‹ Le comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses: lettres familières, recherches et documents inéditsChapitre 41 sur 50 · FIN DE LA FEMME FIDÈLE · texte numérisé non relu

FIN DE LA FEMME FIDÈLE

LA BIBLIOTHÈaUE DE MADEMOISELLE LE DUC

La bibliophilie était de mode parmi les femmes de qualité au milieu du XVI II® siècle. La marquise de Pompadour, la comtesse de Verrue, avaient mis ce goût en faveur, et il n'était grande dame ou danseuse qui ne montrât avec complaisance, à côté d'un boudoir discret, décoré sur les dessins de Meissonnier ou de Boifrand, une mignonne bibliothèque, où les coquettes reliures de Pasdeloup étincelaient sous leurs dentelles d'or à petits fers, MU^ Le Duc , bien que son éducation première eût été, comme nous l'avons vu, fort négligée, ne laissa pas échapper cette nouvelle occasion de suivre (de loin) les traces de la favorite. Nous avons sous les yeux le catalogue manuscrit de sa bibliothèque, rédigé par Prault en 1757. C'est un beau volume in-4®, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Arsenal sous le numéro 862. HisL Fr. La reliure, en maroquin rouge^ est estampée d'une riche dentelle encadrant aux quatre angles les armes parlantes de la marquise de Tourvoie : une tour soutenue d'une terrasse ou d'une face abaissée, qui symbolise sans doute ici une voie, comme la face on-

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dée symbolise souvent une rivière. Sur la première feuille on lit : Catalogue des livres de la Bibliothlque de mademoiselle Le DuCj dressé par PrauUps atni^ libraire, quai Conty, PanSy 1757. Le volume se compose de 225 pages, d'une belle écriture de copiste. Nous n'y avons trouvé aucune indication relative à notre héroïne, pas même une ligne de sa main.

Ce catalogue comprend 914 articles, représentant environ 3,000 volumes. Presque toutes les branches de la bibliographie, depuis les livres de piété jusqu'aux facéties et aux contes erotiques, s'y trouvent— fort inégalement — représentées; mais les romans et les pièces de théâtre y figurent en grande majorité. Les vieux auteurs gaulois y occupent une place honorable, ce que l'on doit attribuer sans doute à l'influence personnelle de Prault, qui reçut en gros l'ordre de former la bibliothèque, et qui s'acquitta de cette commission en amateur intelligent, tout en sacrifiant, comme de juste, aux goûts particuliers de sa cliente , car il prit soin de ramasser à peu près toutes les nouveautés de la littérature légère et galante du temps. Ainsi étaient composées du reste toutes les bibliothèques de femmes, à quelque classe qu'elles appartinssent, fussent-elles princesses, Âissent-elles même reines de la main gauche ou de la main droite. Aussi ce catalogue offre-t-il une frappante analogie avec celui de U^ Du Barry, également conservé en manuscrit à l'Arsenal, et avec ceux des bibliothèques particulières de Marie^Antoînette, publiés dans ces derniers temps par MM. Paul Lacroix et Louis Lacour.

Nous ne pouvions songer à reproduire in extenso ce gros in-40 à la suite de notre petit livre, mais il nous a paru intéressant d'en analyser brièvement les grandes divisions, en faisant ressortir les articles piquants à divers titres. Il est à remarquer que la plupart des volumes sont indiqués en maroqvm^ avec filets ou dentelle, et aux armes.

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