Ar. col., C. G. Can., V
Téganissorens ' ; il y avait noué des relations personnelles avec plusieurs chefs, notamment Garakonthié, depuis longtemps converti au christianisme, et qui mourut probablement vers la fin de son premier gouvernement^; il avait, à la manière indigène, adopté pour fille la sœur de Téganissorens. Ces voyages réguliers au fort étaient des plus nécessaires au maintien de la paix entre Français et Iroquois; ceux-ci, en eflet, devenaient tous les jours plus dangereux; depuis leur victoire sur les Andostagués, les plus tenaces de leurs ennemis, ils montraient une grande insolence; les Tsonnontouans, surtout, parlaient d'attaquer nos alliés, puis les Français eux-mêmes; ils déclaraient vouloir détruire le fort du lac Ontario; ils menaçaient de mort leur missionnaire, le P. Garnier. Dans l'hiver de 1675-1676, ils envoyèrent une ambassade aux Hurons de Michillimackinac, pour solliciter leur concours dans une expédition contre les Nadouesioux. « Nous craignons, écrivait à ce propos un missionnaire, que sous cette belle apparence, ils ne cachent un autre dessein, qui est d'attirer en leur pays tous nos sauvages. » Après chaque campagne, ils réparaient leurs pertes par des adoptions; en deux ans, d'après le P. de Lamberville, ils auraient ainsi gagné neuf cents guerriers^. Il est donc indispensable de vivre en bonne intelligence avec ces puissants voisins, sans pourtant leur laisser supposer qu'on les redoute ; une guerre avec eux n'aurait pas été seulement, comme le disaient les Pères, la ruine des missions pour de longues arinées; Frontenac « en prévoyait les mauvaises suites, sachant que, si une fois elle s'allumait, on ne l'éteindrait pas de sitôt* »; et le Canada ne disposait point de ressources suffisantes pour la soutenir longtemps. Au fort Frontenac, Français et Iroquois se mêlaient sans cesse, sans méfiance les uns des autres : dans l'été de 1682, La Forest, qui commandait au fort, traversait le lac Ontario pour aller réclamer chez les Onnontagués la restitution de marchandises volées ; or à ce moment, la guerre semblait prochaine; la démarche de La Forest indique pourtant qu'on ne considérait point comme dérai-