FALLOUX
P. "S. — Je m'en repo3e sur vous pour mettre cette seconde lettre, comme la première, sous les yeux de X., dont je regrette l'absence , et sous les yeux de vos amis.
Voici la réponse. que reçut M. de Falloux :
14 janvier 1872.
Monsieur le comte,
Votre lettre du 11 ne m'est arrivée que vendredi soir. Hier, j'ai été forcé de m'absenter toute la journée ; il m'a donc été impossible de vous répondre plus tôt.
Selon votre désir, j'ai communiqué votre lettre àX..., et je la mettrai sous les yeux de nos amis ; sans les voir, je puis vous dire qu'ils approuvent en tout le manifeste de Chambord ; VÉtoile le défendra toujours en évitant, autant que possible, toute personnalité blessante.
Vous savez mieux que moi, Monsieur le comte, que si les députés aux Etats généraux étaient restés fidèles à leurs mandats, et ne s'étaient, au mépris de l'autorité royale, érigés en Assemblée constituante, la France ne serait pas dans l'état déplorable où elle est aujourd'hui.
Malheureusement, Monsieur le comte, je ne puis avoir ni la prétention ni Tespérànce de vous amener à ce que je crois être la vérité politique.
Vous m'avez dit un jour que vous comptiez
sur toutes vos erreurs pour vous faire ouvrir la porte du ciel, tellement pure avait toujours été votre intention.
Veuillez croire que la mienne ne le cède pas en droiture à la vôtre ; mais je vous avoue que mon intelligence se refuse à comprendre l'utilité qui peut résulter pour la monarchie et la France de faire sans cesse ressortir les prétendues fautes du Roi» d'attaquer son jugement, sa personne, et de rejeter sur lui toute la responsasabilité de la conduite des princes d'Orléans.
Pouvez-vous, Monsieur le comte, trouver cette conduite droite et loyale ?
Le petit- neveu de Louis XVI, le fils de Madame, a-t-il des conditions à recevoir des petits-fils de Philippe-Égalité, des fils de Louis- Philippe ? Le généreux pardon- du Roi ne devrait-il pas leur suffire? Est-ce en restant révolutionnaires, tout en réservant leurs droits de princes du sang, qu'ils sauveront la France ?
Merci, Monsieur le comte, de la cordialité avec laquelle vous voudriez ouvrir mes yeux à la lumière ; la vérité est une; dire respectueu-
sèment au Roi sa pensée est un devoir, médire de lui est tout autre chose.
Je ne puis me persuader que lorsque, de l'exil il s'est prononcé et a tracé la route, la meilleure manière de rétablir l'autorité en France, c'est de l'attaquer et de lui lier les mains avant qu'il ne tienne les rênes du gouvernement.
Agréez, etc.
Un vénérable ecclésiastique de TOuest nous a adressé les renseignements suivants sur Taction que M. de Falloux exerça autour de lui pendant le Concile :
Dans ce pays du Craonnais, il avait pei^idant le Concile monté la tête à une foule de pauvres gens, à un tel point qu'on pouvait craindre une révolte formelle. J'allai prêcher dans une paroisse la première communion des enfants. Un grand ami de Falloux, mon ancien camarade de collège, vint me chercher à la gare voisine.
« N'allez pas nous prêcher le Pape, dit-il aussitôt. Je vous connais^ vous êtes de VUnwers ;îe vous jure que si vous nous dites un mot du Pape dans vos sermons, je prends la parole et je vous arrête. » Je le calmai un peu en lui pro-
mettant de prêcher Notre-Seigneur Jésus-Christ et non point son Vicaire, puisqu'il s'agissait de la première communion des enfants.
Ce disciple de M. de Falloux ne fut pas seul à montrer alors de tels sentiments. Il y a beaucoup à dire -^ et il faudra que ce soit dit — sur la fâcheuse action qu'exercèrent en France pendant le Coucile les adversaires de la définition de rinfaillibilitë.