Voir Clément, IIP
même; à peine, en 1680, trois ou quatre propriétaires de fiefs, comme Sorel, Repenligny, Varennes, s'engageaient à garantir cinq cents livres par an à leur curé, si l'évêque voulait le fixera; cette bonne volonté paraît exceptionnelle, et Frontenac, comme ennuyé de se heurter à l'apathie générale, ne dit plus rien désormais de la question; bien mieux, le 23 décembre 1680, jour où le Conseil doit s'occuper des dîmes, il ne vient pas à la séance, malgré l'invitation spéciale qu'il a reçue; on dirait qu'il est découragé d'engager à nouveau une partie que l'évêque doit gagner à coup sûr.
Il y aurait bien une manière de régler la difficulté, sans demander aux habitants ce qu'ils ne veulent pas donner : il suffirait que l'évêque consentit à doter les cures sur les fonds du séminaire après avoir fixé les curés, et c'est peut-être ce que Frontenac entend quand il dit qu'un curé sédentaire ne coûterait pas plus qu'un missionnaire ; mais ce serait exiger de Laval qu'il travaille lui-même à diminuer sa situation, ainsi que celle du séminaire; ni les administrateurs du Canada, ni la cour n'ont jamais explicitement formulé pareille proposition; d'ailleurs l'évêque avait, en 1680, donné tous ses biens à la compagnie des Missions Étrangères de Paris, demandant seulement qu'elle en employât le revenu pour le séminaire de Québec; il n'avait donc plus rien à lui, et, même moins défiant du pouvoir civil, n'eût plus été maître d'employer les fonds de son séminaire, puisque l'union de 1675 en avait confié la gestion aux supérieurs de Paris. En 1682 seulement, le séminaire de Québec reçut le droit de disposer de ses revenus et de nommer son supérieur, sauf ratification de la maison mère ^. Le roi, d'autre part, aurait pu se charger entièrement de l'entretien des curés canadiens. Il n'en fit rien, Colbert jugeant sans doute inutile de grever les finances du royaume de dépenses auxquelles les habitants et le séminaire devaient fournir, en principe, sans aucune subvention métropolitaine; il ne songea pas non plus, semble-t-il, à faire répartir par un administrateur civil les sommes que le trésor donnait chaque année pour le service du culte dans la Nouvelle-France; cette libéralité, dont le montant variable était versé à l'évêque, était d'ailleurs toute précaire, et