Id., ici., 263, 268, et M. S. M., Mém
après leur échec au fort Saint-Louis, mais ne parlait point de La Durantaye, qui avait ordre pourtant de lui amener des renforts au printemps; le gouverneur craignait un retard de du Lhut, dont le poste était le plus éloigné; pour toutes ces raisons, disait-il, il ne voulait point presser sa marche. L'armée, partie de Québec le 9 juillet, sur une flottille de bateaux plats, s'avança très lentement'. Elle ne quitta iMontréal que le 2" juillet. La Barre avait divisé ses forces en trois corps : Dugué commandait l'avant-garde, composée surtout d'habitants de Montréal; le gouverneur marchait au centre, et d'Orvilliers, capitaine de ses gardes, était à la tête de l'arrière-garde ; les chiffres donnés par les divers documents varient peu; Français et sauvages étaient 1000 à 1200, 6 à 700 habitants, 150 hommes de troupes régulières, et 3 à 400 sauvages habitués*. On comptait sur un renfort d'un millier d'auxiliaires, arrivant du nord et de l'ouest par Niagara. D'après l'intendant MeuUes, qui souhaitait une guerre décisive, le départ de l'armée, sa marche — ou plutôt sa navigation — vers le fort Frontenac, manquèrent de vigueur et d'entrain; La Barre, vieux et malade, devait être porté sur les épaules, pendant les étapes à terre; autour de lui. peu d'animation, peu de confiance, rien qui rappelât l'ardeur des compagnons de Frontenac, lors de leur entrée majestueuse dans les eaux du lac Ontario en 1673. La chaleur était intense; soit pour laisser reposer les hommes, soit pour attendre des nouvelles de l'ouest, les troupes demeurèrent deux semaines au fort Frontenac ; La Barre y passait encore, le 17 août, une revue des sauvages qui avaient suivi l'armée française; on commençait à se demander si la campagne serait poursuivie. Après bien du temps perdu, La Barre, enfin, traversa le lac pour établir son camp à l'anse de la Famine, d'oii l'on est en deux étapes au cœur du pays iroquois. Va-t-il enfin terminer l'expédition par un coup de force? Il en a les moyens, quoique les auxiliaires attendus de l'ouest ne soient pas arrivés, ni même signalés. Mais il n'a pas l'intention de se battre, et, tandis que les troupes se débandent, que les vivres s'épuisent, que les maladies font des ravages, La Barre envoie Lemoyne aux Onnontagués,
1. Lettres de La Barre. Ar. col., G. G. Can., VI, 272, 275, 282.
2. Lettres de La Barre. — Revues au fort Frontenac... IcL, ici., 267,297, et M. S. M., Métn. 174.
porter des propositions pacifiques et ramener le chef Tsonnontouan arrêté à Québec deux mois plus tôt.
Depuis le début de l'année 1684, le P. de Lamberville n'avait rien épargné pour empêcher la guerre; ses conseils n'avaient pas été écoutés. Il était vrai, comme il l'écrivait à La Barre, que les Iroquois seraient insaisissables, ayant derrière eux un vaste pays de chasse où ils trouveraient un asile assuré; mais La Barre, depuis le pillage des canots français, ne voulait plus rien entendre. « Nous étant tous joints, disait-il au ministre à la veille de son départ, nous périrons ou détruirons les Iroquois, car, de paix, il n'en faut plus espérer de gens qui n'en parlent que pour nous tromper avec plus d'artifice, et ensuite nous battre et ruiner en détail. » 11 venait d'expédier cette lettre à la Cour, lorsqu'il reçut de nouveaux avis du P. de Lamberville. Il n'en suivit pas moins son projet primitif. Lamberville, sans se décourager, renouvelle ses instances; il indique même à La Barre que les Anglais, le cas échéant, soutiendront les Iroquois, et que la guerre va prendre ainsi des proportions qu'on ne soupçonnait pas d'abord. On était alors à la fin d'août et les Français, le lac Ontario traversé, campaient depuis quelques jours à la Famine. Lamberville s'entremet activement encore pour obtenir une entente amiable entre La Barre et les Iroquois.
Ce Père jouissait chez les Onnontagués d'une situation personnelle considérable; c'est lui qui était l'intermédiaire de celte nation, non seulement avec le gouverneur de Québec, mais encore avec celui de New-York, et la correspondance que nous possédons aux Archives coloniales montre assez que, pour conserver cette position privilégiée dont il attendait sans doute de grands profits pour la religion, Lamberville ménageait avec un zèle trop égal le représentant du duc d'York et celui du roi de France. Dongan, informé que les Onnontagués conseillés par Lamberville voulaient se porter médiateurs entre La Barre et les Tsonnontouans, délégua dans leur pays un sieur Arnaud, pour leur défendre d'agir ainsi sans son aveu. Cet ambassadeur se trouvait précisément aux Onnontagués lorsque Lemoyne, envoyé de La Barre, y arriva de son côté; l'Anglais, sans perdre de temps,
1. La Barre au ministre, 9 juillet 1684. ~ Lamberville à La Barre, 11 juillet Ar. col., C. G. Can., VI, 284, 533.
avait fait planter au milieu du village les armes du duc d'York, mais par son arrogance il avait mécontenté les anciens; ceux-ci, protestant qu'ils n'étaient pas plus sujets du roi d'Angleterre que du roi de France, prièrent le P. de Lamberville d'écrire à Dongan ce qu'ils pensaient de l'insolence d'Arnaud. Le Père accueillit leur désir, et la lettre où il se fait ainsi l'interprète des Onnontagués, porte la date du 29 août 1684 ^ Il en ressort la preuve que Lamberville admettait alors les prétentions anglaises sur les Iroquois : « Il est vrai, dit-il à Dongan, que vous tenez les Indiens sous votre protection, et que les armoiries de M. le duc d'York le témoignent assez. » Par Indiens, il est impossible ici, quoique le terme ne soit pas ordinaire dans les documents français, d'entendre autre chose que les Iroquois menacés par l'armée de La Barre. Lamberville ajoute que Dongan avait d'abord conseillé aux Iroquois de donner satisfaction à La Barre pour les violences commises, comme lui-même le désirait. 11 est donc probable qu'il s'était servi de l'opinion vraie ou supposée de Dongan pour donner plus de force à ses avis, et presser les Onnontagués de se porter médiateurs.
Entre Arnaud et Lemoyne, la situation de Lamberville était assez fausse; un jour, les deux envoyés se trouvent en présence; après quelques phrases plutôt courtoises, leur entretien tourne vite à la rixe. Le Père avait d'abord tenté de tout ignorer; il fut bien obligé de paraître, et provisoirement apaisa le différend; mais il fallait trouver une solution définitive; les Français étaient à deux journées du village et pouvaient l'attaquer d'un moment à l'autre; d'autre part, si Dongan apprenait que Lamberville avait combattu l'action de son ambassadeur, n'allait-il pas lui retirer cette protection « qui lui donnait part au bien spirituel fait à ces peuples »? Lamberville s'en tira fort adroitement : le langage violent d'Arnaud, dit-il, a certainement trahi la pensée du gouverneur qui l'envoie, puisqu'il tend à rendre la paix impossible entre les Iroquois et les Français et que Dongan lui-même a conseillé cette paix. En séparant ainsi la cause de Dongan de celle d'un représentant trop zélé, le Père peut encourager les Onnontagués à députer quelques-uns d'entre eux à La Barre, comme Lemoyne le réclame. Ainsi, d'une part il ne laisse pas voir à l'envoyé