‹ Le comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses: lettres familières, recherches et documents inéditsChapitre 32 sur 50 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MONTDOR, Mme AMARANTHE, ÉLIZE, THÉNÉRITE.

MONTDOR , entrant dans le bosquet.

Eh quoi Tmesdames, toutes les trois toutes seules? Pas un seul homme ! Voilà une disette insoutenable. Que sont donc devenus ces messieurs ?

Mme AMARANTHE.

Les hommes sont à présent pires que les femmes. Ils ne sauraient se lever ni sortir de leur toilette; et 'quand ils paraissenty à trois heures après-midi, il faut leur savoir gré de leur extrême diligence.

ÉLIZE.

Mais quand on se couche tard, il n'est ^ pas possible de se lever matin.

MONTDOR.

Mademoiselle a raison.

Mme AMARANTHE.

Mademoiselle a tort. Il n'y a qu'à se coucher de bonne heure, comme on faisait de mon temps, et on se lève matin.

Ah çà! n'allez-vous pas gronder ces demoiselles? Battez-moi plutôt.

Mme AMARANTHE.

Oui, je vous battrais de bon cœur pour vous apprendre à être toujours de leur avis et à les gâter comme vous faites.

MONTDOR (se jetant aux genoax de M^ Antaranthe). Eh bien! oui, tante adorable^ battez-moi.

{En prenant la main deM^ Amaranthc et se souffletant avu.) Oui, donnez-moi cent soufflets.

Mme AMARANTHE.

Pour cela vous êtes insupportable. Votre fureur est de me faire rire quand je veux être en colère.

MONTDOR.

Eh bien, mesdemoiselles, que ferons-nous aujourd'hui? nous ne jouerons donc jamais la comédie ?

THÉNÉRITE.

Mais vous savez que depuis trois mois que nous sommes ici nous en périssons d'envie.

ÉLIZE.

Pour moi, je me suis tuée à apprendre cinq ou six rôles dans cinq on six pièces différentes.

THÉNÉRITE.

Et moi de même.

Mme AMARANTHE.

Hélas! oui» pour mes péchés ; elles n'ont fait qu'apprendre des rôles.

MONTDOR {sautant au cou de M^ Amaranthe).

Ah çâ ! notre chère tante, ne vous fâchez pas.

ÉLIZE;

Mais comment voulez-vous qu'on joue une pièce quand

personne ne veut s'y prêter ? Mme Araminte, par exemple, qui

avait appris un rôle dans les Pricieases ridicules^ nous avait

promis de venir à la campagne. Eh bien, elle qous mande de

jour en jour qu'elle a des affaires qu'elle ne peut pas remettre^ qui l'empêchent d'arriver. Sans cela, nous aurions pu jouer cette pièce.

THÉNÉRITE.

Oh ! pour cela, il est vrai que M"^^ Araminte est insupportable. Elle s'engage à tout, veut être de tout, et malgré cela ne se prête jamais à rien.

MONTDOR.

Doucement, doucement, je veux prendre son parti. Elle a des affaires très-considérables et qu'on ne peut retarder. Vous savez que le chevalier lui a tourné casaque; elle s'est rejetée sur le comte, qui, entre vous et moi, n'en veut point. Or jugez si une femme a un instant à elle quand elle veut prendre un amant malgré lui et malgré ses dents. Vous voyez bien qu'il ne faut pas condamner les gens sans les entendre ni sans savoir les choses.

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