La Tour, Vie de Laval
l'allocation fixe de 8000, puis de 10 000 livres dont parle le P. Charlevoix ^ doit se rapporter à l'époque de M^'"" Saint- Vallier, qui n'avait point sur l'administration ecclésiastique du Canada les mêmes idées que son prédécesseur.
Un dernier moyen s'offrait de faire desservir toutes les cures canadiennes sans qu'il en coûtât rien au roi; les Récollets proposaient de remplir gratuitement les fonctions curiales dans toutes les paroisses où l'on voudrait bien les accepter. Revenus depuis peu d'années en Amérique, ces religieux avaient reçu quatre postes de mission : Trois-Rivières, l'île Percée, au sud de l'estuaire du Saint-Laurent, la rivière Saint-Jean, enfin le fort Frontenac ^ ; ils avaient encore un petit couvent dans le bas Québec. Frontenac avait pour eux la plus grande bienveillance, il les louait de leur empressement à remplir les devoirs ordinaires du sacerdoce au milieu des Français; il les opposait souvent aux Jésuites, qui n'aimaient que les missions lointaines; il s'occupait, en qualité de syndic, de leurs affaires temporelles, car ces religieux ne pouvaient transiger eux-mêmes ^ : c'est à ce titre qu'il accepte en leur nom une concession de La Salle, au bord du lac Ontario (1677).
Tout modestes qu'ils fussent, les Récollets ne manquèrent pas d'exploiter la protection du gouverneur; ils agissaient à Paria dès 1677 pour faire agrandir leurs établissements, puisque Dudouyt * informe Laval de leurs démarches, lorsque une aventure arrivée à l'un des leurs, le P. Eustache Maupassant, retarda leurs progrès. Nous ne savons exactement ce que l'on put reprocher à ce Père, qui avait sans doute le tort principal d'être le directeur spirituel de Frontenac. La Tour parle d'un éloge funèbre, en chaire, du fils du gouverneur, tué en combat singulier, mais il ajoute que cette circonstance pouvait n'être point connue au Canada, ce qui enlève au discours du P. Eustache toute portée de scandale; il est donc plus vraisemblable qu'il s'agit de certains désordres de la maison du gouverneur, et du mauvais accueil qu'auraient reçu des observations de l'évêché, par la maladresse
1. I, 342. Cf., pour commenter ce passage qui n'est pas tout à fait précis, La Tour, p. 149 ss., et La Potherie, l, 236.