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Lorsque le comte de Falloux mourut, je fis sur son œuvre et son caractère un article où, sans trahir la vérité, je donnais à Téloge et à la charité si large part, que bon nombre de catholiques me le reprochèrent. — Il est bien de baisser le fer, me disaient-ils, si Ton n'a que des injures personnelles à venger, mais quand celui qui disparait a été rhomme d'une école dangereuse, quand il a faussé les faits et les doctrines, quand il laisse des écrits et des disciples, c'est un tort de ne pas rappeler sans réticence tout le mal dont il répond.
Je ne me défends ni ne me repens d'avoir eu cç tort-là. J'avais tant combattu M. de Falloux vivant, et j'étais si disposé à croire qu'avant de mourir il s'était avoué, non pas ses fautes, ses erreurs et ses vilains calculs, mais, au moins, l'impuissance de ses efforts, que je craignais d'être trop sévère en faisant de lui pleine justice. Il me semblait que ce serait frapper un vaincu et peut-être un repentant.
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Sans doute, il avait laisse des Mémoires* et d'après le principal organe de son école et de son groupe, le Figaro^ il s'y vengeait de ses ennemis et surtout de ses déceptions. Fallait-il prendre à la lettre ee propos? Ne convenait-il pas,ttu contraire, d'espérer que le cpmte de Falloux, éclairé par l'ftge, la maladie, les deuils, la ruine de ses espérances politiques, l'avortement de toutes ses ruses, n'aurait rien voulu laisser derrière lui qui ne fût digne d'un chrétien ? Et, d'ailleurs, s'il y avait trop de naïveté dans cette attente, ne serait-il pas toujours temps d'opposer le vrai au faux ?
Il en a été ainsi. Les Mémoires d*un royaliste ont paru. « C'est une œuvre de mauvaise foi, » ai-je écrit tout de suite, après les avoir parcourus. Ce jugement, contre lequel on s'est d'abord élevé, j'en ai fourni les preuves, et devant elles les amis de M. de Falloux ont usé de l'équivoque ou se sont tus. J'ai fait justice des équivoques, et je prends acte du silence comme on prend acte d'un aveu.
En commençant ce travail, je voulais m'en tenir à peu près uniquement à ce qui touchait Y Univers et Louis Yeuillot. Mais j'ai vite reconnu que pour bien réfuter M. de Falloux, pour bien mettre en évidence sa duplicité, pour bien montrer le dan-
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ger de ses doctrines, il fallait étudier toute sa vie politique et faire l'histoire des questions qu'il avait faussées. Si ce n'était pas entreprendre l'histoire même du parti catholique et un peu celle du parti royaliste de 1846 à 1873, c'était en préparer sur divers points les matériaux. Il en est résulté qu'au lieu d'écrire seulement, selon mon premier projet, quatre ou cinq articles de longueur raisonnable, j'ai écrit tout un volume. Les amis de M. de Falloux m'y ont aidé en me forçant, par de maladroits essais de défense et de discourtoises réclamations, à développer ce qu'il m'avait d'abord paru suffisant d'indiquer.
Nos adversaires, quelques neutres et de bonnes âmes si amoureuses de la paix qu'elles donnent toujours tort à celui qui se défend, car il suffirait qu'il laissât le champ libre à l'erreur pour qu'il n'y eût pas guerre, m'ont reproché de m' être bien longuement occupé des Mémoires d'un royaliste^ l'œuvre d'un mort, et d'y avoir mis excès de sévérité. Peut-être, en efiet, ai-je été trop long, mais je suis sûr de n'avoir pas été trop sévère. Quant à l'objection de la mort, c'est faire, hors de propos et sans justice, du sentiment.
Si M. de Falloux est mort et si la plupart de ses
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écrits avaient cesse de TÎvre avant loi, ses restent, et son « école », bien qoe malade et déconsidérée, s'agite encore. J'en pourrais donner diverses preuves ; mais celles que fournissent les Mémoires d'un royaliste et le parti qu'on a voulu en tirer me suffisent. En défendant, avec documents à l'appui, Louis Yeuillot, son œuvre, ses doctrines, ses amis, le comte de Chambord et Pie IX, j'ai servi la justice et l'histoire. Il y a maintenant sur le livre posthume de M. de Falloux des ratures qui resteront. Je n'admets pas qae ces ratures soient entachées d'extrême dureté. Je tiens en cette ma* tière, comme en beaucoup d'autres, pour les classiques, et Boileau appelant Rolet un fripon me dit d'appeler l'auteur des Mémoires Hun royaliste un fourbe. Du reste; je n'ai pas attendu que cet adversaire fût mort pour le traiter selon ses œuvres. Par exemple, voici ce que je dus lui dire dans VUniifers du 6 décembre 1883 :
(c M. de Falloux vient de publier un long article anonyme sur la Correspondance de Louis Veuillot, Naturellement cet article est déloyal : lingua falUuc, Le mot est vieux, mais les choses vieilles qui restent vraies restent bonnes, et ce mot est ici d'une vérité absolue. La déloyauté et M. de Falloux sont,
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en effet, tellement anis, qu'on ne peut avoir affaire à celui-ci sans rencontrer celle-là. Il nous le prouve de nouveau, d'abord en se réservant de renier l'article qu'il a dicté, puis en reproduisant de vipérines allusions vingt fois réfutées.
a Non seulement il n'étudie pas la Correspond dance de Louis Veuillot en elle-même, mais il ne tient compte ni des faits racontés, ni des dates, ni des circonstances, ni des personnes auxquelles les lettres sont adressées; s'il parle de l'œuvre littéraire, c'est à la hâte, sans y attacher d'importance, et seulement pour se conformer aux exigences du sujet ; il ne cherche pas même à montrer, ,dans cette correspondance intime, tout l'homme. Les vues d'ensemble échappent à ce sectaire sans doctrine. Son travail consiste à prendre çà et là quelques phrases, quelques mots qui, séparés de l'ensemble et méchamment commentés, peuvent prêter à l'argutie, à l'injure, à la calomnie. Tel a toujours été le caractère des polémiques de M. de Falloux. D'autres combattent les idées ; lui, il veut abaisser l'adversaire. Connaissant les écrivains qu'il patronne et se connaissant lui-même, il ne peut croire que l'on serve une cause par principe et par amour. Il voit partout des ambitions person-
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