SCENE III
M. AMARANTHE, Mn^^ AMARANTHE, ÉLIZE, THÉNÉRITE, MONTDOR.
M. AMARANTHE
Eh bien ! qu'est-ce ? De quoi est-il question ? De comédie, je gage; car je vois Montdor. Mais l'on en parle toujours et l'on n'en joue jamais. Je vous avertis que cela m'impatiente et que je ne veux pas avoir fait construire un théâtre gratis. J'y jouerais plutôt tout seul.
Mine AMARANTHE.
Vous êtes assez fou pour cela.
M. AMARANTHE
Mais, madame ma très-chère femme, il n'y a point de folie à jouer la comédie; c'est un passe-temps très-agréable, trèsinstructif, qui appreid à bien parler.
M^e AMARANTHE.
Oui, pour dire des sottises qui n'ont ni père ni mère.
MONTDOR.
Oh ! pour celui-là, madame, je ne vous le passerai pas ; et je suis de l'avis de monsieur votre mari. Oui, jouer la comédie apprend à se servir de bons termies, la façon de prononcer, les grâces de la diction, l'ordre qu'il faut mettre dans ses discours, règle le ton qu'il faut donner aux choses pour qu'elles aient l'air de vérité...
M™e AMARANTHE.
Sans doute, cela apprend à donner un ton vrai à ce qui ne l'est pas, et rend habile dans l'art de la dissimulation. C'est une fort jolie leçon que l'oncle veut donner à ses nièces.
ÉLIZE.
Allez, ma tante, si nous en croyons les hommes, les femmes n'ont pas besoin de leçons pour apprendre à dissimuler et à prendre un ton persuasif. Cet art naît avec elles, et elles jouent la comédie dès le berceau.
M. AMARANTHE
Ma foi, ma nièce a raison. La plupart de vous toutes ne vaut pas grand 'chose, et quand il y en a une qui est une bonne femme, c'est ma foi un grand coup du hasard.
Mme AMARANTHE.
Voilà comme vous êtes, monsieur, vous n'avez jamais que des choses dures à me dire,
M. AMARANTHE
Parbleu, madame, ce n'est pas ma faute si vous prenez cela pour vous ! Et vous avez tort, car je vous regarde comme celle qu'un coup du ciel a formée.
Mme AMARANTHE {(n s'en allant).
Voilà une fort plate réparation.