles I" d'Albret, connétable, tué à Azincourt, cinquième aïeul de Jeanne d*Albret. Moyennant une somme de 30,000 livres d'or, une fois payée et une rente de 4,000 livrées de terre, que lui constituèrent ses beau-frère et sœur le roi et la reine de France, elle renonça à tous ses droits tant dans la succession de ses père et mère que de son frère le duc de Bourbon, si ce dernier venait à mourir sans lignée. (Huillard-Bréholles, n^ 3,047.)
F. Isabelle, morte sans alliance.
G. Marie, religieuse puis prieure du monastère de Poissy, où elle mourut le 2 janvier 1402. Elle avait pris le voile à Tàge de 4 ans, en présence du roi Jean et de toute la cour. Par acte de mars 1381, son frère lui assigna une rente viagère de 300 livres à prendre annuellement sur les revenus du comté de Clermont et les aides du diocèse de Beauvais,dontle roi lui avait concédé une partie. (Huillard-Bréholles, n*" 3,473.) On trouve une notice sur elle dans le tome LIV (f* 52) de Dom Grenier.
Louis II de Bourbon dit le Bon, comte de Clermont. Vordonnance du 20 novembre 4371 et le dénombrement de 1373.
I. Les circonstances, dans lesquelles Louis II succédait à son père, Pierre I", étaient critiques. Les quatre années qui s'écoulèrent entre la défaite de Poitiers et le traité de Brétigny apportèrent au comté de Clermont, comme à tout le pays entre Seine et Loire, un innombrable contingent de maux. Demeurées sans emploi par suite de la trêve intervenue entre les deux couronnes (22 mars 1357), des compagnies de soudoyers anglais, navarrais, gascons, s'y répandirent et commirent les plus affreux excès, arrêtant les voyageurs, massacrant sans pitié tous ceux qui refusaient de leur payer rançon, pillant les paysans jusque dans leurs demeures. En même temps ceux-ci poussés à bout se soulevèrent. Le 21 mai 1358 éclata aux environs de Compiègne et de Clermont la terrible insurrection connue dans l'Histoire sous le nom de Jacquerie. Placés sous le commandement d'un des leurs, Guillaume Cale, originaire de Clermont, suivant Froissart, de Mello, si l'on en croit le continuateur de Guillaume de Nangis, les Jacques prirent les armes presque simultanément en Beauvaisis, en Brie, dans l'Ile-de-France, ainsi que dans les évêchés de Laon, de Noyon et de Soissons, et déclarant la guerre aux nobles, saccagèrent et ruinèrent toutes les demeures seigneuriales sur les bords de l'Oise.
Les gentilshommes, de leur côté, réunirent leurs forces et firent appel au roi de Navarre, alors à son château de Longueville près Dieppe. Celui-ci, allié du prévôt des marchands de Paris, Etienne Marcel, le soutien actif sinon le promoteur de la Jacquerie, avait vu sans déplaisir les commencements d'une révolte qui semblait de nature à servir ses visées ambitieuses, n ne tarda pas cependant à s'émouvoir d'excès, qui n'avaient pas épargné ses propres partisans, et répondant aux sollicitations qui lui avaient été adressées, entra en Beauvaisis à la tête de 1,000 lances. Une première rencontre eut lieu à Mello. Le
combat décisif s'engagea aux environs de Clermont et se termina par la déroute des Jacques, dont trois mille périrent dans la mêlée. Guillaume Cale, fait prisonnier avec plusieurs de ses complices, fut conduit à Clermont et y eut la tête tranchée. Les bourgeois de cette ville, qui l'avaient peut-être livré au roi de Navarre, reçurent en récompense du service ainsi rendu des lettres de sauvegarde *.
La fin de la Jacquerie, qui donna lieu à de sanglantes représailles, ne rendit pas la paix au Beauvaisis. Une lutte ouverte ne tarda pas à éclater entre Charles le Mauvais et le Dauphin, régent du royaume. Les troupes du premier, grossies de mercenaires anglais, s'emparèrent par surprise de grand nombre de forteresses environnant Paris. Elles occupèrent entre autres Creil en juillet 1358, La Neuville-en-Hez et la Hérelle, près Breteuil, vers la même époque, Pont-Sainte-Maxence en 1359*. De Creil, où il commandait le cours de l'Oise, le capitaine navarcais Jean de Fodrynghey rançonnait tous ceux qui allaient
* Siméon Luce, Histoire de la Jaequerie, in-8« , 1859 , chap. iv , p. 170-176. « Qnant cenlx du plat pais, disent des lettres de septembre 1359^ aujourd'hui conservées aux Archives nationales (JJ. 90, n« 288), sceurent que le roy de Navarre estoit venu à Clermont et que le capitaine de Beauvoisis et ses complices estoient baillés et mis ès-mains du roy de Navarre par ceulx de Clermont et qu'ils estoient' mis à mort et que la diste ville de Clermont estoit mise en la sauvegarde dudit roy de Navarre, les genz d'Angicourt firent aler Hue de Sailleville (leur capitaine au temps des effrois) par devers ycelui roi de Navarre pour avoir une sauvegarde de lui aussi comme avoient plusieurs autres villes du pais environ afin que ils ne fussent ars ne gastez. » Voir sur les événements de toute cette période l'édition de Froissart par M. S. Luce, tome V, ainsi que VHistoire de Bertrand du Guesclin^ 1876, in-8o. Il résulte de trois actes^ découverts par le même auteur aux Archives nationales, que le régent se rendit en mai 1338 à Clermont en Beauvaisis, en vue sans doute de s'entendre avec le roi de Navarre pour une action commune contre les Jacques.
« Pariant de l'occupation par les Anglo^Navarrais de Creil, de la Hérelle et de Mauconseil, autre forteresse sise aux environs de Noyon^ Froissart dit (t. V, p. 320) : « Si moutepliièrent telement il Navarois que ils prisent le forte ville et le chastiel de Cray, par quoy il estoient mestre de la rivière de Oise, et le fort ehastiel de la Harielle, à trois liews de Amiens, et depuis Mauconseil qu'ils remparèrent et fortifièrent telement que il ne doubtoient assaut ne siège. Ces trois forteresses fisent sans nombre tant de destourbiers au royaume de France que depuis en cent ans ne fu restoré. Et estoient en ces forterèces bien quinze cents conbatans, et couroient par tout le pays ensi qu'ils voloient, ne nulz n'alloit au devant et s'espardirent tantost partout.» — U existait encore en 1375 à la Neuvilleen-Hez de nombreuses traces de l'occupation navarraise. Le Dénombrement parle de maisons dissipées et détruites pour les fossés et arrière-fossés du chàtel i« quand les ennemis furent en LVIII en Beauvaisis. »
de Paris à Compiègne, à Noyon, à Soissons ou à Laon \ Il gagne cent mille francs à délivrer des sauf-conduits tant pour les voyageurs que pour les marchandises. Le 18 novembre 1359, Jean de Grailly, captai de Buch, profita d'un sauf-conduit que le régent lui avait accordé sur les instances de Charles le Mauvais, pour enlever par escalade, h l'aide d'échelles de corde et de grappins d'acier le château de Clermont. Dès lors, les forteresses de Clermont, de Creil, de la Hérelle, de Mauconseil se prêtèrent un mutuel appui pour tenir à discrétion le plat pays de Vexin et de Beauvaisis *. Les campagnes se dépeuplèrent et
^ Le prieuré de Saint-Leu d'Esserent et Tabbaye de Royaumont ne purent se racheter du feu et du glaive qu'à prix d'argent (Siméon Luce, Histoire de du Guésclin,^. 328). Aussitôt le rétablissement de l'autorité royale en Beauvaisis les deux eouvents s'empressèrent de solliciter pour ce fait des lettres de rémission. On lit dans celles accordées en juin 1359 aux religieux de Saint-Leu (Archives nationales, J. J. 90, vi9 184) : a Néantmoins les Anglois et Navarrois de la garnison de Crael, especialement le capitaine dudit lieu, esmen de rechief à présent de cruauté et de tirannie envers les dits religieux et envers tout le pays d'environ^ ont fait savoir aux habitans de toutes les vUles voisines et par especial ans diz religieux et les ont menaciez que, s'il ne se rançonoient^ composoient ou finoient ans diz ennemis en rachestant de eulx le feu et le glaive, il gasteroient et ardroient l*E^se et les villes et lieux dessus diz et occiroient les personnes. Pour lesquelles choses et menaces, les habitants de laditte ville de Saint-Leu et de plusieurs autres villes voisines se sont fuiz desdites villes et n'y demeure à présent aucuns pour les très granz rençons que les diz ennemis en vouloient avoir, lesquelles il ne peussent paier et ceulz que les diz ennemis ont peu trouver ou atteindre qui ne se sont voulu rançonner il ont tué et mis à mort; et pour ce que les diz religieux ne scèvent où foyr, ou aler, se n'est en leur ditte église, ils se sont raenconnez aosdis ennemis. » C'est pour résister aux Anglo-Navarrais de Creil que les habitants de Longueil-Sainte-Marie et des environs de Compiègne s'organisèrent sous la direction d'un simple paysan qui fut le véritable héros de ces tristes guerres. Jean de Venette a raconté en quelques pages inspirées les exploits de Guillaume L'Aloe et de son valet le Grand Ferré (S. Luce, éd. de Froissart, t. V, p. xxxviii, et Bulielin de la Société de l'Histoire de France, 1875).
* Voici le récit que Froissart donne de cet événement : « Puis chevaucha le captaus de Beus tant sus une nuit, parmi le bon pays de Vexin et de Biauvoisis, qu'il vint & Clermont en Biauvoisin une grosse ville nient (non) fremée et bon chastiet, voires de une grosse tour que il y a et chaingles (enceinte) environ. Li captaus, ains son département de Normandie, avoit avisé cesto forterèce à prendre. Si l'en chei si bien que, sus un ajournement, ses gens le prisent, emblèrent et eschiellèrent sus les viilains dou pays. Et entrèrent li Navarrois par eschiellement dedens : de quoi, qui le ditte tour voit, on se poet esmervillier comment ce se poet faire, car à la veue dou monde, c'est cose impossible dou prendre. Tontesfois il achiévèrent leur emprise par eschielles de cordes et grawés d'acier. Et y entra premièrement en rampant comme uns cas, Bemars de la Salle, qui en son vivant en eschiella plusieurs. Et tant fisent en ceste empainte que Clermons demora au captai de Beus, qui le tint un grant temps et plusieurs bons compa-
partout les terres restèrent en friche faute de bras pour les cultiver.
Cet état de choses se prolongea malheureusement. Clermont ne fut évacué que vers 1363 moyennant une rançon levée sur le pays environnant. Creil et Mauconseil l'avaient été dès la fin de 1359 par le même procédé. Le versement à opérer pour la délivrance de Creil avait été d'abord fixé entre le roi de Navarre et leshabitants de Paris à 6,000 royaux ; mais Jean de Fodrynghey exigea une somme plus considérable*. Le 13 mai 1360 une convention, que signèrent le comte de Warwick, maréchal d'Angleterre, d'une part, et la ville de Paris, de l'autre, régla les conditions de l'évacuation de quatre autres lieux forts du Beauvaisis, La Neuville-en-Hez, la Hérelle, Pont-Sainte-Maxence et Lihus près Crèvecœur. La rançon fut de 24,000 écus d'or, que payèrent par moitié les Parisiens et les pays où étaient situées lesdites forteresses '.
A peine sorti de tutelle •, — il était né le 4 août 1337, — Louis de Bourbon ne se trouvait pas encore en mesure de pourvoir à la défense et à la libération de ses domaines héréditaires. Désormeaux nous apprend toutefois qu'il se comporta vaillam-
gnons dedens, qui durement travillièrent et cuvriièrent depuis le bon pays de Vexin et de Biauvoisis, parmi Taide des aultres forterèches qui se tenoient navaroises là environ, Cray, Le Herielle et Mauconseil. Et estoit tous li plas pays a yaus, ne nulz n'aloit au devant (t. V, p. 134). »
* L'évacuation de Creil est déjà présentée comme un fait accompli dans des lettres de rémission délivrées en janvier 1360 (Archives nationales, J. J. 90, no 365).
« S. Luce, Histoire de du Guesclin, p. 492 et 493. Le 18 mars 1363 (n. s.) le Parlement ordonna une enquête et le dépôt des compte et assiette à faire pour le lendemain de la Trinité dans un procès intenté par le sire de Flavy aux habitants de Senlis, auxquels il réclamait une somme de 200 deniers d*or au mouton pour le rachat du château de Clermont et d'autres forteresses. (Archives nationales, zi* 17, folio 375).
' Cette tutelle avait été confiée au moins à Torigine à Jacques de Bourbon, frère de son père, lequel l'avait mise à profit pour se faire envoyer en possession du comté de la Marche et de la chàtellenie de Montaigu en Combrailles à raison de Tapanage dont Pierre !•' était tenu envers lui. 1«' décembre 1357. Huillard- Bréholles, en donnant l'analyse de l'acte du !«' décembre (no 2755), ajoute qu'il fut plus tard considéré comme surpris par Jacques à son neveu. Le comté de la Marche n'en resta pas moins aux héritiers du premier, et devait par eux passer dans la maison d'Armagnac; seulement il fut décidé par lettres royales du 28 décembre 1371, contrairement aux prétentions de Jean, fils de Jacques, que ce n'était pas au Roi mais au duc de Bourbonnais qu'en revenait l'hommage (Mss. Fr. 20,082, fo 3).
LE COMTÉ DB CLERMONT EN BEAUVAISIS. 9i
ment aux côtés de son beau-frère le Dauphin Charles, pendant les années qui suivirent la défaite de Poitiers et où ce prince eut à lutter à la fois contre les ravages des grandes compagnies et contre une nouvelle invasion d'Edouard III, que fit échouer la patriotique résistance des populations.
Le traité, dont les préliminaires furent signés à Brétigny le 8 mai 1360, imposait entre autres conditions au roi Jean une rançon de trois millions d'écus d'or ; 20 otages choisis parmi la haute noblesse et 42 notables devaient se constituer pleiges de son complet payement. Le jeune duc de Bourbon fut au nombre des premiers et s'engagea jusqu'à concurrence de 100,000 francs d'or. Le 31 octobra 1360 il s'embarqua pour l'Angleterre « et demoura, nous apprend son historien S en cellui hostaige, à ses propres cousts, frais et despens, pour son souverain seigneur, l'espace de sept ans complès, montant la despense la somme de quarante mille francs passés, sans le principal qui montait cent mille francs d'or ; lesquels cent mille francs ses pays de Bourbonnais et de Beauvoisin payèrent comptant, avec toute sa despense ; car en ce temps-là le roi Charles de France ... avoit tant à faire en son royaume, tant pour les esmotions d'aucunes ses communes, appelés Jacques et Maillets, comme pour le roi de Navarre, et d'autres grandes compaignîes, qui lui estoient contraires, que le roi n'avoit peu aidier au duc, nonobstant qu'il ot espousée sa sœur aisnée à femme. »
Si Charles V s'était trouvé hors d'état de libérer son beaufrère vis-à-vis du trésor anglais *, il avait néanmoins cherché à lui créer des ressources *. C'est ainsi qu'en 1365 il lui avait octroyé la faculté d'établir un marché le mardi de chaque
^ La Chroniqtœ du bon duc Loys de Bourbon^ par Jehan d'OrreTÎlle , dit Cabaret, édition de la Société de TUistoire de France^ 1876, p. 5.
' An moment du départ de Louis de Bourbon pour l'Angleterre il avait recouru à un procédé anssi expéditif qu'arbitraire pour dégager sa situation pécuniaire. Par lettres données à SaiotOmer le 7 août 1360, il annula et révoqua toutes aliénations de biens et concessions d'offices, qui avaient pu être obtenues par importunité dudit Louis, quand il était en bas Age, et ne maintint que les dons faits avec sa propre autorisation, par la raison qu'il avait alors l'administration des biens de son beau-frère (Huillard-Bréholles, n« 2802.)
> Déjà le 26 novembre 1358, des lettres du roi (Archives nationales, J. J. 86, no 601) avaient fait don au comte de Clermont de toutes les forfaitures échues ou à échoir dans l'étendue de son comté « attendanz les griefs pertes et dommages que nostre dit frère a euz à cause de noz guerres et par especial en ycelle conté de Clermont, de laquelle la greigneur partie est occupée à présent par les diz ennemis. »
semaine à Marseille, doyenné de Montagne, et d'en percevoir les droits, émoluments et profits de compte à demi avec Tévêque de Beauvais, qui partageait avec lui la suzeraineté dudit lieu *. Le 19 mai 1366, pour subvenir à la défense de son comté de Clermont menacé par l'approche des grandes compagnies, il lui concéda une part à percevoir sur les aides ordonnées audit comté et en tout le diocèse de Beauvais, telle qu'il l'avait déjà accordée du reste aux autres princes de son sang sur les terres qu'ils tenaient de la couronne*. Cette part fut arbitrée au tiers et, suivant mandement adressé le 2 septembre 1366 par les généraux élus sur le fait des Aides au receveur du diocèse de Beauvais, dut produire mille francs d'or en trois ans (Huillard- BréhoUes, n*»» 2946, 2962). Même somme de 1,000 1. lui fut attribuée le 11 avril 1369 sur les Aides levées au comté de Clermont pour la délivrance du roi Jean*. (n)id., 3099.)
1 Dom Grenier a inséré dans le tome LIV de sa collection (fo 41) les tcnncs de raccord intervenu entre Jean de Dormans, évéque de Beauvais et le duc de Bourbon, le 6 avril 1365, au sujet du tarif des droits à percevoir sur le marché de Marseille. Ce tarif présente un certain intérêt, car il est la reproduction textuelle, suivant enquête faite par les Baillis de Beauvais et de Clermont, de celui appliqué (Tancienneté, au profit des Évoques, dans la ville de Gerberoy, grand entrepôt au moyen âge de la Picardie et de la Normandie. Les taxes en étaient ainsi réglées : « pour marchandises à cheval, 3 mailles ; à col, 1 denier. Autant pour les mercbiers qui achètent denrées pour gagner soit prou ou petit. Maille pour tout ce que le merchier vend à tablette ; 2 deniers pour les draps à vendre pour le vendeur, et 1 denier pour l'acheteur. Item ceux qui vendent cauches (chausses) ou caperons cousus 1 maille pour le vendeur et autant pour Tacheteur. Item un mesguichier doit 3 mailles ; un boulangier^ 3 mailles ; un marchand de solers nuefs 3 mailles. Item les candeliers soit sieu (suif), chh*e, candelles, oint, oille, fer, achier, 3 mailles. Item cuir à poil, 1 maille. Item poisson de mer, 1 denier ; rien pour le poisson d'eau douce. Item bouchers, 3 mailles. Item qui vend sel, pour le sel 1 denier. Item lantemiers doivent Tan une lanterne ; serruriers, pour l'an, une serrure. Vendeurs de fauchilles, pour Tan, une fauchille. Item boirier, pour Fan une boire. Item pos de terre, s'acquittent pour un pot la journée. Item, écuelle ou plateau de même. »
* De même en 1340, les nobles, hauts justiciers et habitants des bonnes villes de Vermandois et Picardie ayant octroyé à Philippe VI une aide extraordinaire pour pourvoir aux frais des guerres qu'il avait alors à soutenir, celui-ci avait abandonné moitié du produit au duc de Bourbon dans l'étendue de son comté (Archives Ni«», X, P 1362«, n» 1105.) Il existe aux Archives et nous reproduisons plus loin un État de la valeur des impositions extraordinaires levées vers le milieu du xive siècle au comté de Clermont.
s Le 26 septembre précédent, les généraux trésoriers sur le fait des Aides, pour la délivrance du feu roi Jean, avaient mandé aux grenetiers d'Amiens et de Beauvais de laisser le duc de Bourbon prendre sans gabelle six charretées de sel à Abbeville et à Noyelle sur la mer pour le ravitaillement de Clermont en Beauvaisis et de ses autres châteaux. (Huillard-BréhoUes, no 3070.)
A cette époque et depuis quelque temps déjà Louis de Bourbon était revenu en France et avait repris l'administration de ses domaines patrimoniaux'. Sa captivité n'avait pas du reste fait obstacle à ce qu'il passât plusieurs fois sur le continent à la faveur de saufs-conduits. C'est ainsi qu'en 1364 il avait assisté au sacre de son beau-frère Charles V, et que le 24 février 1366 il put rendre à l'évêque de Beauvais les foi et hommage réservés par les Lettres de saint Louis.
Le 5 mai 1370, Louis II fut nommé lieutenant général par le roi avec pleins pouvoirs au pays de Picardie par delà la rivière de Somme et au pays de Caux par deçà la rivière de Seine. Le 19 août de Tannée suivante 1371, il épousa à Ardes en Auvergne sa cousine issue de germain Anne *, enfant unique du premier mariage de Béraud II, Dauphin d'Auvergne, comte de Clermont, sire de Mercœur, avec Jeanne de Forez, morte le 17 février 1366, qui était fille elle-même de Guignes VIII et de Jeanne de Bourbon. Le traité de ce mariage avait été signé dès le 4 juillet 1368 à Montbrison, et la dot de la future épouse avait compris tout ce qui lui reviendrait dans le comté de Forez, la terre de Roannais et la châtellenie de Thiers. (Huillard-BréhoUes, n* 3065.) Ce n'étaient pas les seuls biens qu'Anne dut apporter à son mari. Ses oncles maternels Louis I" et Jean II étant décédés sans postérité, le comté de Forez échut à leur mère Jeanne de Bourbon, laquelle, par acte du 15 février 1382, en fit donation à sa petite-fille *. Celle-ci hérita en outre de la sei-
1 Suivant d'Orreville {Chronique, p. 6), Louis II, en débarquant en France, « amena ung grant chevalier d'Angleterre, appelé messire Hue de Carvelay, à Clermont en Beauvoisin, et là demoura le duc l'espace de deux mois, pour payer aucuns restes, qu'il devoit encores en Angleterre. » H partit ensuite pour son duché de Bourbonnais où, arrivé à Moulins, il institua l'ordre célèbre de l'Écu d'or. (Ibidem, chap. m.) Au xvii« siècle on voyait encore au chÂteau de Clermont en Beauvaisis, nous apprend le P. Menestrier, l'écu d'or représenté en plusieurs endroits, sur Vécu une bande de perles où il y avait écrit Allen (tout ou tous).
* Anne écartelait ses armes partie du Forez : de gueules au Dauphin cfor crété et oreille de gueules, et partie du Dauphiné d'Auvergne : d^or au Dauphin d'azur crété et oreille d'argent.
* La donation était également faite à Louis II, qui, dès le mois de mai 1370, avait racheté, moyennant 30,000 1. t. d'or, au duc d'Anjou les droits qu'il prétendait sur ce comté à titre tant de donataire que d'acquéreur de Renaud^ comte de Forez, son oncle. (Lamure, t. III.) Le 23 août 1400, Louis II ajouta à ses possessions du Forez la baronnie du Beaujolais et partie de la Bombes par cession d'Edouard II, dernier héritier mâle de la maison de Beaujeu. Il acquit le surplus de la Dombcs avec Trévoux, sa capitale, d'Humbert VII, en 1402.
gneurie ou baroanie de Mercœur du chef du comte Béraud son père '.
2. La vie du troisième duc de Bourbon a été écrite en 1429 par Jean d'Orreville, dit Cabaret, sur Tordre de Charles de Clermont^ son petit-fils. Ce n'est ni une véritable chronique, ni une histoire, nous apprend son dernier éditeur, M. Chazaud, mais plutôt un essai de panégyrique officiel, une sorte de cyropédie française du xv* siècle, dont Tauteur se montre aussi peu soucieux que son devancier athénien de tout ce qui n'est pas absolument personnel à son héros, et aussi empressé que lui à célébrer dans son prince l'exemple et le modèle de tous les talents et de toutes les vertus. (Édition de la Société de l'Histoire de France. Introduction, p. xxj.)
Nous n'avons pas l'intention d'en donner ici même le résumé. Nous laisserons également de côté les pages intéressantes, que M. de Chantelauze dans son édition de Lamure a consacrées à Louis II, premier comte de Forez de la maison de Bourbon. Nous voici arrivé, en effet, à ce que nous avons annoncé, en commençant, comme l'objet principal de cette étude, au Dénombrement du comté de Clermont en Beauvaisis, rendu en exécution des Lettres royales données par Charles V à Vincennes , le 20 novembre 1371, c'est-à-dire quelques mois après le mariage du duc de Bourbon et d'Anne dauphine d'Auvergne. Le lecteur trouvera bon toutefois qu'avant d'en aborder l'analyse nous relations encore ici brièvement les actes postérieurs de Louis II concernant Clermont, d'autant plus que ce prince devait, sur la fin de sa vie, apporter aux conditions constitutives de son apanage une dérogation profonde, et qui fut l'origine du fatal procès engagé au xvi® siècle entre Louise de Savoie et le connétable de Bourbon.
En 1375 *, Charles V était à Clermont et y promulgua une
* De son mariage avec Margaerite de Sancerre Béraad avait eu, entre autres enfants, Béraud IV, qui lui succéda dans le Dauphine d'Auvergne et le comté de Clermont, seigneuries que sa fille et héritière Jeanne devait porter à Louis de Bourbon comte de Montpensier.
* La Cour semble avoir séjourné assez fréquemment à cette époque sur les bords de l'Oise, sans doute à l'occasion des travaux de construction que Charles V faisait alors dans sa nouvelle propriété de Creil, dont le château devait si longtemps abriter la démence de son éls, car Uuillard-BréhoUes mentionne à la date du 7 novembre 1375 un acte par lequel Jeanne, reine de f rance, déclare que rhdtel de l'Épée, où elle est logée à Verberie, appartient à son frère le duc de Bourbon et qu'elle ne veut rien entreprendre sur ses droits.
ordonnance portant que lorsque le jugement rendu par les vassaux du comté, qui h cause de leurs fiefs étaient tenus de rendre la justice, serait cassé, ils ne pourraient, au lieu de la responsabilité qu'ils encouraient précédemment, être condamnés qu'à une amende de 60 1. et, qu'au contraire, lorsque le jugement serait confirmé, les appelants paieraient une amende égale qui serait partagée entre les juges. ( Ordonnances des Rois de France, t. VI, p. 142.)
Le 26 février 1377 (n. st.) il abandonna à son beau-frère le quint denier, que celui-ci devait au Trésor à raison de la vente que Tristan de Maignelers, chevalier , seigneur dudit lieu , de Montigny et de Coivrel, venait de lui faire, le 31 janvier précédent, moyennant mille francs d'or, d'une rente annuelle et perpétuelle de cent livres tournois hypothéquée sur le châtel de Maignelay ^ ses appartenances et dépendances tant domaines que justice et seigneurie, ladite rente érigée, en outre, pour l'acquéreur en fief relevant directement du roi. (Arch. nat., P. 1369', n' 1736). Tristan de Maignelers ou de Maignelay, grand échanson de France, était alors dans de mauvaises affaires pécuniaires ; fait prisonnier à Poitiers il avait dû pour le paiement de sa rançon, aliéner ou engager la plupart de ses terres. A sa mort (1378), le duc de Bourbon, créancier privilégié, parait être devenu adjudicataire de Maignelay, dont il rendit foi et hommage au roi le 10 mars 1379 (Huillard-Bréholles, n*" 3414). Toutefois la prise de possession ne fut pas définitive; car après de longs incidents judiciaires , cette terre dégagée par Charles VII en faveur d'Antoinette de Maignelay, cousine et émule d'Agnès Sorel, lui fut constituée en dot lorsque le monarque la maria en 14S0 à André baron de Villequier, premier gentilhomme de la Chambre '.
Revenant à Louis II de Bourbon nous le trouvons en 1378 recevant du roi un don nouveau et considérable. La chàtellenie de Milly, dans la mouvance de Bulles, dont elle constituait l'arrière-fief le plus important, était passée vers le milieu du xrv^ siècle, avec la main de Jeanne , héritière de l'ancienne maison
^ Doyenné de Ressons, aujourd'hui chef-lieu de canton de rarrondissement de Clermont.
• Voir Graves, Précis statistique du canton de Maignelay, p. 47-48 et P. Anselme, Histoire généalogique des grands officiers de la couronne.
96 LE COMTÉ DE CLERJfONT EN BEAUVAISIS.
de ce nom, à N. . . de Picquigny , seigneur de Fluy . Ce seigneur — parent, peut-être frère de Jean de Picquigny, Tàme damnée du roi de Navarre qui lui dut sa délivrance de la prison d'Arleux (novembre 1357), le possesseur de la redoutable forteresse de la Hérelle d'où il mit si longtemps à contribution tous les pays d'alentour, — eut deux fils, dont lalné Robert suivit également le parti de Charles le Mauvais, et s'en montra à tel point l'adhérent et le conseiller dévoué qu'en 1378, lorsqu'éclata entre ce prince et Charles V une guerre nouvelle, il fut déclaré coupable de lèse-majesté et condamné à la confiscation de tous ses biens, n avait, conmie aîné, hérité des deux tiers de la chàtellenie de Milly. Des lettres patentes du 22 juillet 1378 (Arch. nat., F 1364', n« 1332 et Ms. fr. 20,082, f* S69) attribuèrent ces deux tiers, dont le revenu était évalué à huit cents livres de terres parisis, au duc de Bourbon qui venait précisément alors de diriger avec Duguesclin une expédition heureuse contre les troupes navarraises et les forteresses qu'elles occupaient en Normandie *. Celui-ci conserva quelques années seulement entre ses mains le domaine qui lui était ainsi concédé. Le 10 juillet 1389 il en fit don à Renaud de Roye, chambellan du roi ; une clause toutefois de l'acte de donation réservait le droit de retour , en cas d'extinction de la postérité du donataire, et eUe ne devait pas tarder à recevoir son application. Le dernier tiers de la chàtellenie était demeuré à Renaud de Picquigny, second fils de Jeanne de Milly. n le légua à sa femme Isabelle de Neuville qui le transmit à son fils d'un premier lit Jacques de Bouflers, dont les descendants s'en trouvaient encore possesseurs dans le courant du xviu* siècle '. Ce fut Renaud de Picquigny qui, de concert avec Isabelle de Ferrières, veuve du sire de Roye, abolit les droits de servitude, mortemainet formariage qui pesaient encore sur une
^ Les lettres avaient eu soin de stipuler qu'au cas où, par suite d'un traité ou pour tout autre cause justifiée par Tintérèt du royaume, Milly viendrait à être restitué à Robert de Picquigny, aucune indemnité ne serait due à Louis de Bourbon. Charles VI, le 12 décembre 4380, confirma le don de la terre de Milly à son oncle, au nom duquel Wiet-Questel, sergent royal au bailliage de Senlis, en prit possession et saisine le 26 du même mois. (Huillard-Bréholles, n» 3467.)
* Voyez un État des fiefs tenus du comté de Qermont avec la suite des possesseurs desdits fiefs, depuis 1373 jusqu'en Tan 1500, dressé par M* Jean Dargilliére, greffier juré du bailliage. Archives de TOise, E 39. Un échange, conclu le 21 septembre 1699 entre le roi et le duc de Boufflers, mit ce dernier en possession de la totalité de la chàtellenie de Milly.
partie de la population de Milly, laquelle s'en affranchit moyennant vingt livres de terre par an au parisis. La charte, que Louvet a reproduite in extenso dans son Histoire de la ville et cité de Beauvais (p. 594-599), est datée du 17 novembre 1400 et revêtue de l'approbation de Louis, duc de Bourbon, tant en son nom personnel que comme ayant le gouvernement de son fils aîné Jean, lors comte de Clermont^
Renaud de Roye n'avait pas été le seul à ressentir les effets de la munificence de Louis IL En février 1377, ce prince avait donné à messire Hutin Le Baveux, son chambellan, et qui devait être l'un de ses exécuteurs testamentaires, l'usufruit de ses terres et châtels de FranconviUe-au-Bois et de Baillet en France. Au mois de février 1382 (n. st.), en considération de son mariage, il lui conféra ainsi qu'aux hoirs descendants de son corps * la pleine propriété desdites terres, à charge de les tenir en fief, et d'en être son homme. (Huillard-Bréholles, n® 3494.) Dès lors l'hommage de Franconville et de Baillet fut porté au comté de Clermont, et c'est pourquoi nous avons cru devoir placer à la suite de l'analyse du dénombrement de 1373 un État en brief des revenu et valeur des deux seigneuries, que nous ont fourni les Archives nationales.
Ce fut le 16 septembre 1380 qu'une mort prématurée enleva la couronne à Charles V pour la faire passer sur la tête de son fils, à peine âgé de onze ans, et dont le règne devait être une des plus douloureuses périodes de l'Histoire de France. Le testament du monarque défunt attribuait aux ducs de Bourbon et de Bourgogne la garde et la tutelle du jeune roi ; naais ils durent les partager avec le duc d'Anjou. Devenu majeur, Charles VI conserva son oncle maternel seul des princes du sang dans ses conseils, et lorsqu'une cruelle maladie (août 1392) l'eut forcé à remettre en d'autres mains l'administration de son royaume, il voulut que celui-ci continuât à y prendre la principale part.
1 Louis avait donné son approbation à double titre^ en qualité de suzerain et à raison des droits qu'il tenait de Tacte du iO juillet 1389. Un arrêt du 26 mars 1395, cité par Bosquillon, lui avait attribué la connaissance des nobles de la chfttellenie» à l'exclusion du seigneur de Milly.
' Cette réserve ne fut pas aussi profitable au domaine du comté que celle insérée dans la donation relative à Milly. Au xviii* siècle les deux seigneuries appartenaient encore à la famille d'O, qui descendait par les femmes du premier donataire.
98 LB COMTÉ DE CLBRMONT EN BEACYAISI^.
Entre temps le duc de Bourbon avait dirigé outre mer une expédition que le dernier historien des princes de Condé relate en ces termes. Louis II de Bourbon , surnommé la fleur des chevaliers, élève et compagnon de Duguesclin, passait, dit M. le duc d'Aumale (t. I, p. 10), pour un des plus grands princes de son temps. Sa renommée était telle que les Génois, voyant leur commerce ruiné par les Barbaresques, s'adressèrent à lui pour les délivrer de ces pirates. Dans une expédition brillante , organisée à ses frais, le duc après avoir débarqué à Carthage, aux lieux illustrés par la mort de son saint aïeul, battit les rois de Tunis et de Bougie, leur imposa une paix honteuse et fit mettre en liberté tous les captifs ; puis, à son retour, il s'empara de Cagliari et détruisit la flotte arabe (1390).
Lorsqu'il avait été préposé à la garde du roi, le duc de Bourbon, « voyant qu'il le fallait remanoir, se pensa, nous apprend d'Orreville, de mectre ordonnance en ses pays, et que ad ce convenoitung chevalier saige, qni représentast sa personne au gouvernement de ses pays. » Il fit choix d'un nivernais le sire de Norris dont la longue administration fut, en effet, très-profitable à son maître, si l'on en juge par les accroissements que reçurent alors tous ses domaines et notamment celui de Clermont \ dont nous nous occupons seul ici.
Le 4 novembre 1392, Jean P', comte d'Auvergne et de Boulogne, vendit au duc de Bourbon la terre et chàtellenie de
* Ce fut le sire de Norris que le duc chargea en 1383 d'aller à Qermont apaiser un mouTement populaire, qui paraît 8*être relié à ceux qui agitaient alors le nord de la France. « Et quant le sire de Norris fut à Paris, le duc de Bourbon lui dit qu'il aToit faite bonne diligence de lui amener ses gens, a mais quant est de vous qui estes ici, je en sui bien liez, car on m'a tant rapporté en bien de vos œuvres, qu'il m'en est moult bel. Cependant de présent vous ne pouvez venir avecques moi. Car j'ai sentu une grande rumonr que il y a à Qermont en Beauvoisin, ou en celle part convient que vous alliez, et que vous prengniez de mes gens pour estre bien accompaigné xzv ou trente^ car vous savez que ceulx de Beauvoisin sont voulentiers coustumiers de faire mal et mouvoir quelque rébellion, et voyez que ceste ville de Paris se murmure en tout mal, et ont jà les Flamens cbacié leur seigneur le conte, qui est bien taillé de tout perdre, si le roi ne se haste de aller le secourir. Et sont alliés ceulz de Flandres ensemble ceulx de Paris, qui est commune renoDunée. » Et sur ce s'en alla le sire de Norris par le commandement de son maistre en Beauvoisin à grant regret de le laisser, qui par son sens apaisa les gens d'icelle contrée, et tant par justice comme par doulces paroles, les mit en la bonne grftce et obéissance du duc de Bourbon, leur seigneur. » La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, C. LIV.
LE COBfTÉ DE CXERMONT EN BEACVAISIS. 99
Remin ou Remy en Beauvaisis. Cette châtellenie , on s'en souvient , avait formé la dot de Blanche , fille aînée de Robert , comte de Clermont, lorsqu'elle avait épousé en 1303 Robert VII dit le Grand, comte d'Auvergne et de Boulogne, et sa possession, contestée pendant près d'un demi-siëde entre les maisons de Boiu'bon et d'Auvergne, venait d'être définitivement attribuée à la seconde par arrêt du Parlement du 21 mars 1379 *.
Deux ans avant cette acquisition, laquelle comprit également les fiefs de Sacy-le-Grand qui avaient fait le partage de Jean de Clermont, baron de Charolais, et qu'il avait transmis à sa fiUe, femme de Jean, comte d'Auvergne et de Boulogne (Ms. fr., 25,220) avait eu lieu celle du fief Barbançon à Hermès. Jean de Ligne en était possesseur du chef de sa femme Eustache de Barbançon; il le céda en 1390 au duc de Bourbon qui devait en faire donation au mois de novembre 1402 à l'abbaye de Froidmont, pour la fondation d'une messe quotidienne au mattreautel et de deux anniversaires par an. (Ms. fr. 25,220 et Deladreue. Notice sur ^abbaye de Froidmont.)
1 Vidimas délivré le 5 juillet 4392. - Archives nationales, P 1463*, n» 1094. On voit par les considérants de Tarrét du 21 mars que la seigneurie de Rémy se composait de deux fiefs. L*un était sans doute celui que Gaucher de Chàtillon avait délaissé au roi en mars 1245. L'autre, beaucoup plus considérable puisquMl comprenait trois parties de tous les revenus, droits et profits, avait été vendu par Amaury de Montfort, clerc, à Robert comte de Clermont ; mais Raoul de Clermont-Nesle, connétable de France, en avait opéré le retrait lignager et sa fille Alix, épouse de Guillaume de Flandres, Tavait constitué en dot à sa fille atnée Marie lorsque celle-ci était devenue la seconde femme de Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne, dont elle eut Jean !«' qui devint possesseur des deux comtés en 1361 à la mort de Philippe duc de Bourgogne. V. Huillard-Bréholles, vfi 1522, la procuration donnée le 29 mars 1319 (n. st.) par Alix dame de Nesles à Gilles de Laval, chevalier, pour requérir Louis, comte de Clermont, de recevoir en sa foi et hommage, Robert, comte de Boulogne et Marie de Flandres^ sa femme^ pour tout le fief que ladite dame tient à Rémy du comté de Clermont, et qu^elle entend transporter ti sa fille et à son gendre. A la mort de Robert VII, le fils issu de son mariage avec Blanche de Clermont, Guillaume XII avait assis le douaire de sa belle-mère , ainsi que Tapanage de son fk^re consanguin, sur diverses terres et entre autres sur la part de Rémy qui lui appartenait du côté maternel. Louis !•' de Bourbon avait fait opposition à cette assignation qui lui semblait compromettre ses droits éventuels de réversion et elle avait été révoquée. Mais Jeanne, comtesse de Boulogne et d'Auvergne, fille de Guillaume, et Philippe de Bourgogne, son époux, Tavaient renouvelée avec l'approbation du Roi, et Louis II de Bourbon, ayant repris l'instance en 1363, se trouva d'autant plus débouté par l'arrêt du 21 mars 1379, qu'il fut établi que Jeanne de Clermont, femme de Jean I«', comte d'Auvergne et de Boulogne, se trouvait la plus proche héritière collatérale.
En 1394, le sire de Norris entreprit sur le territoire de Reuilsur-Aré, au lieu ditCressy, la construction d'un étang qui ne devait pas être de moindre étendue que celui de Gouvieux*. (D'Orreville, c. lviii.) Cette entreprise ne put toutefois s'accomplir sans difficultés. Raoul de Flavy y fit opposition et ne se désista que lorsqu'une sentence arbitrale du 17 juin lui eut attribué un dédommagement sur la terre de RonqueroUes, qu'à une époque indéterminée, mais antérieure au dénombrement de 1373, le duc de Rourbon avait acquise d'un nommé Jean Paix est bonne, auquel l'avait vendue Rillebault de Trie, seigneur de Fresnes. (Mss. 20,082, P 79.) Il fallut de même en 1407 (contrat du 10 juillet) acheter de Guillaume de Lieuvillers dit le Resgue et de Jeanne de Campremy les droits que, comme seigneurs d'Airion, ils prétendaient sur le nouvel étang de Crécy \
La châtellenie de Rulles appartenait par indivis depuis la fin du xii° siècle aux maisons de MeUo et de Gonti. Elle était la seigneurie sans contredit la plus considérable du Glermontois tant à raison de ses domaines propres que de ses mouvances. Aussi les comtes n'eurent-ils garde de négliger, dès qu'elle leur fut offerte, l'occasion d'en devenir propriétaires. Graves nous SL^^^rend {Précis statistique y p. 66) que de 1340 à 1398 ils l'acquirent par portions détachées. Toutefois l'opération n'était guère avancée encore en 1373, ainsi qu'en fait foi le dénombrement, où le duc de Rourbon ne figure à l'article de Rulles que pour un fief de peu d'importance. Du reste, bien que l'acquisition de la totalité soit certaine', nous n'avons trouvé la mention expresse que d'un seul acte (Dom Grenier , t. CXCVI), celui du 6 novembre 1398 par lequel David, sire et Rer d'Auxy, vendit à Louis II le quart de Rulles avec la seigneurie de Moyenneville pour la somme de 1,100 livres de la monnaie courante alors à compter un écu d'or à la couronne du roi
* Ms. Fr. 25,220 et Archives nationales, P 1285. Inventaire des titres du duc de Bourbonnais conservés à Moulins, dressé par Jehan d'Argillière, escuyer esleu de Clermont pour le roi notre sire et receveur général du comté de Qermont en Beauvoisis en 1501. — L'étang de Crécy n'existe plus aujourd'hui, il a été desséché dans le courant du xviu* siècle.
* Dans l'État des fiefs tenus du comté de Clermont, dressé par d'Argillière en 1500 (Archives de l'Oise, E 39), on trouve à la suite de l'énumération des divers fiefs formant le domaine de Bulles, qu'ils appartiennent à Ma^ le comte et sont réunis à sa table.
pour 22 SOUS 6 deniers tournois pièce. Le sire d'Auxy avait agi dans cette circonstance à un double titre, en son nom personnel comme héritier de son aïeule Marie d'Encre, dame de Bulles en partie et de Monceaux, et au nom de sa femme Marguerite de La Trémoille, dont la mère était de la maison de Mello.
En même temps qu'il assurait la réunion au domaine de Clermont de la châteUenie de Bulles, le vigilant administrateur de ce domaine, le sire de Norris négociait une autre cession non moins importante, celle de la châtellenie de la Hérelle qui valait six cents livres de rente. (D'Orreville, c. lviii.) Du terrible capitaine navarrais Jean de Picquigny, qui y trépassa vers 1360 étranglé, suivant Froissart, par son chambellan, elle était échue à sa fille Marguerite, femme de Hugues de Melun, seigneur d'Antoing et d'Epinoy. Leur fille et héritière Isabelle se maria deux fois. Elle épousa d'abord Robert de Namur puis Bertrand, seigneur de la Bouverie. Ce fut de concert avec ce dernier que le 5 février 1399 (1400) elle vendit au duc de Bourbon les château et seigneurie de la Hérelle, avec toutes leurs appartenances et dépendances. (Inventaire d'Argillière et Lamure *.)
3. Si le comté de Clermont avait reçu les accroissements considérables que nous venons de dire, Louis II avait été par contre obligé de renoncer à Tespoir qu'il avait quelque temps nourri d'y rattacher la châtellenie de Creil *. Cette châtellenie, dot de
• La Hérelle, dit M. Graves {Précis statistique sur le canton de Breteuily p. 72), était dans Torigine un domaine royal, dont Philippe-Auguste fît présent en 1199 à Barthélémy de Roye, chambrier de France. Alix de Roye, sa fille atnée, apporta cette seigneurie en dot en 1214 à Raoul de Nesle, seigneur de Flavy, de la maison duquel elle passa dans celle de Picquigny par le mariage de Béatrix de Nesle avec Ferry de Picquigny, seigneur d'Ailly-sur-Somme. La châtellenie de la Hérelle relevait de Montdidier et était de son ressort jucyciaire. Comme depuis l'acquisition de 1399 elle ne cessa de suivre la fortune du comté de Clermont, nous avons cru intéressant d'indiquer ici d'après Dom Grenier (t. CXVIll), l'état de ses mouvances au XY II 10 siècle. 18 fiefs en relevaient, savoir : les fîefs de BoulainviUiers, de Malcroissant, d'Argenlieu, du Hamel, de Nédonchel, de Portemer, de Neuf- Moulin, de la Salle, Bertaut et deux autres, le tout sur la paroisse de la Hérelle ; deux fiefs sur la paroisse de Mory-Maucrux ; deux à Bacouel, paroisse de Chepoix ; le fief de Bruilevert, paroisse de Gannes ; celui de Coquesaille, paroisse de Sérévillers ; enfin la terre et seigneurie de Guerbigny„ près Montdidier.
* Déjà en 1369, Louis II avait essayé de rentrer en possession de Creil. Huillard- BréhoUes cite sous le no 3105 de son Recueil un mandement de Gilles, seigneur de Nédonchel, chevalier, gouverneur de Clermont, aux sergents de ce comté en date du 6 mai 1369, portant ordre de saisir et mettre sous la main du duc de
Béatrix de Bourbon, reine de Bohême, avait été cédée en 1374, ainsi qu'on Ta vu plus haut, par cette princesse et par Eudes de Grancey, son second mari, au roi Charles V qui l'avait unie au domaine de la couronne et placée en même temps dans le ressort du bailliage de Senlis^ Béatrix étant morte en 1385 après son fils unique Wenceslas, le duc de Bourbon prétendit que la clause de réversion, stipulée par le contrat de mariage de 1334, se trouvait ouverte et intenta un procès en réintégration, que Du Puy a résumé en ces termes {Droits du Roi, p. 797) : Le duc alléguait le décès sans enfants de Béatrix sa tante ; la condition de retoiu* lui semblait advenue. Le roi disait que lorsque Charles Y son père acquit cette baronnie, la prohibition d'aliéner était finie par la mort du roi de Bohême, le duc de Brabant son fils étant intervenu au contrat de vente. Outre ce il y avait procès pour Gaillefontaine, Rosay et autres terres que Philippe le Bel avait données en 1310 à Charles de Valois son frère, lorsqu'il avait épousé Mahaut de Saint-Fol et que Charles V avait depuis confirmées en 1359 à Isabelle de Valois, duchesse de Bourbon, sa belle-mère, mais qui, deux années après, avaient été retirées à celle-ci, comme formant le douaire de la reine Blanche*, sur quoi il y eut transaction du 14 novembre 1394, par laquelle il fut convenu que pour Creil, Gaillefontaine, Rozay, et autres terres que le duc cédait au roi. Sa Majesté lui baillait Chastel-Chinon, Lourme, Oronce, Bracy, avec tous les droits, hommes
Bourbon» pour défaut d'homme^ les ohastel, viUe, baronnie et appartenances de Creil et d*en ôter tous les officiers qui n*y auraient pas été établis au nom du duc par M. d» Grancey. La saisie eut liçu le lendemain, mais elle ne parait pas ayoïr eu de suites.
* Aussitôt devenu possesseur de la cbâtellenie de Creil, Charles V ne s*était pas contenté d*en agrandir et embellir la résidence seigneuriale, il s*était également occupé d'en rétablir les revenus ^i, parait-il, avaient fort dépéri dans les derniers troubles. Par acte du 27 novembre 1374 (Archives nationales, JJ. 106, f» 113, v«) il interdit les foires et marchés qui se tenaient depuis quelque temps à Sauqueuses et à Saintr^Leu d'Esserent au détriment de Creil. « Comme par la prinse des enne^ mis de nostre royaume qui es ans LVIII, LIX, LX darain passés occupèrent nostre ville de Creel, elle ait esté et soit encores déserte en grante partie et les biens des bourgoiz et habitanz dicelle perduz, gastez et dissipez tant que leurs héritaiges ont été deserz et petitement labourez dont ilz souloient vivre en plus grant partie et par ce furent et ont esté mis à telle povreté que pou de gens ont converse avec eulx et que toute marchandise est faillie en ladite ville et le marchie qui y estoit et est au mardi, lequel estoit grant et bon et là où grant quantité du peuple venoit et affluoit, a esté du tout mis au néant. »
* Du Puy, Les Droits du jRot, p. 873, et Huillard-Bréholles, n» 2783.
et femmes de corps et tout le reste fors la foi et hommage, ressort et souveraineté *. Chastel-Chinon seul, outre qu'il confinait au Bourbonnais, rapportait, nous apprend d'Orreville (c. liv), cinq à six mille livres de rente, tandis que Creil n'en valait que trois mille, et que les terres attribuées à Isabelle de Valois produisaient à peu près pareille somme *. L'échange conclu était donc loin de se trouver désavantageux pour Louis II ; mais le comté de Glermont n'en demeurait pas moins démembré, et le regret de ce démembrement, imparfaitement compensé par l'acquisition de Bulles et de la Hérelle, ne fut pas sans inspirer dans une certaine mesure la clause insérée dans le contrat de mariage de Jean de Bourbon, et qui eut pour effet de faire désormais du comté de Glermont l'apanage exclusif des mâles de la maison de Bourbon.
De son union avec Anne, dauphine d'Auvergne, Louis II avait eu quatre enfants, deux filles, dont l'une, Catherine^ mourut en bas âge, l'autre, Isabelle, vivait encore en 1438, ainsi qu'il résulte d'un compromis qui intervint la dite année entre elle et ses cohéritiers relativement au dauphine d^Auvergne, mais ne contracta pas d'alliance ', et deux fils. Le plus jeune, Louis, seigneur de Beaujolais , mourut en 1404 , encore adolescent. L'aîné Jean était né en mars 1380 et comptait par conséquent vingt ans à peine lorsqu'il fut fiancé et marié, le 24 juin 1400 *,
* Cette cession était subordonnée à Tissa e d'un procès, lors entamé entre le Domaine et les héritiers de Jeanne d*Eu, duchesse d'Etampes et comtesse d'Athènes. Il aboutit en 1395 à une transaction qui assura au duc de Bourbon la propriété des terres en question. (Du Puy, p. 772-773.)
* Lesdites terres ayant été, ainsi que nous venons de le dipe, retirées le 25 mai 1361 par le roi Jean comme faisant partie du douaire de sa belle-mère Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, ce prince avait assigné en échange à Isabelle de Valois 3,000 tr, de rente ^ prendre sur le péage de Sain t- Jean-de-Losne .
' Sainte-Marthe prétend qu'Isabelle aurait épousé, par dispense, son oncle maternel Béraud lU, comte de Glermont, Dauphin d'Auvergne, mais cette opinion a été réfutée par le P. Anselme.
^ « Et par iceulx jours que l'Empereur grégeois {Manuel Paléologue) estoit à Paris, fut faict le mariage de Jehan, comte de Glermont, fils au duc de Bourbon, et de l'excellente et vertueuse princesse dame Marie, fille au duc de Berry, laquelle avoist esté comtesse de Blois et d'Eu, où fut la feste grande et solennelle, au palais à Paris, et y estoit le roi François et le grec empereur ensemble la haulte baronie de France. » Xa Chronique du bon duc Loys de Bourbon^ c. UXXVI.
i04 LE COMTÉ DE GLERMONT EN BEAUVAISIS.
à Marie de Berry, fille de Jean de France, troisième fils du roi Jean, duc de Berry, comte de Poitou, d'Étampes, d'Auvergne et de Boulogne, et de Jeanne d'Armagnac, sa première femme. Agée de trente ans, la nouvelle épouse avait été déjà mariée deux fois, d'abord en 1385 à Louis de Ghàtillon, comte de Dunois S puis en janvier 1392 à Philippe d'Artois, comte d'Eu, connétable de France, mort en 1397 *. Elle apportait en dot à Jean le duché d'Auvergne, apanage de son père, et le comté de Montpensier, acheté par lui en 1384 de Bernard de Yentadour, héritier de la maison de Beaujeu. Cette dot lui avait été constituée dans des conditions particulières, qu'il convient d'indiquer
Par un acte entre vifs du 4 novembre 1386, Jean, duc de Berry, avait disposé en faveur du roi de France et de la couronne de tous ses biens et apanages, comprenant les duchés de Berry et d'Auvergne, les comtés de Poitou et de Montpensier, pour en jouir à son décès s'il mourait sans laisser d'enfants mâles et sous la condition de payer alors à chacune de ses deux filles Bonne ' et Marie une somme de 60,000 livres. Charles VI avait accepté les mêmes jour et an la donation qui lui était ainsi faite. Mais, en considération du mariage de Marie de Berry et de Jean de Bourbon, il consentit par lettres de janvier 1400 que nonobstant ladite donation, le duché d'Auvergne et le comté de Montpensier fussent assurés à titre incommutable aux nouveaux époux, sous la seule réserve du droit de retour, s'ils venaient à décéder sans postérité masculine. (Du Puy, p. 899.)
La chambre des Comptes n'enregistra la libéralité royale qu'après deux jussions, et cependant cette libéralité avait été loin d'avoir eu lieu à titre purement gratuit. En effet, d'une part Jean
1 n était fils de Gui II» comte de Blois, qui lui ayant survécu vendit en 1391 le Blésois et le Dunois à Louis de France^ duc d'Orléans.
* De son mariage avec le comte d'Eu, Marie de Berry avait eu trois enfants : 1« Charles d'Artois, comte d'Eu, connétable de France, mort en 1472, le dernier de la maison des comtes d'Artois descendant de Louis VIII ; 2» Bonne, femme : A de Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, dont elle eut deux fils, B et de Philippe le bon duc de Bourgogne, son neveu, qui n'en eut pas d'enfants; 3^ Catherine, première femme de Jean de Bourbon sire de Carenci.
' Bonne, sœur ainée de Marie, épousa successivement Amédée VII, comte de Savoie (1376), et Bernard VII, connétable d'Armagnac (1394). Jean, duc de Berry, avait eu en outre trois fils qui tous les trois moururent avant lui.
de Berry avait délaissé à la couronne la possession immédiate de la vicomte de Cariât, de la ville et seigneurie de Montferrand ainsi que de la châtellenie d'Ussou, et renoncé à exiger la somme réservée dans la donation de 1386 en faveur de sa fille (Du Puy, p. 899 et 971). D'autre part, Louis II, par contemplation de Toctroi fait par le roi en accroissement du mariage de son fils avait stipulé, par lettres du mois de mai 1400 (Archives nationales, P. 1370, cote 1886), que au casque lui, son fils le duc Jean et les enfants mâles qui descendraient du dit mariage iraient de vie à trépas sans hoirs mâles, d'eux procréés par légitime mariage, ses duché de Bourbonnais et comté de Glermont, ensemble leurs appartenances et dépendances * viendraient et appartiendraient au roi Charles et à ses successeurs rois, comme leur propre héritage et domaine, et seraient unis perpétuellement à la couronne, avec cette seule réserve que le roi ou ses successeurs seraient tenus de marier bien et convenablement, selon leur état, les filles que pourraient laisser le donateur ou ses héritiers. Celui-ci se réservait aussi la disposition de 1,200 livides parisis de rente pour des fondations charitables.
Dans les considérants de l'acte du mois de mai 1400 ' le duc de Bourbon déclarait qu'il était principalement mû par le désir que « Testât de la couronne de France, dont noz prédécesseurs
1 Voici rénamération de ces appartenances et appendances qui a son intérêt, car elle permet d'apprécier ce dont se composait alors le domaine seigneurial : « villes, chasteaulx et autres forteresses, bours, villes et villaiges, maisons, manoirs et habitations^ fours, moulins, rivières, estaings, viviers et autres eaues, forestz, boys, garennes, aulnolz et pasturaiges, terres, vignes, prés, saulçois, cens, censives, dixmes, peaiges, travers et coustumez, fiefs, rereûefs, hommes, hommaiges, vassaulx, vausseillaiges, hommes et femmes de serve condicion, taillables à volonté, et autrement comment que ce soit, jurisdictions et justices aultes, moiennes et basses, gardes, patronnaiges, présentations, collation de béncffices et autres haultèces, noblèces et seigneuries, droiz, rentes, prouffiz, émoluments et autres choses quelsconques. »
• Parlant de la déclaration de 1400, Pasquier {Recherches de France, 1. VI, c. xi) s'exprime ainsi : « C'était à bien dire un troc et au lieu du duché d'Auvergne, ancien domaine de France qui ne pouvait tomber en quenouille ni par conséquent es mains de la princesse Marie, faire passer en contre-échange à la couronne le Bourbonnais et le Forez, auxquels elle n'eût eu aucune part défaillans les mâles ... Car, quant au comté de Glermont, ajoute-t-il, il n'en fallait aucune déclaration comme étant apanage de France. » Cette dernière assertion de l'auteur des Recherches est contredite par Husson dans son Mémoire sur les apanages des fils de France. î\ établit que jusqu'en 1400 on n'avait jamais douté dans la maison de Bourbon que les femelles aussi bien que les mâles ne fussent capables de succéder au comté de Clermont, et les termes de la déclaration de Louis II lui donnent raison.
ducs de Bourbonnais et comtes de Glermont et nous sommes yssus et descenduz, preigne accroissement en tout bien, et que nos subgectz esdits duchié de Bourbonnais et comté de Glermont, qui de tout temps ont esté bons, vrays et obéyssans envers nos dits prédécesseurs et nous, soient et leurs successeurs au temps à venir, paisiblement traitiez et gouvernez, >» avantages, qu'au cas où la descendance masculine directe de la maison de Bourbon viendrait à défaillir, ils ne pourraient tenir d'aucun autre gouvernement mieux que de la couronne de France c< où la fontaine de toute grftce, miséricorde et débonnaireté temporelle afflue et habonde. »
Jean, comte de Glermont, et Marie de Berry sa femme, avec Tautorisation de leur père et beau-père , passèrent au mois de mai suivant les déclarations nécessaires pour le retour à la couronne, à défaut de leur descendance masculine, tant des duchés de Bourbonnais et d'Auvergne que des comtés de Glermont et de Montpensier. Autant en fit Gharles de Bourbon, comte de Glermont, leur fils, par lettres données à Moulins le 13 août 1425. (Archives nationales, P. 1370, c. 1886 '.)
Depuis le 24 juin 1400 jusqu'à sa mort, Louis II ne passa plus d'actes pour le comté de Glermont *, que comme ayant le gouvernement de son fils atné Jean, comte de Glermont. G'est ainsi qu'il se qualifie dans les lettres d'affranchissement des serfs de Milly du mois de novembre 1400; dans celles du 13 novembre
1 Les divers actes concernant la réversion du Bourbonnais et du comté de Glermont sont imprimés dans le tome III de Lamure. M. Douet-d'Arcq a publié les lettres de Louis II dans son choix de Pièces inédites relatives au règne de Charles VI.
* Les actes antérieurs de Louis II, que nous n^avons pas indiqués dans le cours de ce travail sont : la concession le 27 janvier 4372 au seigneur de Gicourt et à ses gens et serviteurs du droit d*usage, de chauffage, de pâturage et de panage dans la forêt de Uez, à cause de sa maison de Gicourt ; Tamortissement en faveur de Gilles de Nédonchel, gouverneur du comté, de 30 1. de rente annuelle à affecter à des fondations pieuses. Janvier 1376 : (Dom Grenier, t. LIV et Ms. Fr. 20,082, f» 574) Toctroi aux bourgeois et habitants de Nointel, en janvier 1379, d'une foire annuelle ; (Uuillard-Bréholles, b9 3412) le don d'un fief fait en 1388 à Borgne-Fouquant, son écuyer, et l'accensement d'une terre, le 18 décembre de la même année, à Jean de Caen (Ms. Fr. 4663). Suivant Graves {Précis statistique, p. 90), qui cite à ce sujet des lettres de mars 1403 adressées par Louis II aux habitants de Glermont, ce prince aurait dans les premières années du xv« siècle obtenu la créaUon dans ladite ville d'un grenier à sel, dont les émoluments se percevaient à son profit, mais le grenier de Glermont aurait, comme trente autres accordés depuis seize ans à divers seigneurs^ été supprimé par l'ordonnance sur la police générale du royaume du 25 mai 1413.
LE GOMTi DE CLERMONT EN BBAUVAISIS. 107
1401 portant don à Tabbaye de Froidmont du fief Barbenconsia à Hermès ; enfin dans celles du 16 janvier 1408 (Dom Grenier, t. LFV), par laquelle voulant assurer aux religieux de la dite abbaye la donation, faite par son père Pierre et par lui-même, d'une des prébendes de la collégiale de Notre-Dame de Clermont, il leur octroie et affecte celle actuellement vacante par le décès de maître Simon de Saint-Germer.
Profondément affecté de la mort de son plus jeune fils Louis, qui lui fut enlevé le 12 septembre 1404 à Tàge de seize ans et demi, le duc de Bourbon avait songé dès lors à se retirer de la cour et à mettre en même temps ordre à ses affaires, qu'il avait fort embarrassées en subvenant maintes fois de ses propres deniers aux dépenses de Thôtel du roi. L'assassinat de son neveu le duc d'Orléans (23 novembre 1407), le détermina *. Il s'était prononcé hautement le premier contre le meurtrier, et Monstrelet le cite avec son fils le comte de Clermont parmi les grands qui allèrent à la rencontre de la duchesse d'Orléans et de son fils aîné, lorsqu'ils vinrent réclamer justice du roi.
Il mourut à Montluçon le 19 août 1410, au moment où il réunissait ses troupes pour prendre une part active à la confédération que les ducs d'Orléans, de Berry, de Bretagne et de Bar, les comtes d'Alençon et d'Armagnac avaient formée l'année précédente contre le duc de Bourgogne * et à laquelle son fils Jean
* Voyez d'OrrcTille, c. Lxxxvi, comment le duc d^Orléans fût occis à Paris, et comment le dac de Bourbon en ot amère douleur, et c. lxxxviti, comment le duc de Bourbon print congié du roi, et s'en yint en son pays, où il ordonna ses fais ; et comment le sire de Norris, par son bon conseil, pourveut aux affaires du duc.
* Jean Sans Peur était alors maître du roi et de la capitale, et c'est à son influence que Ton doit imputer les lettres du 43 avril 1410 (Douet-d'Arcq, Choix dé Pièces inédites, t. I, p. 325), par lesquelles Charles VI enleva au comte de Clermont les capitainerie et garde des ville et chastel de Creil, dont il était pourvu» pour les transférer au Dauphin Louis, mari de la fille aînée de Jean. Les lettres royales donnaient toutefois un motif particulier à cette mesure. Charles VI décla<t rait qu'il y était mû par la considération que son « très-chier et très amé fllz ainsné par la gr&ce de notre Seigneur croist et augmente moult, tant en sens, cognoissances, entendement et autres bonnes mœurs et vertus, comme aussi en corpulence de sa personne, et que chose très-convenable et profitable à sa santé lui sera doresnavant soy exerciter et chevauchier, à prendre aucune foiz des solaz et esbatemens à chacier, et autres déduis à lui appartenans, et que les chastel et ville de Creil entre les autres du domaine de la couronne cy environ sont asseï en pays et lieoz assez propres et convenables aux choses dessus dictes. »
avait adhéré. La duchesse de Bourbon, Anne, dauphine, le rejoignit dans la tombe le 19 septembre 1416.
4. Nous avons déjà mentionné dans le cours de cette étude, le Dénombrement des domaines, terres, fiefs, seigneuries et mouvances du comté de Clermont opéré sous Louis II de Bourbon, et nous avons même indiqué dans quelles conditions il avait eu lieu. Il nous faut maintenant y revenir avec quelques détails. Le 20 novembre 1371, par lettres données au Bois de Vincennes, le roi Charles V, renouvelant un ordre par lui déjà formulé, mais qui, il le reconnaît lui-même, était demeuré inexécuté, avait enjoint à la chambre des Comptes de Paris de mander tantost et sans délai à tous ses baillis et sénéchaux qu'ils fissent crier et publier solennellement, par tous les lieux notables de leur ressort, que tous ceux qui tenaient aucune chose du roi en fief en baillassent vrais et entiers dénombrements. Ces dénombrements, destinés à être enregistrés dans des livres spéciaux déposés au siège du bailliage ou de la sénéchaussée, devaient contenir mention du fief ou des fiefs, du lieu et de la châtellenie où ils se trouvaient situés, ainsi que des arrière-fiefs qui en étaient mouvants. La déclaration devait être fournie dedans la feste de Pasques prochainement venant, faute de quoi les officiers royaux étaient invités et même tenus à saisir les fiefs non déclarés, et à en lever et percevoir les revenus *.
Nous ne saurions dire si ces pénalités sévères eurent pour effet d'assurer Texécution par toute la France de la véritable statistique ordonnée par les lettres du 20 novembre. Il est à croire que d'une part la négligence déjà précédemment signalée chez les officiers royaux, de l'autre et surtout des hostilités sans cesse renouvelées avec les Anglais apportèrent bien des obstacles à son entier accomplissement. Mais en ce qui concerne le comté de Clermont, le travail fut mené à bonne fin *, ainsi
« Ordonnances des Rois de France, t. V, p. 432.
> Il ne parait pas s'être restreint an seul comté, nxais avoir compris l'ensemble des possessions de la maison de Bourbon. Car les Archives nationales possèdent BOUS la cote P 1362», n» 1043, un Extrait fait en la Chambre des Comptes du Roy notre sire à Paris d'un papier long, relié sur la façon et volume de ceulz que l'on fait à Montpellier, ouquel est escript et compris en biens le revenu des pays
qu'en témoigne le volumineux et intéressant recueil, dont nous nous occupons, et il avait été entrepris presque immédiatement après la promulgation des lettres royales. En effet, Louvet, qui lui a fait de très-nombreux emprunts pour ses Anciennes Remarques de la noblesse Beauvaisinej lui donne la date de 1373 S date qui se trouve confirmée par le procès-verbal d'arpentage de la forêt de Hez, inséré au f 130 du Mss. Fr. 20,082 , les mesureurs jurés, chargés de l'opération, déclarant qu'ils l'ont commencée le mardi 7" jour du mois de mars MCCCLXXIII au commandement de messire (iilles, seigneur de Nédonchel, chevalier et gouverneur de Clermont.
Ce fut par les soins de Gilles de Nédonchel qui , à sa qualité de gouverneur du comté ', joignait celle de seigneur de
et domaines que Ms^ le duc de Bourbonnais tenait en France enranMCCCLXXVII, en ce comprins les charges comme fiefs, aumosnes et gaiges d'officiers : c'est assavoir de Bourbonnais, Fourez, Beaujolais, le comté de Clermont en Beauvoisin^ la Ghambererie de France, Bailloel et Franconville, etc. Toutefois cet État pourrait avoir été rédigé non en vue de satisfaire à Fordonnance de 4371, mais bien pour l'édification de la Chambre des Comptes que Louis II institua à Moulins par lettres de novembre 1374 (Huillard-BréhoUes, n» 3277). Le 20 décembre 1377 le duc nomma un commissaire chargé de dresser l'état des fiefs et bénéfices relevant de son duché de Bourbonnais. V. La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par M. Chazaud, appendice.
1 La date de 1373 est également celle que nous relevons dans les Anecdotes de la ville, domaine et comté de Clermont en Beauvaisis. Ce Recueil manuscrit, écrit au commencement du xix« siècle, a pour auteur M. Chrestien de Beauminy; nous en devons la communication à Tobligeance de M. l'abbé Boufflet, archiprétre de Qermont, qui vient de restaurer avec autant de goût que de zèle son antique église paroissiale, et nous en fait espérer la prochaine monographie.
* U en remplissait les fonctions au moins depuis 1369 ; car nous avons vu que cette année-là il procéda^ au nom du duc de Bourbon, à la saisie de la chàtellenie de CreU^ et il avait vraisemblablement succédé à Aymé de Laye, chevalier auquel, suivant titre cité par Huillard-Bréholles (n» 2797), Louis II fit payer, le 3 juin 1360, sur la recette de Clermont, cent royaux d'or pour une fois, outre ses gages de gouverneur, et quatre-vingts florins pour prix d'un roncin qu'il avait acheté audit chevalier. Gilles de Nédonchel était encore gouverneur de Clermont en janvier 1376 (1377), date à laquelle il sollicita et obtint du duc l'amortissement de 30 livres de rente annuelle assises sur son hôtel sis au bout de la ville tenu en fief et à défaut sur sa terre de Cressonsacq. De ces 30 livres, 27 livres 10 sous étaient attribués aux Trinitaires pour la fondation d'une chapelle ou vicairie perpétuelle, et 2 livres 10 sous à la collégiale Notre-Dame (Ms. 4663, n» 121). 11 renouvela et accrut ces donations au mois de mars 1384 (Ms. 20^082, fo 574), en vue de la sépulture qu'il élisait dans ladite collégiale, et mourut le 1*' octobre de l'année suivante, au témoignage de Dargillière (Archives de l'Oise, E 39).
iiO L£ COMTi DE CLBRMONT EN BEÀUVAISIS.
rimportante terre de Cressonsac, que fut commencé, poursuivi et achevé le dénombrement *. Divers éléments contribuèrent à sa rédaction : pour les églises et monastères, un livre terrier où était consigné le détail de leurs rentes, terres et possessions , livre plusieurs fois mentionné dans le dénombrement, mais qui malheureusement n'est pas parvenu jusqu'à nous ; pour les fiefs et arrière -fiefs mouvants de Glermont, la collection des hommages et aveux, conservés dans les archives du comté et dont le Ms. n** 4663 contient une série presque complète se rapportant à Tannée 1350 ou environ *. Les mêmes archives possédaient également toutes les indications relatives aux domaines directs du duc, aux droits seigneuriaux, tant ordinaires qu'extraordinaires, tant honorifiques qu'utiles qui lui appartenaient comme comte de Glermont.
M. de Beaumîny, dans le Recueil que nous avons déjà cité, affirme (p. 94), qu'il fut fait deux exemplaires du dénombrement : l'un pour les Archives de Glermont, où il fut conservé avec grand soin, l'autre pour la Ghambre des Comptes de Paris, et que ce dernier ayant été consumé dans l'incendie de la Chambre, en 1737, Glermont lui donna le sien, et n'en posséda plus dès lors qu'une copie. Les indications, que nous avons recueillies , sont de nature à confirmer cette assertion. De l'expédition, destinée aux administrateurs du domaine royal , nous ne savons rien, sinon qu'Hermant, qui écrivait son Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Beauvais, vers la fin du
1 Le travail ne fut pas certainement terminé en 1373, puisque, toujours à propos de la Neuville, on lit dans le dénombrement de cette chàtellenie que le four banal en « est baillé à ferme en cest an 1374 à 28 livres p.; » peutrétre se prolongea-t-il quelques années encore, ce qui justifierait la date de 1378, adoptée par M. A. de Marsy dans l'intéressante note sur le Terrier du comté de Clermont en BeauvaisiSt que la Société Académique de TOise a insérée au tome VI de ses Mémoires.
* Folio 10 et s. : Ghe sont fiefs, arrière-fiefs tenus de Monseigneur le comte de Clermont et de la Chastelerie. M. de Lépinois a largement mis à contribution cet état, nous apprend-il, pour ses recherches historiques et critiques sur Tancien comté et les comtes de Clermont en Beauvaisis du xi« au xiii« siècle. On trouve aussi dans la collection de Dom Grenier (t. XIII), une liste des fiefs du comté de Clermont tenus par foy et hommage, avec les lieux où ils sont situés, dressée pour M. le duc de Bourbon par Guyart de Laly, au mois de février 1352. Cette liste, qui ne comprend que 114 fiefs, est très-incomplète.
LE COMTÉ DE CXERMONT EN BEAUVÂISIS. 111
xvu* siècle, dit quelque part avoir été admis à la compulser ' ; elle n'existe plus aujourd'hui, et il est plus que probable qu'elle a péri, en effet, avec tant d'autres documents précieux, dans le déplorable incendie de 1737. L'histoire de la minute, ou du moins du double, conservé d'abord à Glermont, sur lequel a été faite la copie manuscrite, qui porte actuellement le n** 20,082 du Catalogue du Fonds français de la Biblothëque nationale, est plus complète. M. de Marsy en a retrouvé, dans l'ancien fonds Saint- Victor (n** 1120, p. 39), une description, que nous nous empressons de lui emprunter ". C'est l'extrait délivré le 19 octobre 1474, par Jehan Louvet, licencié ès-lois , conseiller de Monseigneur le duc de Bourbonnais et d'Auvergne, commis et estably par icelluy seigneur lieutenant général de M. le gouverneur de la conté de Clermont, à la requête de Simon d'Erquinvillers, de la déclaration de certains fiefs au sujet desquels il se trouvait en procès avec Dame Jacqueline de Fayel. Le lieutenant général du gouverneur de la conté de Clermont, en certifiant cet extrait, disait qu'il avait été pris par Jehan Dargillière, greffier juré du bailliage, « sur un ancien livre fait etescript sur parchemin, couvert de bazenne rouge entre deux aiz, sur chacun costé duquel sont clouez cinq grOs clous dorez ; ledit livre, vulgairement nommé et appelé le Terrier de la conté de Clermont, par-
* « n n*y a rien de plus curieux pour la connaissance de la noblesse de Beauvaisis, que le grand dénombrement de la seigneurie de Clermont et de celles de Creil et de Bulles, qui en sont les dépendances, que fit faire Pierre de Bourbon en Tan 13.., et qui se conserve en la Chambre des Comptes de Paris. Je n'en ai eu la communication que pendant deux heures chez M. de Vion d'Héronval, mais je ne m'étonne pas que ces fameux généalogistes en aient tiré tant de lumières qui sont répandues en plusieurs endroits de leurs écrits, n y avait fait peindre les écussons de tous ses nobles vassaux et les visages de ceux d'entre eux qui n'étaient que roturiers. » (Bibliothèque nationale, Ms. ft*., n» 5, t. II, p. 989.)
* M. de Marsy paraît croire que le manuscrit original^ sur lequel a été effectuée par les soins de François de Gaignières, au XYii« siècle, la copie en question, était celui déposé aux archives de la Chambre des Comptes. L'extrait que nous publions d'après lui établirait, à notre avis, que le savant précepteur des fils du grand Dauphin aurait eu au contraire communication de l'exemplaire gardé à Clermont, et ce qui en est pour nous la meilleure preuve, c'est qu'assurément le dénombrement présenté par Louis II à Charles V ne contenait pas les diverses pièces insérées tant au commencement qu'à la fin du volume, et dont plusieurs, notamment les vidimus de Jean de Cognerio, sont même de date postérieure à celle dudit dénombrement. Le manuscrit coté aujourd'hui 20,082 F. Fr., n'a reçu ce numéro que dans un remaniement récent des catalogues de la Bibliothèque ; il a été longtemps désigné sous lé n« 1361 du fonda Gaignières.
ceque dedans icelluy sont déclairés et contenuz par ordre ,- la dédaracion de toutes les charges et revenues de ceste dicte conté ; pareillement la dédaracion des revenues de toutes les églises, colliéges, abbayes et prieurez, qui sont situez en ladite comté, et les fiefz et arrières-fiefz qui sont en icelle : et si y sont peintz, enluminez et armoriez, les chasteaulx, villes et places, de ladicte comté ; et sur chacun fief et arrière-fief les armes des seigneurs gentilzhommes et autres non nobles qui les tenoient et possessoient : c'est assavoir sur chacun fief qui est tenu et possessé par aucuns chevaliers baneretz sont peintes et mises en banière , et sur les armes des autres chevaliers non portant baniëre, y a seulement sur Tecu de leurs armes une baneroUe d'or en façon de guidon ; sur les fiefs possessez par gens nobles non chevaliers, sont armoriez leurs armes en escusson; et sur ceulx qui sont possessez par gens non nobles, y sont paincturées aucunes armes à plaisance, mises par différence en ung cueur, en lieu d'un escu ; et aussi sur les fiefs tenus nuement du chastel dudit Clermont, possessez par chevaliers et autres gens nobles, est mis au dessus de l'escusson ung guidon armorié des armes de mondit seigneur le duc. Ou commencement duquel terrier est écrit : « Nos Johannes de Cognerio, legis doctOTy consiliarius Dominl nostri ducis Bourbonii, Comitis Claromontensis et Forensis. » Et ou sixième feuillet en suivant, en la première page, qui est le principal commencement dud. terrier, est pourtraict et figuré en armes mondit seigneur le duc sur un cheval housse de ses armes, et au dessoubz de luy est escript ce qui ensuit : Et pour ce que trop ennuyeuse et obscure chose seroit aux regardants en ce livre a trouver les terres et possessions et les hommes de fief de mondit seigneur le duc et autres choses escriptes et dénommées en icellui livre, si aucune déclaration nestoit faite comment et par quelle manière ils seront trouvez, il est déclairé cy après par ordre et par nombre en quelz feuillietz et lieux dud. livre chacun fief et hors fief, et possessions et rentes et autres choses oudit livre contenues seront trouvées. »
L'identité, que M. de Marsy a constatée entre les dessins du copiste de Gaignières et ceux de l'extrait dressé deux siècles auparavant, permet de juger de la fidélité de la copie sous le titre d'Hommages du comté de Clermont en BeauvaisiSy que possède la Bibliothèque nationale et dont les lignes ci-dessus donnent une
description assez exacte pour que nous n'ayons pas à y revenir.
L'exemplaire des Archives de Clermont est encore mentionné par le même Jehan Dargilliëre * en tête de l'état qu'il dressa sur la fin du xv* siècle, des fiefs tenus directement du comté (Archives de l'Oise, E 39), comme « un grand livre en parchemin, écrit en lettre bâtarde , fort richement historié et armorié , nommé le Terrier. »
Le grand livre de parchemin, « appelé vulgairement le papier Terrier et Pancarte des fiefs, terres, possessions et revenus du comté de Clermont, » existait encore en 1601 entre les mains de M* Simon Vigneron, avocat du roi au bailliage, qui le 14 avril de la dite année en fit délivrer aux habitants et manants du bourg de la Neuville-en-Hez un extrait déclaratif de leurs droits, franchises et libertés '. Il avait donc échappé au sac que les troupes royales firent subir en 1590, l'espace de dix-sept jours entiers, à la ville et au château de Clermont, et pendant lequel furent brûlés, déchirés et jetés dans la rue, tous les papiers tant des greffes du domaine, bailliage, eaux et forêts que des autres personnes publiques et praticiens '.
Qu'est-il devenu depuis? De prime abord nous aurions été
^ Un autre d'Argillière, également du prénom de Jean, mais qui remplissait les fonctions d'eslu de Clermont pour le roi et de receveur général de la comté et se qualifiait d'écnyer, fut commis, en 1500, par Anne de France, duchesse de Bourbon, pour aller à Moulins, coopérer au premier inventaire des archives de la maison de Bourbon. Voir Huillard-Bréholles, introduction. Nous avons déjà cité rinventaire rédigé par ce d'Argillière.
« Petit Cartulaire de la Neuville-en-Hez, aux archives de l'Oise. Le compulsoire de 1601 nous apprend que le livre terrier était alors u couvert de cuire de veau noire. »
' Certificat des greffiers et notaires de Clermont du lundi trentième jour d'octobre 1623, passé par devant Jehan de Saint Leu, licencié ès-lois, conseiller du roi, prévôt en garde et juge royal ordinaire du comté. Les comparants attestèrent unanimement, sous la foi du serment, que toutes les armoires et coffres qui étaient dans la chambre du trésor des titres du domaine dans le château de Clermont, avaient été rompus et tous les titres et papiers qui y étaient contenus, pillés, déchirés et gâtés par les soldats qui en avaient vendu un grand nombre aux revendeurs de sel et merciers de la ville, lesquels s*en étaient longtemps servis à mettre leur sel pour le débiter à petites mesures aux particuliers, et même on avait vu plusieurs feuillets en parchemin des dénombrements des fiefs et seigneuries relevants dudit comté, employés par les soldats aux fallots pour faire leurs rondes la nuit (Archives nationales, K, 113, n» 10). Sur l'histoire de Qermont pendant les troubles de la Ligue, on peut consulter une curieuse brochure publiée en 1853 par M. Féret, au dévouement et à la générosité duquel la ville de Clermont doit sa bibliothèque et ses archives municipales.
disposé à le reconnaître dans le manuscrit aujourd'hui conservé aux Archives nationales, sous le titre de Cariulaire de Clermont en Beauvaisisy et qui porte le n* 1093 de- la série KK. Car malgré son titre différent, ce cartulaire n'est autre que le dénombrement de 1373, mais après examen, il nous a paru difficile d'admettre que le manuscrit des Archives ait été celui sur lequel Gaignières a fait exécuter sa copie. D'une part, on n'y trouve point les enluminures et les miniatures des châteaux, villes et monastères dépendants du comté, non plus que le portrait en armes du duc de Bourbon; de l'autre il comprend uniquement le livre Terrier et par suite ne commence qu'à la table que le procès-verbal de 1474 déclare être le principal commencement dudit Terrier et figurer à la première page du sixième feuillet. A moins d'une mutilation récente et assez peu vraisemblable, on serait donc amené à conclure que les officiers du bailliage de Clermont n'auraient pas envoyé en 1737 à Paris, comme l'a pensé M. de Beauminy, l'exemplaire original, dont ils étaient détenteurs, mais seulement une ancienne copie \
Mais le surplus de l'assertion de M. de Beauminy n'en demeure pas moins exact. C'est bien de la Chambre des comptes que provient en effet, le ms. KK. 1093; son classement dans une série formée pour la majeure partie des archives de cette coiu*, en témoigne; — et la mention « rap. le T'juin 1739, » qui figure inscrite en tête de son premier feuillet, nous semble établir en outre pertinemment que l'entrée au chartrier du domaine eut précisément lieu, alors qu'on s'occupait à en reconstituer les titres, à combler les lacunes qu'avait faites le terrible incendie dont nous avons parlé *.
1 Une annotation placée surTun des feuillets blancs qui se trouvent en tête du Ms. KR 1093, dit que son écriture est d'environ 1460 à U80, nouvel argument contre l'assimilation de ce Ms. à Toriginal, lequel aurait alors été détruit dans la période révolutionnaire, car il n'existe plus, à notre connaissance du moins, ni à Clermont, ni aux archives de TOise, ni dans les Dépôts publics de Paris.
' Dans Fétude sur les Droits seigneuriaux du comté de Clermont en Beauvaisis, d*aprés le dénombrement de 1373, que nous avons publiée en 1869 (Mémoires de la Société académique de VOise, t. VII), nous avions émis une autre hypothèse et pensé que le manuscrit, dont nous nous occupons, aurait pu prendre place au dépôt de la Chambre des Comptes dès le xvi« siècle, c'est-à-dire à Têpoque où cette Chambre fut constituée séquestre des titres de la branche aînée de la maison de Bourbon, lors de Tarrét du Parlement du 16 janvier 1523, déclarant le fameux connétable « crimineux de lèze majesté, rébellion et félonie. » Mais nous ne connaissions alors ni le compulsoire de 1601, ni le passage de M. de Beauminy qui nous paraissent de nature & écarter ladite hypothèse.
Quoi qu'il en soit du reste de leur provenance, le manuscrit des Archives (KK. 1093) et celui de la Bibliothèque nationale (F.Fr. 20,082) sont en ce qui concerne le livre Teirier, identiques en tous points, tant pour les divisions que pour le texte. Leur pagination seule diffère. Le premier ne compte que 381 feuillets de parchemin numérotés ; le second en compte 576 en papier pour la majeure partie, sur lesquels les actes étrangers au dénombrement en prennent 30, savoir : cinq au commencement du livre et les vingt-cinq autres à la fin. Tous deux sont de format in-folio ; tous deux, sans titre intérieur ni intitulé, ni formule les terminant, commencent et finissent par un certain nombre de feuillets blancs; ils ne portent aucune attestation soit d'un fonctionnaire, soit d'un officier public certifiant leur authenticité, leur conformité avec l'original.
Voici les titres de leurs principales divisions :
Déclaracion des églises qui ont maisons, terres, rentes et autres possessions en la comté de Clermont (20,082, f H et s. — KK. 1,093, f 3 et s.)
Déclaracion de la prévosté de Clermont et des autres offices appartenant à Monseigneur le duc à Clermont, et des autres marchiez et droiz dudit Monseigneur le duc en ladite ville et la manière comment on les bailles, et quels droits Monseigneur a et prent en iceulx marchiez et services, et comment ils se cuellent et ont este accoustumez en cueillir et lever (20,082 f 39 et s. — KK. 1,093 f 19 et s.).
Dénommément et desclaration de la terre de RonqueroUes (20,082, f 79 et s. — KK. 1,093, f 53 et s.)
Dénommément a^ desclaracion du chastel de la Nuefville-en- Hez avecques ses cens, rentes et proufis mis en prévosté (20,082, f 99 et s. — KK. 1,093, f» 67 et s.).
Desclaracion du nombre des arpenz de boz que le forest de Hez peut contenir (20,082, f 130 et suiv. — KK. 1,093, f 91 et suiv.).
Desclaracion du chastel de Gournay-sur-Aronde avec ses cens, rentes et prouffits mis en prévosté (20,082, f* 135 et s. — KK. 1093, f 95 et s.).
Noms des hommes, des femmes et des enfants qui sont de condicion esquels Monseigneur le comte partist et prcnt la
moitié des mortes mains et formariages contre l'abbé de Saint- Denis et par la main dudit abbé, et les villes dont ils sont (20,082, f 141 et s. — KK. 1,093, f 98 et suiv.).
Nombre des boz et forest de Jurequin, appartenant à Monseigneur le duc (20,082, f 158. — KK. 1,093, f 103).
Au folio 104 du Ms. KK. 1,093 et au folio 181 du Ms. Fr. 20,082 commence, pour se poursuivre jusqu'à la fin du volume, la liste de tous les possesseurs de châtellenies , seigneuries, terres, cens et rentes relevant en fief ou arrière fief du comté de Clermont. En regard de chaque nom sont blasonnées les armoiries du feudataire.
L'un et l'autre manuscrit contient la table des fiefs et hors fiefs, décrite dans le procès-verbal de 1474. Celui de la Bibliothèque nationale en possède en outre une seconde, donnant par ordre alphabétique les noms de toutes les familles mentionnées dans le dénombrement. Cette table, d'écriture moderne, remplit onze pages, non numérotées, placées à la fin du volume.
Le dénombrement de 1373 nous semble offrir un intérêt particulier à raison de l'époque à laquelle il a été rédigé. Il présente en effet le tableau de l'organisation d'un grand fief alors précisément que la législation des temps féodaux est sur le point de faire place à un droit, à des us plus modernes *. C'est donc comme un inventaire fait in extremis et dont certaines révélations ne laissent pas que d'avoir leur valeur. Nous apprenons ainsi que le servage n'avait pas encore disparu du Beauvaisis, puisque près de 400 hommes, femmes et enfants, répartis dans vingt localités, acquittaient au profit du comte de Clermont, des droits de mortes-mains et de formariages, et les aveux des feudataires font également mention d'hostises et d'hommes de corps *. Les signes distinctifs des blasons permettent de constater que sur dix-sept cents fiefs et arrière-fiefs mouvants du
* Cette législation persistait cependant encore ; nous en avons pour preuve des lettres du roi Jean du 19 septembre 1351, insérées dans le Ms. 20,082 (fo 573), et fixant aux nobles des pays de Vermandois et de Beauvaisis le délai qui devait s'écouler entre le défi et les hostilités dans les guerres qu'ils pourraient avoir les uns contre les autres. Malgré les efforts réunis de TÉglise et de la royauté, Tusage barbare des guerres privées ne devait prendre fin en France qu'an siècle suivant.
* Nous avons déjà vu du reste plus baut que la charte d'affranchissement, octroyée aux serfs de Milly par les seigneurs de cette châtellenie et approuvée par Louis II, date seulement du mois de novembre 1400.
chàtel de Clermont, cent à peine appartenaient à des roturiers, et que par suite la fortune territoriale demeurait encore presque concentrée aux mains de la noblesse. Le nombre des fiefs en la main du suzerain, par défaut d'homme, se trouvait aussi fort* peu considérable. Nous pourrions multiplier à cet égard les remarques; elles se présenteront d'elles-mêmes aux lecteurs qui parcourront notre trop brève analyse. Nous nous bornerons à une seule observation dont l'importance n'échappera à aucun d'eux. C'est du règne de Jean II et de celui de Charles V que datent les premières tentatives sérieuses pour soumettre les diverses parties du royaume à des impôts généraux au profit de la royauté, et ces impôts ou plutôt ces aides, ainsi qu'on les appelait, n'affectèrent jamais durant les deux règnes, qu'un caractère temporaire et spécial*, notre dénombrement peut donc
* Afin d'obtenir Tacquiescement des grands feudataires & Timposition ainsi faite sur lears vassaux et sujets, le roi leur abandonnait généralement une quote-part du produit de cette imposition. 11 agit de la sorte en 1340 et en 1366 à Tégard du duc de Bourbon. Les Archives nationales conservent (P 1362*. n». 1104) un état de la valeur des taxes indirectes dans le comté de Clermont^ qui est sans date, mais que M. Huillard-Bréholles croit approximativement de 1360. Nous le reproduisons ici :
Ensuit la valleur des impositions des villes estans en la conté de Clermont au diocèse de Beauvais, esquelies Mons'. de Bourbonnois a tout ou le plus grant partie tenues de lui, et aussui le valleur du vin vendu à détail esdites villes.
Et premier l'imposition de toutes denrées, excepté le imposition du vin vendu en gros, qui se vallie à part.
Limposition du doienné de Clermont, excepté les villes estans en le chastelerie de Creil, montent pour an, à iiP^ xuii 1. xu s.
L'imposition du vin vendu en gros exceptées les villes dessusdites monte pour an, à vi««. lxxyiii 1.
Le viii« du vin vendu à détail monte pour les villes dessusdites à
xn««. XLiii 1. un s.
Somme dudit doienné ii™. viii««. lxiiu L xvi s,
Item l'imposition du doienné de Pont de toutes denrées excepté le vin en gros et les villes dessusdites monte pour an, à ui^. lzzx^xi 1. m s.
L'imposition du vin en gros, à viii««. xzxiiii 1.
Le VHP. du vin vendu à détail monte à vj^. xii 1. xii s. p.
Somme dudit doienné Xviii'^^ xxxvii 1. xv s. p.
Item l'imposition du doienné de Moncy comme dessus, monte à Lvi 1. x s. p.
L'imposition du vin en gros dudit doienné monte pour an, à xxx 1. p.
Le VHP. dudit doienné monte pour an, à lxxvii 1. p.
Somme dudit doienné vm^. m 1. x s.
Item l'imposition du doienné de Breteuil comme dessus monte à vi». vi 1.
L'imposition du vin en gros monte à vi 1. ini s. p.
Le vni«.-du vin vendu en gros monte k vii". vi 1. p.
être considéré comme donnant Tétat complet des charges ordinaires qui pesaient antérieurement sur les populations.
Nous avions, pour le résumé que nous nous proposions de faire du livre des hommages ou cartulaire de Glermont, à choisir entre le manuscrit des Archives et celui de la Bibliothèque nationale. Nous nous sommes décidé pour le dernier, non-seulement parce qu'il est plus complet et possède la seconde table que nous avons dite, mais aussi et surtout parce qu'il a été l'objet des études de Dom Grenier. Le savant bénédictin, reconnaissant toute la valeur du dénombrement de 1373 pour l'histoire de l'ancienne Picardie, n'a pas reculé devant la longue et difficile tâche de décrire les dix-sept cents blasons qu'il contient; son mémoire est inséré dans le tome LIV de sa collection (f ' 53-96), sous ce titre : Extrait d'un gros volume à la Bibliothèque du Roi qui est un registre d'aveux et dénombrements servis au comté de Clermont en Beauvaisis. Il a singulièrement aidé sur ce point notre travail.
Somme dudit doieoné il». Lxxviii 1. un s. p.
Item rimposition du doienné de Ressons sanz le vin vaut pour an Lxxv 1. un g. L'imposition du Tin vendu en gros vault pour an xiii 1.
Le VIII*. du vin à détail vault pour an Lxxi 1. p.
Somme dudit doienné, vi^^. xix 1. un s. p.
Item l'imposition du doienné de Coudun vaut pour an xxxviii 1. x s.
L'imposition du vin vendu en gros vaut pour an xx 1. x s.
Le viii«. du vin à détail vaut pour an uii^K xi 1.
Somme dudit doienné vii»x 1. p.
Item les impositions du doienné de Bray vallent pour an xvi 1.
Les impositions du vin en gros vallent pour an néant.
Le vni«. du vin à détail vaut pour an x 1. x s.
Somme dudit doienné xxvi 1. x s. p.
Item les impositions du doienné de la Monteingnie vallent pour an