‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 20 sur 378 · Ar. coi., G. G. Can., III · texte numérisé non relu

Ar. coi., G. G. Can., III

3. Talon dit ici : « J'ai fait partir » : il y eut, en effet, à ce sujet, quelques ■difficultés entre le gouverneur et l'intendant. Celui-ci n'aurait pas fait connaître à Courcelles toutes les instructions de Saint-Lusson (Ar. col., G. G. Can., 111, 190), craignant que le gouverneur, s'il les apprenait, n'entravât l'expédition. — Saint-Lusson aurait-il été chargé d'une enquête confidentielle sur les missions des Jésuites? On sait que Courcelles était mieux disposé pour les Jésuites que Talon.

semble indiquer que La Salle soupçonnait déjà la direction véritable du Mississipi.

Le voyage de Saint-Lusson nous est entièrement connu ' : parti en juillet 1670, le convoi resta quelque temps à Montréal; puis on s'arrêta pour hiverner sur les bords du lac Huron, et c'est seulement au printemps de 1671 que l'on atteignit le Saut-Sainte- Marie, c'est-à-dire le détroit qui joint le lac Supérieur au lac Huron; il y avait là, déjà, une mission de Jésuites, centre de leurs prédications chez les nations outaouaises. Quatorze peuples envoyèrent des ambassadeurs à l'assemblée convoquée par Saint- Lusson, et qui eut lieu le 14 juin. Le P. Allouez ouvrit la séance par un éloge du roi, « le capitaine des grands capitaines... qui a des villes à lui plus que vous n'êtes d'hommes dans tous ces pays, à cinq cents lieues à la ronde »; Saint-Lusson ajouta quelques paroles, « d'une façon guerrière et éloquente », puis on planta les armes du roi, au feu de la mousqueterie, au chant du Te Deum. Nicolas Perrot, déjà connu par ses courses en pays sauvage -, assistait à la cérémonie comme interprète. Jolliet signe également comme témoin ^. Son œuvre achevée, Saint-Lusson regagna Québec. Talon avait hâte d'être fixé sur la valeur des pays découverts : « On ne croit pas, écrit-il au roi le 2 novembre 1671, que du lieu où ledit sieur de Saint-Lusson a percé, il y ait plus de trois cents lieues jusqu'aux extrémités des terres qui bordent la mer Vermeille ou du Sud... et plus de quinze cents lieues de navigation à faire jusqu'à la Tartarie, la Chine et le Japon. Ces sortes de découvertes doivent être l'ouvrage ou du temps ou du roi *. »

Dans cette même lettre, Talon déclare n'avoir point encore de nouvelles de La Salle, et nous sommes réduits, sur ce voyage, à

1. Voir Nicolas Perrol, chap. XX. — Relation des Jésuites pour 1670-71^ p. 94 ss. — La Potherie, IL chap. XL

2. Perrot se trouvait à MontréaL avec toute une flottille de traitants outaouais, lorsque lexpédition de Saint-Lusson partit. Comme il était allé déjà les années précédentes jusqu'à l'ouest du lac Michigan, qu'il connaissait de nombreux chefs sauvages et parlait leurs langues, il fut adjoint à Saint-Lusson; il devança le gros de la troupe, et c'est à ses négociations préalables avec les indigènes que l'on doit le succès de l'assemblée du Saut- Sainte-Marie. (Voir La Potherie, IL chap. XL)

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