‹ Le comte de ClermontChapitre 11 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je vous remercie de tirer consolation sur

votre mariage manqué, de ce que vous en serei( moins détourné à me faire votre cour et à jouer la comédie i mais rassure^vous sur cehiy en cas d*un autre mariage vous pourrez allier le tout. Les heures que vous donnerez à votre femme doivent être couvertes des sombres voiles de la nuit, et je ne suis plus asse^ jeune pour que vous cherchiei [occasion de me faire votre cour dans ces instants-là; ce serait pousser trop loin votre reconnoissance. Et d'ailleurs, comme je 71 ai nul goût pourles manchettes^ je ne serois pas digne de cet effort de votre part. Quant à la comédie, elle est, ainsi que le Jeu d'oie renouvelé des Grecs, un plaisir innocent oii l'esprit se déployé et qui ne sauroit offusquer la femme la plus barbare. Au contraire, cet exercice émeut les passions, attendrit le cœur, et la dame ne peut que se bien trouver de ces deux effets qui en procurent un troisième qui

LETTRES INÉDITES

a beaucoup de connexité avec tœupre de propagation.

Cette lettre tC ayant d'autre fin que de pous prouver V amitié que fai pour pous, il . est inutile, quoiqu'à la fin de la lettre, que je POus le répète; bis in idem est bien fait avec les dames, mais n'est que baporderie en écriture.

Vous connoisseï la mtân dm s$erétaire, ainsi je ne signe point.

Cette curieuse lettrei qui nous montre le comte de Oermont dans le rôle assez nouveau pour lui

de père noble ^ trouva le comte de Billy à''Gravelines, où il apprenait en rechignant son métUr de coioneL On voit qu'il se consola lestement de la perte de sa future épouse et de son futur million. Antoine-Louis- François Le Fèvre de Caumartin, nommé Maître des Requêtes précisément à la date de cette lettre, le 12 fuin 1749, épousa en effet, le 3o du même mois, Geneviève-Anne-Marie Moufle de la Thuilerie. Une si prompte conclusion prouve que tout était arrêté et convenu d*avance

rasMiftnB PAVriB

quand on chercha un prétexte pour rompre avec M. de Billy. Le sieur Simon Moufle, Trésorier de la Marine et trésorier un peu véreux paraît^il» était par cela même dans la main du comte d*Argenson; d'ailleurs, la susceptibilité extrême du personnage s'expliquerait difficilement et se concilierait mal avec ce que nous apprend la chio* nique de Barbier :

« {M. de Caumartin, marquis de Saint-Ange, ce maître des requêtes, fils de M. de Caumartin, « conseiller d'État^ décédé il y a près d'un an, et « neveu à la mode de Bretagne de M. le comte « d'Argenson, ministre, a épousé, il y a un mois, «la fille de M. Moufle de la Thuilerie, qui était u Trésorier de la Marine, et qui a fait une espèce « de banqueroute par ses folles dépenses, laquelle « a, du chef de sa mère, sept à huit cent mille li- « vres de biens. M. de Caumartin, qui n'est pas « riche et qui est d'une ancienne maison de robe, « a ctc oblige, pour se soutenir, de faire ce ma- « nége. »

Le portrait du jeune Bîlly est ravissant, la morale du comte de Clermont plus amusante encore; c'est justement la fable de VÊcrevisse et sa fille*

LETTRLS INEDITES

Ce que dit en riant le Prince de son peu de goût pour les nmchetteSf doit lui être compté comme qualité personnelle, car si nous en crqyons la Palatine ducliesse d'Orléans, ce n'était rien moins qu'une vertu de famille chez les Condés. Après avoir dénoncé la ligue déloyale ourdie contre le Régent par le duc de Bourbon, le prince de Conty et le comte de Chaiolais, elle ajoute :

a Mais pour ce dernier ce n'est pas une chose « étonnante après le commerce in£lme qull entre- « tient continuellement et sans aucune honte avec '

« le prince de Cûnty, qui est cependant son beaatt frère, ce prince ayant épousé la sœur du Comte, c C'est une chose horrible et inouïe; je n^'étonne c que Paris n'ait pas encore été englouti en puni- « tion des choses affireuses qui s'y commettent « chaque jour, »

Notre manuscrit contient aussi les copies des lettres échangées entre le comte de Clermont^ M. Moufie et autres fntéressés, au sujet de ce mariage manqué. Nous les donnons suivant leur ordre.

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DU COMTE DE CLERMONT AU COMTE D*ARGENSON

De Beray, le 6 juin 174^.

Il y a environ six semaines, monsieur^

que la famille de M. de Billy me proposa de faire son mariage avec M^^ Moufle.

Après m'être instruit de ce quelle était et de son bien, je consentis à faire ce mariage. M. Moufle, père de cette demoiselle, fut prévenu à ce sujet, et il parut que \ cette proposition lui faisait plaisir, au cas que M. et de Maillyy consentissent et quil ne fût plus question des pourparlers qu'il y avoit eu pour un autre mariage. Sur cette réponse de M. Moufle, je vis M. et M^ de Mailly, qui me dirent que le mary que je leur proposais pour M^^^ Moufle leur convenoit fort, et que si les pourparlers pour l'autre mariage n avaient point d'effet, ils serment ravis de contribuer à celuy-ci.

Au bout de quelque temps, /appris que

M. Gilbert, oncle et tuteur de M. de Cau-

martin, avait dit que le mariage proposé entre son neueu et Af* Moufle n'auroit point lieu, et qu il aimait mieux remercier quedeVêtre. J'appris aussi queM^de Voisins, belle-fille de M. Gilbert, avait .été déclarer à de Saint-Prey, tante de M^"-' Maujlc, quil ne /allait plus compter sur ce mariage, et que F on ni y pensait plus du coté de M. de Caumartin. f appris, encore que M. de h Forte^Maison avait proposé à M. de MaiUy un autns que M. d^ Caumartin pour Moufle, et que le mariage de M. de Caumartin se traitait aussi avec une autre que Jlf"' Moufle; enfin, que M. Gilbert avait dit à M. de Bachaumontj tuteur et cousin de M. de Billy, quil pouvoit aller en avant sur te mariage de M. de Billy avec ^ Moufle. Je crus alors pouvoir travailler sérieusement à /aire ce mariage, sans aller sur les brisées de M. de^ Caumartin^

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Le père de M^^ Moufle, qui étoit instruit ainsi que moy de tmt ce que je pous mande, ne put douter non plus que moy qu'il étoit Sbre de disposer de sa fille; il accepta M. de Billy pour elle, et me donna sa parole.

Depuis mon retour de Crécy, je troupe un embarbouiUage à tout ceçy à quoy je ne connais plus rien. L'on prétend que le ' sieur de la Forte-Maison , tuteur de M^^' Moufle, qui, par les lettres que j'ai vues de luy à M. Moufle, ne pouloit point du tout de M. de Caumartin, soutient à présent vous avoir donné sa parole pour faire le mariage de M^' Moufle avec M. de Caumartin. Von fria dit aussi que vous aviei la parole de toute la/amiUe et quelle ne vous a point été rendue.

Comme mon intention ha jamais été ét avoir de mauvais procédés vis-à-vis de personne, encore moins pis-à-pis de vous * et de M. de Caumartin, je pous prie de

LETTRES INÉDITES

m'éclaircir sur ce fait, parce que si les an-'

ciennes paroles n'ont point été rendues (comme jay dû le croire par ce que je vous marque cy -dessus), je ne penser ay plus au mariage de Moufle avec M. de Billy; mais si elles ont été rendues, je persisteray à souhaiter ce mariage, ayant la parole du pere.

Mcyemtant cela, je ne cède donc Moufle qu'à M. de Caumartin, dont le , mariage se traitoit avec elle avant que je traitasse le nôtre; mais comme le nôtre vient immédiatement après, et même devient le premier si les paroles pour celuy de M. de Caumartin ont été rendues, je persiste à le vouloir et je crois que je suis fondé à le désirer, et que i^ous n approuverez pas les mauvais et plats procédés que la famille de M^^ Moufle paroit Iprojeter d'avoir avec moy.

T attends donc polrc réponse pour régler ma conduite dans cette affaire, et vous

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donner des preuves du désir que jay de ne vous pmnt troubler dans les choses que vous apei entamées ayant moy; et que mon prqfet nest point non plus d'aller sur les brisées de M. de Caumartin.

Sqyes[ persuadé, monsieur, que je verray

toujours avee gratid plaisir les occasions

d'en agir loyalement apec vous et de vous

prouver l'amitié sincère que j ay pour pous .

Louis de Bourbon.

Nous ignorons quels droits avaient M. et M"** de

Aîailly sur M"*^ Moufle; mais voici à quel titre Louis Petit de Bachaumont était cousin 4u comte de fiilly : Charlotte Jeanne de Billy, sœur du comte de Billy père, avait épousé en 1688 Charles Petit de Bachaumont, auditeur des comptes, lequel mourut en 17x6, laissant un fils unique qui est notre Bachaumont, auteur des Mémehres xecrets et rédempteur de la Colonne de Soissons.

Voici maintenant comment M. Gilbert était oncle et tuteur de M. Cauûiartin : Pierre Gilbert, seigneur de Voisins, avocat-général, puis

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ftéàésat du Gfwid CoaBell, cr Antoine-X.oats

Le Fèvre de Caumartin , père du futur de M"^ Mouâe, avaient ^usé les deux sœurs , âiies de Paul de Fieubet, Maître des Requêtes.

M"*^e Voisins, belle-fille de M. Gilbert, est Marie Marthe de Cotte, fille de Farchitecte, Intendant des BàtUoenti du Roi, et kauat de Pierre» Paul (Hlbert de Voinnsi président au Parlement^ fils du précédent.

RérONSE DE M. LE COMTE D ARGENSON A S. A. S. MONSEIGNEUR LB COMTE DE CLERMONT

Da Pftm, le 6 juin 1749.

Monseigneur, La lettre que je reçois de Votre Altem

Sérénissime est pour moy un noupeau témoignage des bontés dont elle m honore, et je ne saurais lui exprimer combien j'en suis pénétré. J'y r^mnois, en même temps.

PlSKtteB PABTIB

toute la droiture de son cœur et toute l élévation de son âme. Je suis véritablement peiné de la situation oii je me troupe sur ce qui regarde l'affaire qui s'est proposée pour M> de Billy. Je sais combien ses qua- Utés personnelles et sa naissance comporteroient un pareil avantage ou un plus grand, et la bienveillance dont V.A.S.

Ihonore me porteroit à m'y intéresser moy-même. Mais il est vrai que bien au-par avant qu'il fût question pour luy de cette affaire, elle se traitoit pour M. de Caumartin, que la proximité du sang et des liaisons intimes de famille m'ont fait regarder comme mon propre fils depuis qu'il a perdu son père.

V. A. S. sait que dans la négociation d'un mariage, surtout lorsque différentes personnes s en mêlent, il peut y avoir bien des circonstances et des situations différentes, et je ne puis répondre que de ce qui me regarde particulièrement. Ce que ie puis

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dire, c'est que je rtay jamais perdu de pue celle dont il s'agit pour M. de Caumartin, que plus dt une fois je m en suis ainsi expliqué, et que les relations où jétois pour y parvenir n'ont jamais cessé avec moy.

Aujourd'hui que la famille de la demoiselle et de M. Moufle lid-mêmey est entièrement disposée, V. A. S. a la^bonté de vouloir n'y point mettre d'obstacle, et cette bonté va jusqu'à me faire l'honneur de me marquer quelle cède Af'^ Moufle à M. de Caumartin et quelle ne la cède qu'à luy.

C'est, monseigneur, mettre le comble à l'extrême reconnaissance que nous vous devons, et pouloir que nous tenions de vous tout l'avantage que M. de Caumartin pourra trouver dans cet établissement* Tay l'honneur de vous en rendre de trèshumbles actions de grâces, non-seulement pour M. de Caumartin et pour tous ceux à qui il appartient, mais pour moyen particulier, en vous renouvelant les assurances

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