‹ Le comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses: lettres familières, recherches et documents inéditsChapitre 17 sur 50 · CAMPAGNE DE HANOVRE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE HANOVRE

Janvier 1758. — Gazette de France du 21 : Le roi a nommé M. le comte de Clermont, prince du sang, pour commander l'armée du maréchal de Richelieu, qui demande à revenir ici pour sa santé... Le Prince est aimé des troupes, il a servi sous le maréchal de Saxe. Il n'a fait, à la vérité, que des sièges ; mais il aura avec lui M. de Chevert, M. de Saint-Germain et autres des plus habiles lieutenants généraux, dont il écoutera et suivra les conseils. On dit que le roi lui a dit qu'il comptait qu'il rétablirait la discipline dans ses troupes, où elle est mal exécutée. Il doit partir incessamment, malgré la rigueur de la saison. Depuis le 20 de ce mois, le froid est excessif, et il doit être plus violent en Hanovre, où est le quartier général.

(Journal de Barbier.)

TROISIÈME PéRIODE Io5

FÉVRIER 1758. — Ce mardi, i«' février, M. le comte de Clermont, prince, est parti vers midi pour se rendre à Tarmée de Hanovre, à trente-cinq chevaux de poste. Il emmène avec lui l'abbé Le Maire, qui a été employé pour négociations en Allemagne.

(Journal de Barbier,)

Année 1758. — Dès le commencement de .l'année, le maréchal de Richelieu avait remis le commandement au prince de Clermont, qui avait trouvé les troupes dans le plus mauvais état. Le marquis d'Havrincourt, ambassadeur de France à Stockholm , en parle de la manière suivante dans une lettre qu'il adressa au marquis de Montalembert : « Le prince de Clermont a a reçu Tarmée dans un désordre inconcevable ; il n'y a ni c( règle ni ensemble dans la disposition des troupes en quartier, « poiht de prévoyance pour l'avenir... finalement on y manque (c de tout. » Le prince de Clermont écrivit lui-même au roi cette lettre singulière : a J'ai trouvé l'armée de Votre Majesté « divisée en trois corps très-différents. Le premier est sur la a terre : il est composé de voleurs, de maraudeurs, tous gens a déguenillés depuis les pieds jusqu'à la tête ; le second est « sous la terre, et lé troisième dans les hôpitaux. » Il demandait ensuite des instructions pour savoir s'il devait ramener' le premier corps ou s'il devait attendre qu'il fût allé rejoindre les deux autres.

(Archenholtz, Guerre de sept ans.)

Février ij^i,^ Extrait i* une lettre de Brime du x^^ftmer: « Nous venons de bire ime route de vingt-six jours de marche où nous avons beaucoup souffert par la rigueur de la saison, et nous sommes en quartier d'hiver dans Brome, où vous avez su que Ton est entré malgré les habitants : Ils en ont été surpris, puisqu'ils avaient donné cent mille écus à l'avide maréchal qu'on

heureusement rappelé {le maréchal de Richelieu), pour être exempts de logement et conserver leurs libertés comme ville hanséatique. Il a reçu aussi cinq cent mille livres des Hambourgeois ; enfin il a grappillé ou pour mieux dire volé de toutes parts. Il a fait, de même que son cher fils, des bassesses inouïes pour avoir de l'argent. »

— Extraiu d*unt lettre écrite de Hanovre, le 7 février : c Vous . savez sans doute que le maréchal de Richelieu nous quitte et qu'il

est remplacé par M. le comte de Clermont; nous attendons ce prince vers le lo. On dit qu'il apporte une augmentation de pain pour le soldat et d'appointements pour l'officier, ce qui, joint aux arrangements qu'on prend pour que la viande, le pain et le vin soient à très-bon marché pendant toute la campagne, doit mettre l'infanterie à son aise. Ce début était nécessaire pour le rétablissement de la discipline ; mais qu'on ne croie pas avoir tout fait au moyen de ce traitement et en faisant casser et pendre tout homme en faute. Il est nécessaire encore de ranimer l'émulation, qui est entièrement éteinte dans l'officier, et de déraciner chez lui le mépris des devoirs de son état, une mollesse et une insubordination épouvantables; mais cela tient à tant d'autres choses que je n'ose presque pas l'espérer.

— a On dit que l'augmentation de paye et de pain pour les troupèsn'aura paslieu ainsi qu'il avait été dit et que M. de Mont-

martel (Piris) Tavait assuré et en avait donné sa parole à M. le comte de. Clermont. Elle ne se trouve, pas du. goût de M. Duvernay (Paris), On ne serait pas surpris de voir revenir M. de Clermont, qui en sera très-mortifié, s'étant chargé d'annoncer à son arrivée à l'armée cette douceur. Comment ces deux messieurs frères s'en tireront>ils vis-à-vis de ce prince du sang?»

{Portefeuille du comte d'Argenson. Inédit.)

FÉVRIER 17(8. —' Le maréchal (de Richelieu) apprit que M. le comte de Clermont venait prendre le commandement de l'armée et y réparer la discipline et le désordre. Le Prince arriva eo effet dans la ville de Hanovre, où M. de Vogué, maréchal de camp, qui y commandait, le reçut ; car M. le maréchal, ne voulant pas Tattendre, était parti la veille...

M. le comte de Clermont ne connaissait point le terrain; lès personnes qui l'approchaient le plus, et que je ne nommerai point, n'avaient nulle intelligence et étaient peu propres â inspirer à ce prince les choses indispensables... Il fallait profiter de la gelée pour faire rétrograder notre artillerie et tout le parc, et établir un dépôt sur le Weser, qui assurait toujours notre retraite. Les hôpitaux généraux n'auraient pas dû y rester. Il y avait de gros magasins de fourrages que nos escadrons des flancs et des derrières pouvaient et auraient dû consommer pour ne pas faciliter la marche des ennemis...

Le comte de Clermont savait en arrivant que, s'il était attaqué, il abandonnerait cette partie-là. Nos quartiers étaient en l'air ; les soldats succombaient de fatigue ; les hôpitaux, faute de soins et d'argent, étaient très-mal servis; et ces beaux bataillons, victorieux tr<H& mois auparavant, couvrant cent ciqquante

lieues de pays qa'ils venaient de conquérir, disparaissaient, sans secours^ sous la pelle des fossoyeurs.

{SoBvenirs du marqais de Valfons.)

Mars 17(8. — Les nouvelles de Tarniée sont mauvaises. Les troupes du roi de Prusse, avec les Hanovriens,ont surpris un de nos quartiers et ont presque taillé en pièces ou fait prisonniers le régiment de Lorraine et un autre, de façon que l'on croit que Tarmée commandée par M. le comte de Clermont, prince, prend le parti de se retirer sur les derrières, d'autant que nous avons beaucoup de malades dans les hôpitaux et qu'il a trouvé fort peu de discipline dans les troupes. Cette nouvelle afflige les bons citoyens, qui voient que nous sommes moins avancés qu'au commencement de Tannée dernière, après avoir perdu bien du monde et dépensé beaucoup d'argent.

(Journal de Barbier.)

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