‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 284 sur 378 · Mém. des guerres de 1682-1112. — La Hontan, lettre XVIII · texte numérisé non relu

Mém. des guerres de 1682-1112. — La Hontan, lettre XVIII

C'est que le gouverneur général espérait, par l'intermédiaire de ce chef indigène, recouvrer l'ascendant qu'il exerçait jadis sur les Iroquois; s'il n'y réussit pas immédiatement, Ouréouharé lui fut pourtant très utile, en obtenant la délivrance de plusieurs prisonniers français et combattant sans relâche les dispositions malveillantes de ses compatriotes '. Monté à Montréal avec Frontenac, en octobre 1689, Ouréouharé reçut, aux côtés du gouverneur, une ambassade iroquoise qui pensait trouver encore Denonville et dont le chef, n'appréciant pas l'importance de ce changement de personnes, se montra fort insolent. Frontenac lui parla comme il convenait, en termes énergiques, et l'arrivée d'un convoi de canots, descendant de Michillimackinac et du Saut- Sainte-Marie, compléta son discours d'un heureux commentaire. Ouréouharé pria ses compatriotes d'annoncer dans leurs villages le retour d'un Onontlo dont ils connaissaient l'affection, auquel lui-même, Ouréouharé, devait sa liberté, et qui était animé toujours des mêmes intentions pour ses enfants; si les Cinq-Nations voulaient députer des ambassadeurs à Montréal, ceux-ci verraient « leur ancien père, venu pour leur donnera téter » [sic). Mais la trahison de Ghampigny, les avantages récemment remportés sur les Français avaient exaspéré les passions belliqueuses des Iroquois; à ces discours pacifiques les anciens répondirent qu'ils ne reconnaissaient plus de père parmi les Français et qu'ils continueraient la guerre; ils tinrent parole, puisque, le 13 novembre, ils lançaient encore un parti contre l'île de Montréal. Pour les dompter, Frontenac entreprit de leur prouver qu'il était plus fort qu'eux, et qu'il restait maître de faire ou non la paix : chaque fois qu'un Iroquois était pris aux environs des habitations françaises, il le faisait mettre en liberté et le renvoyait avec des présents; mais, d'autre part, il avait repris ses relations avec les tribus indigènes du haut pays, et déclarait aux Outaouais qu'il entendait, comme autrefois, rester leur protecteur-; il prétendait montrer aux Cinq-Nations qu'elles ne pourraient plus faire impunément la guerre aux Français, comme à l'époque de Denonville.

Dans l'automne de 1689, du Lhut, parti en exploration avec quelques hommes, avait dispersé une bande d'Iroquois dont plu-

i. Ar. col., C. G. Can., XI, 73.

2. Mém. des guerres... — Lettre de Frontenac du 15 nov. 1689.

sieurs avaient été tués. Mais à Michillimackinac, La Durantaye se maintenait très péniblement; les Outaouais parlaient couramment de traiter avec les Iroquois, et c'eCit été, pour les Français établis parmi eux, l'invasion et la ruine immédiate; le commandant, fort inquiet, avait envoyé JoUiet à Québec pour demander quelques secours; il avait entendu dire qu'un nouveau gouverneur allait arriver, il en espérait mieux, quel qu'il fût, qu'il n'avait obtenu de Denonville. Jolliet vit Frontenac en décembre, mais, malgré le désir du gouverneur de le renvoyer tout de suite, il ne put s'aventurer qu'au printemps, lorsqu'on crut terminée la chasse des Iroquois qui couraient le pays; il annonçait le départ prochain d'un convoi qui apporterait des armes, et devait surtout répandre parmi les Outaouais la nouvelle que le gouverneur était celui même dont ils avaient naguère éprouvé les bienfaits.

Le convoi promis était fort d'environ cent cinquante hommes, commandés par un capitaine réformé, Louvigny; après une escarmouche où d'Uosta, chef d'une escorte de soldats, mit en fuite un parti d'Iroquois, le petit corps gagna sans autre difficulté Michillimackinac, et Louvigny, d'accord avec La Durantaye, finit par persuader aux Outaouais de ne point s'engager avec les Iroquois ^ Aussi bien avait-il pour les décider la meilleure des raisons; les Outaouais n'auraient traité que pour recevoir, par l'intermédiaire des Iroquois et de leurs alliés anglais, les armes, les munitions et aussi l'eau-de-vie que les Français, bloqués dans le bas Canada, ne leur fournissaient plus; du jour où la voie de Montréal redevenait libre, la situation était toute différente, et les Iroquois le savaient bien : voilà pourquoi l'évacuation du fort Frontenac leur semblait si désirable : débarrassés de la surveillance de ce poste et des reconnaissances qui s'y appuyaient, ils passaient sans encombre sur la rive septentrionale de l'Ontario, d'où leurs bandes coupaient d'une série d'embuscades la route de la rivière des Outaouais. Ni Champigny, ni Denonville ne font preuve de beaucoup d'intelligence, lorsque, dans divers mémoires postérieurs à l'été de 1689, ils donnent comme une des causes do nos malheurs la construction de postes trop éloignés, par exemple le fort Frontenac *. Au contraire, la restauration immédiate de ce fort

1. Lettres de Frontenac et mém. de Champigny, iriSy-1690. Ar. col., C. G. Can., X et XI, et M. S. M., Mém. 249. — La Polherie, II, 233-247; 111, 60 ss.

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