‹ Le comte de Clermont (volume 2)Chapitre 27 sur 51 · C. — Analyse et fragments de /.: Femme fi.ûU, comédie · texte numérisé non relu

C. — Analyse et fragments de /.: Femme fi.ûU, comédie

inédite de Marivaux, composée pour le théâtre de Berny.

D. — La bibliothèque de M--- Le Duc.

E. — Note bibliographique des ouvrages consultés.

l^î^ 1^ 2^^ i^ i^ i^ air i^x i^a^air air^l^

cxu. i^j- c^> ri> (Xu- i^j. c^ rtix c^ia c^j. O^ ct^ c^jl c^ o^ r:i-t r^' rri^ r<j rv? "TC-? -rr,? rr? rrj t v' y^ rz^ r^ r^ t^^ r^

Nous avons relevé, d'après VAlmanach royal, cette liste des demeures successives du comte de Clermont depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

— De 1709 31716, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de sept ans, il fut élevé dans la maison paternelle, à l'hôtel de Condé, situé comme chacun sait , sur l'emplacement actuel de l'Odéon. (Voyez sur cet hôtel : Piganiol de La Force, Germain Brice, Sauvai, etc.)

— Dei7i7 à 1733 (sauf un retour à l'hôtel de Condé entre 1727 et 1730), il habita le Petit-Luxembourg, propriété de sa grand'mère Anne de Bavière, princesse douairière de Condé, qui l'avait fait reconstruire magnifiquement en 17 11 par Germain Boffrand, Cet hôtel, quand le comte de Clermont le quitta, fut occupé par M^^^ de Clermont, sa sœur. (Voyez sur le Petit-Luxembourg, outre les descriptions de Paris indiquées ci-dessus, le Palais du Luxembourg, par M. de Gisors, in-8, 1847, p. 103 à ii$.)

— En 1734 et 1735, le Prince demeurait avec sa mère, la

l5o APPENDICE A

duchesse douairière de Bourbon, dans le palais neuf qu'elle venait de faire construire, de 1722 à 1727, au bout du quai de la Grenouillère. C'est ce Palais-Bourbon qui est resté, depuis la Révolution, le siège des divers corps législatifs qui nous ont successivement gouvernés. (Voyez les descriptions de Paris et le troisième volume de VArchitecture française de Blondel.)

— En 1736, à la suite du refroidissement survenu entre sa mère et lui, il abandonna le Palais-Bourbon pour s'établir dans un grand hôtel de la rue de Grenelle , situé précisément en face de l'hôtel de Villars. Il louait douze mille livres par an cette maison, qui avait appartenu et appartenait peutêtre encore aux d'Argenson. Quand le comte de Clermont en sortit, en 1738, pour prendre possession du palais de l'Abbaye, Mi'ede Charolais, son autre sœur, vinty continuera vie libre et galante qu'il y avait inaugurée. Les Conti leur succédèrent, et le diable n'y perdit rien. Aujourd'hui on ne festoie plus guère à l'ancien hôtel de Clermont-Charolais, envahi par l'administration, et englobé dans les dépendances du ministère de l'intérieur.

— La résidence officielle du Prince reste indiquée au palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés, depuis 1738 jusqu'à sa mort, en 1771 (i). Le duc de Luynes assure qu'il lui fallut dépenser tout d'abord plus de cent mille livres dans les anciens bâtiments pour pouvoir s'y loger lui et sa suite. Ce palais, réédifié vers 1680 par le cardinal de Furstemberg, existe encore dans la rue de l'Abbaye. Sa haute façade de briqae a

■'0 Sauf la dernière année, oii VAlmanach ro)'i2/ dut forcément reconnaître sa résidence rue de la Roquette, puisque ce fut là que les princes s'assemblèrent , que le comte de Clermont rendit le dernier soupir et que furent célébrées ses funérailles.

APPENDICE A 10 l

conservé un certain air de majesté, malgré l'appropriation bourgeoise et locative que l'édifice a dû subir, à l'époque de la Révolution, pour effacer sa tache originelle. Échappera-t-il longtemps encore à la pioche édilitaire ? Nous le recommandons, le cas échéant, à la sollicitude de la très-intelligente et très-zélée commission des travaux historiques de l'hôtel de ville : Caveant consuUs !

— Barbier nous apprend, et les rapports de police confirment que le comte de Clermont avait installé Mlle Le Duc, vers 1748, dans un hôtel situé à V entrée de la rue de Richelieu^ dix côté du boulevard, que lui-même y demeurait souvent, et qu'il y donnait audience aux Pères de l'abbaye. Nous avons espéré un instant que Blondel nous donnerait l'indication précise de cette maison parmi les hôtels de la rue de Richelieu qu'il décrit et dont il nomme les différents propriétaires en 17^2. Malheureusement il ne parle nulle part de M'^^ Le Duc ni du comte de Clermont. Même ignorance ou même discrétion de la part de Piganiol de La Force. Nous devons donc renoncer à reconnaître avec certitude le domicile conjugal de l'abbé de Saint-Germain. Nous aurions volontiers penché, sous toutes réserves, pour l'ancien hôtel Sonning, maison médiocrement grande et très-heureusement distribuée, — parva sed apta, — achetée et restaurée en 1740 par le fermier-général Rolland de Fonferrière. Blondel a donné les plans et élévations de cet édifice, construit par Dulin à l'entrée de la rue de Richelieu à droite, entre le boulevard et l'hôtel de Crozat, dont la rue d'Amboise marque aujourd'hui l'emplacement. Nous ne voyons dans ces parages, en dehors de l'hôtel Sonning, que des habitations trop bourgeoises ou trop importantes. En tout cas, il est certain, quoi qu'en dise Barbier, que le Prince se retirait là chez sa maîtresse et qu'il n'abandonna pas pour cela son palais abbatial. Nous lisons dans une lettre adressée par

lui à Bachaumont, de Choisy, le 19 mai 1749 • " ^^ Majesté « m'a dit qu'Elle chassait le daim mercredi et qu'Elle s'en retoura nerait à Versailles jeudi; moyennant cela, je compte pouvoir u être mercredi, sur les dix heures, à Pabbayc. Je vous prie de « faire avertir M. Lherminier (i) de s'y trouver à cette heureci là.» Ajoutons une autre preuve tirée des mémoires du duc de Luynes. Lors de la réception du duc de Chaulnes au parlement, le comte de Clermont avait annoncé qu'il assisterait à la cérémonie; «on l'attendit jusqu'à neuf heures; à neuf heures on envoya chez lui ; il était à Berny, et son carrosse l'attendait dans la cour de l'abbaye. On attendit encore trois quarts d'heure, et enfin M. le Premier Président jugea à propos de faire la réception, et on n'a pas entendu parler de M. le comte de Clermont. » Enfin, dernier argument qui a bien son prix pour qui connaît les usages sanitaires de l'époque et le rôle intime des chirurgiens, presque tous les officiers du service personnel du Prince, y compris son médecin et son chirurgien^ étaient domiciliés à l'abbaye.

— Nous ne savons si Mi'e Le Duc quitta ou vendit son hôtel de la rue de Richelieu, mais dès 1752 nous voyons le Prince transporter dans un quartier plus retiré ses pénates amoureux :

« i^i" Juillet 1752. — État des petites maisons

SITUÉES AUX environs DE PaRIS.

« Canton du Roule. — Maison sans numéro, située à la Petite-Pologne, derrière l'église de la Madeleine, appartenant au nommé Leroy, marchand de beurre au coin de la rue d'Antin ; louée au terme de Noël dernier i ,200 francs par an à M. le

(1) M. Lherminier, avocat, demeurant rue Saint-André des Arts, était bailly de la justice particulière de l'abbaye Saint-Germain.

comte de Clermont, qui y a fait faire des augmentations et embellissements. Il y vient assez souvent avec les deux demoiselles Le Duc. » {Rapports de Police inédits.)

— Quant à la petite maison de la rue de la Roquette, le comte de Clermont dut en faire l'acquisition vers 1754. Collé la mentionne pour la première fois au mois de novembre de cette année, et nous la trouvons encore occupée par M. de Réaumur en 1752. Cette maison, ainsi que le château de Berny, théâtres des événements que nous venons de raconter, jouent un trop grand rôle dans notre histoire pour que nous puissions nous contenter à leur égard d'une simple mention; nous leur consacrons donc deux articles spéciaux.

— Le Prince avait en outre ses appartements particuliers à Versailles, à Marly, à Fontainebleau, à Compiègne et dans toutes les résidences royales. On lui avait attribué à Versailles l'un des plus agréables logements du château, l'ancien appartement de M^^ de Maintenon, qui n'était séparé de celui de la reine que par l'escalier de marbre et qui avait sur la cour d'honneur un large balcon, fort commode pour assister aux revues du roi. Ces avantages avaient bien leur petit inconvénient : à toute occasion l'appartement de Son Altesse était confisqué par la reine et ses dames d'honneur. Chaque fois que l'on recevait à la cour un hôte de distinction, c'était encore l'appartement du Comte que l'on empruntait. Le roi de Pologne Stanislas, qui, dans ses fréquents voyages à Versailles, logeait à Trianon, disposait dans la journée de ce pied-à-terre dont le Prince devait lui faire les honneurs. Il est vrai que la reine lui en faisait demander la permission pour la forme ; mais un jour, le comte ayant répondu que son appartement était tout à la disposition de Sa Majesté, mais qu'il priait qu'on lui en laissât l'usage pour la nuit, n'ayant pas d'autre logis où il pût coucher quand il devait rester à Ver-

sailles, cette humble réserve provoqua de la part de la reine l'aigre réponse suivante, que la duchesse de Luynes eut le bon goût d'adoucir en la transmettant :

«Je vous prie de mandera M. le comte de Clermont qu'il ce peut coucher dans son appartement, et que je n'ai pensé « autre chose en le lui demandant, sinon qu'il en ferait les hon- « neurs au roi mon père dans la journée, quand il s'y trou- « verait. J'aimerais mieux répondre à dix mille harangues qu'à « cette lettre. Je suis bien aise, avec beaucoup de bonté, « puisqu'il faut parler en reine, de lui faire sentir sa sottise. »

Et à l'avenir, l'appartement du Prince fut tout simplement mis en réquisition au nom du roi, sans autre formalité. (Voyez à ce sujet les mémoires du duc de Luynes, les excellentes annotations de M. Soulié, et les recherches de M. Le Roi sur l'appartement de Mm^ de Maintenon.)

— S"il est vrai qu'à cette époque le comte de Clermont n'eut point d'autre logis pour coucher à Versailles que son appartement officiel, il n'en avait pas toujours été ainsi. La chronique scandaleuse nous révèle, à la date de 1726, une certaine maison garnie tenue par la demoiselle Bertin dans la rue des Tournelles, au quartier du Parc-aux-cerfs. C'est dans cet asile interlope, complaisamment ouvert aux amours de rencontre, que le volage disciple de la marquise de Grave venait répéter, au profit de la petite Quoniam, les tendres leçons de sa vieille maîtresse. Le séducteur avait au plus seize ans et sa victime résignée treize ans à peine ! Leurs naïves amours, favorisées par la pieuse sollicitude d'une mère expérimentée, durèrent tout un mois. Le journal du commissaire de police P. Narbonne, en nous révélant ce détail, nous signale encore un nom illustre à ajouter sur la liste des maîtresses du comte de Clermont, celui de la Souris, si fameuse dans les fastes de la

APPENDICE A l55

Régence. C'est à elle que reviendrait, paraît-il, l'honneur d'avoir parachevé l'éducation galante du jeune prince, en lui laissant un souvenir trop durable de leur très-courte liaison :

« En 1726, la dame Quoniam voulant profiter des attraits naissants de sa fille, alors âgée de treize ans, consentit à la prostituera M. le comte de Clermont. Ce jeune prince, frère de M. le duc de Bourbon, avait quinze à seize ans et jouissait en bénéfices d'un revenu de 400,000 livres. Il plaça la mère et la fiile chez la demoiselle Bertin, qui tenait une maison garnie chez le sieur Maillard, rue des Tournelles, au Parc-aux- Cerfs, à Versailles. Sa liaison avec cette fille fut d'un mois environ, pendant lequel il coucha avec elle vingt-deux nuits. Au bout du mois il la renvoya, et il chargea le marquis ou comte de l'Aigle de donner cent louis d'or à la mère; mais celui-ci, qui trouvait sans doute que c'était beaucoup trop, ne lui en donna que cinquante et garda pour lui les cinquante autres. Le Prince s'attacha ensuite à la Souris, qui lui fit don d'une galanterie ; puis, quelques années après, il reprit la fille de Quoniam pour la quitter de nouveau. »

l56 APPENDICE A

Page 1