EPIGRAMME
Est-ce un abbé ^...L'Eglise le renie.
Un général?... Mars l'a bien maltraité.
Mais il lui reste au moins l'Académie?.., N'y fut-il pas muet par dignité?
Qu' est-il enfin ?. . . Son mérite est bien mince; On lui croyait la valeur d'un géant;
Mûis,parmalheur^ ce n'est qu'un pauvre Prince Dont un auguste titre éclaire le néant.
(Ibidem.)
Pour ne pas rester sous la triste impression de ce toile général, qui pourrait influencer notre verdict, il est juste de rappeler ici, d'après la Chronologie militaire de Pinard, l'ensemble des états de service dw vaincu de Crevelt.
— Louis de Bourbon, comte de Clermont, né le i $ juin 1709. Colonel du régiment d'infanterie d'Enghien, le i^r avril 1710.
Mestre de camp du régiment de Clermont cavalerie, le 5 janvier 1724.
Nommé chevalier des ordres du Roi le 2 février, et reçu le 3 juin 1724.
Il a fait sa première campagne au siège du fort de Kell au mois d'octobre 173-3. ^' servait au siège de Philipsbourg lorsqu'il fut fait maréchal de camp par brevet du 1 5 juin 1734.
Lieutenant-général des armées du Roi par pouvoir du 6 juillet 173^, il servit la campagne en Allemagne jusqu'à la signature des préliminaires.
Il servit en 1742 à l'armée de Flandres, commandée par le maréchal de Noailles; dans l'armée sur le Rhin et à la bataille d'Ettingen, le 27 juin 1743.
Il fit la campagne de 1744 dans l'armée commandée par le Il II
Roi ; il était au siège de Menin, oii il commanda l'attaque de la droite.
Il investit Ypres le 6 juin, qui se rendit le 27. Cette place aurait tenu plus longtemps si M. le comte de Clermont n'avait, par une extrême diligence, prévenu le commandant, qui n'eut pas le temps de faire abattre les arbres et les haies, qui servirent à couvrir les premiers travaux et permirent aux assiégeants d'arriver sans être aperçus jusqu'à quarante toises des palissades.
Furnes, investi par le Prince le 29 juin, demanda à capituler le 10 juillet. M. le comte de Clermont quittait la tranchée le dernier et dirigeait toutes les opérations.
Après le siège de Fribourg, il soumit la ville de Constance au mois de novembre.
Il a servi la campagne de 1745 sous le Roi. Il était à la bataille de Fontenoy le 1 1 mai ; à la prise de Tournay, qui capitula le 2 3 . [Nous avons noté ci-dessus que le Prince n'était point à Fontenoy ; il ne put, par la même raison, se trouver à la prise de Tournay).
Il servit en 1746 au siège de Louvain, qui se rendit le 6 mai ; d'Anvers, réduite le 20. Il commanda le siège de la citadelle d'Anvers, qu'il fit investir le 2 1 mai ; la capitulation fut signée le i^' juin.
Il forma ensuite le siège de la ville de Namur, le 5 septembre ; capitulation, le 19. Attaque des châteaux, le 25 ; rendus, le 50.
A la bataille de Raucoux, le 1 1 octobre, il chargea l'ennemi à la tête des troupes de la droite, qu'il commandait.
Au combat de Lawfeld, le 2 juillet 1747. Il marcha à l'attaque de ce village, qu'il emporta ; poursuivit la gauche de la cavalerie ennemie et la poussa jusque sous le canon de Mastrick.
La paix se fit au mois d'avril 1748.
Il a été pourvu du gouvernement général de Champagne et de Brie par provisions du 19 septembre 1751-
Le Roi l'a nommé, par pouvoir du 17 janvier 17^8, généra! de l'armée d'Allemagne. Il est parti le 29 pour en aller prendre le commandement. Arrivé à Hanovre le 14 février.
La bataille de Crevelt se donna le 23 juin. Il remit, le 1 1 juillet; le commandement au marquis de Contades, et revint en France.
(Pinard, Chronologie militaire.)
L'historiographe officiel a le bon esprit dépasser
légèrement sur cette funeste campagne de Hanovre,
qui suffit à flétrir les lauriers^ peut-être un peu
chauffés, du héros de Raucoux et de Lawfeld. Il s'est
trouvé pourtant un panégyriste plus hardi qui n'a
pas craint d'exalter cette expédition. Peu s'en faut,
dans son enthousiasme épique, qu'il ne mette la
déroute de Crevelt en parallèle avec la retraite des
dix mille ; jugez-en : « On n'attaque point, on n'est
« point attaqué. On n'abandonne que le peu qu'on
(c comptait sacrifier ; enfin toutes ces manœuvres
« difficiles s'exécutent. L'armée, son artillerie, ses
« équipages, arrivent au Rhin, le passent, et elle
ce voit de la rive gauche l'ennemi, qui l'avait tou-
(c jours suivie, confus et furieux, arrêté sur la rive
« droite.»
Cela ne vaut-il pas la fameuse gasconnade de M. de Pourceaugnac : « Il me donna un soufflet, mais je lui dis bien son fait » ?
L'auteur de ce dithyrambe, M. Dagues de Clairfontaine, qui a trouvé moyen d'écrire, sur le règne de Louis XV, deux gros volumes intitulés, sans antiphrase, Bienfaisance françoise^ consacre ainsi douze pages à l'apologie du comte de Clermont. Tout ce que nous pouvons en déduire, c'est que le Prince rétablit dans l'armée une apparence de discipline, fit réformer le train des officiers et augmenter un peu la paye et la ration du soldat, réduit à vivre de pillage.