LES SPECTACLES DE BERNY
C'est ici le lieu de placer les curieux documents inédits que nous possédons sur les spectacles de Berny.
Ces divertissements prirent naissance, ainsi que Laujon vient de nous l'apprendre, vers 1747, quand le comte de Clermont, croyant avoir à se plaindre de quelque passe-droit, pendit au croc sa vaillante épée et se ménagea, dans sa retraite de Berny, une existence plus conforme aux préceptes d'Épicure qu'à la règle de saint Benoît. Les spectacles de cour étaient alors en pleine vogue; c'était le temps où M"'^ de Pompadour brillait à Versailles, sur le théâtre des petits appartements. Le comte de Clermont n'eut point de peine à trouver dans son entourage les éléments d'une troupe qui , dirigée par le vieux Duchemin , Rosely et
DEUXIEME PERIODE IQ
M"^ Gaussin, la fleur des gens du métier, sut bientôt conquérir les suffrages des plus délicats. Nous verrons Collé, dans une note écrite pour lui seul, et par conséquent non suspecte de flatterie, la déclarer supérieure à celle de la Comédie Italienne. Cette troupe dut éprouver nécessairement quelques modifications suivant les occasions et les circonstances, mais les chefs d'emploi restèrent à peu près les mêmes pendant les dix années que durèrent ces spectacles. M"^ Le Duc figure naturellement au premier rang, comme danseuse et comme comédienne, dans ces représentations, auxquelles sa sœur aînée ne paraît pas avoir pris une part très-active.
Nous remarquerons comme une singularité notable que Gaussin, la tendre Gaussin , princesse tragique à la Comédie-Française, jouait à Berny l'opéra-comique et même les rôles de Cassandre et de Gilles niais dans les parades, où l'on renforçait parfois l'élément comique en transposant les sexes, c'est-à-dire en faisant interpréter les rôles d'homme par des femmes et les rôles de femme par des hommes.
Nous pourrons constater aussi que si la troupe de Berny ne reculait pas devant les gaillardises et les lazzi populaciers de la parade , elle ne craignait pas non plus d'aborder la haute comédie,
et que les chefs-d'œuvre de Molière, Regnard, Destouches, etc., figurent dans son re'pertoire à côté des pochades de Dancourt et des œuvres badines de Collé.
Les documents qui suivent sont tirés d'un recueil manuscrit de rôles détachés , conservé à la bibliothèque de l'Arsenal, sous le n° 53, Belles- Lettres françaises. Nous avons facilement reconnu qu'ils se rapportaient aux spectacles de Berny; nous les avons complétés et élucidés à l'aide du journal de Collé et de recherches variées. Ces mélanges informes ne pouvant être reproduits textuellement, nous en avons extrait les renseignements utiles ou curieux, que nous avons groupés en trois paragraphes : La Troupe. — Le Répertoire. — Programme d'une Fête de M^^^ Le Duc.