‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 322 sur 378 · M^' Saint-Vallier it l'Hôpital fiénéral, p. 102 ss · texte numérisé non relu

M^' Saint-Vallier it l'Hôpital fiénéral, p. 102 ss

2. Extraits des lettres pour 16tl3. Ar. col., C. G. Can., XII, 322. 339. — Cf. lettre de Champigny, 4 nov. dG93. Id., id., 276.

autre manière, enlin certain mémoire de l'abbé Tremblay \ procureur du séminaire de Québec à Paris, qui dit sans mystère ce que le clergé canadien pensait de son évèque, rendent notre hypothèse extrêmement vraisemblable : les partisans du gouvernement ecclésiastique de la Nouvelle-France eurent l'adresse de compromettre, en les tournant l'un contre l'autre, et Frontenac et Saint-Vallier,

D'après sa lettre du 23 octobre 1693, Frontenac est alors encore en bons termes avec l'évèque; Saint-Vallier commence, dit-il, à fixer les cures*, mais il est en différend avec le séminaire; vainement, le gouverneur s'est efforcé de calmer ces discordes : « ces Messieurs, persuadés que le Saint-Esprit leur inspire ce qu'ils pensent, croiraient résister à ses lumières s'ils suivaient les conseils qu'on veut leur donner^. » C'est seulement dans l'hiver suivant que la querelle éclata entre Frontenac et l'évèque ; pendant les mois précédents, on avait mené, dans toute la colonie, une vie très active et très rude ; on redoutait à Québec un débarquement des Anglais, et du côté de Montréal, il fallait épier sans cesse les Iroquois. Puis, comme la récolte avait été bonne, comme la descente des pelleteries de Michillimackinac avait répandu quelque aisance, on compta sur quelques semaines de repos, un sentiment bien naturel de joie s'empara de tous *. Frontenac, qui n'oubliait point quand il en avait le loisir les coutumes de la cour de Versailles, donna plusieurs réceptions, et monta même au château Saint-Louis un petit théâtre, où furent jouées diverses pièces, notamment Mithridate et Nicomède\ c'étaient des personnes de la société qui tenaient tous les rôles.

Un jour, on parla de jouer Tartuffe; à cette nouvelle, tout le clergé de Québec s'émut. Cependant, détail à noter, l'évèque n'agit point le premier, ce fut même son ennemi personnel, l'abbé Glandelet, qui commença la campagne : le 10 janvier 1694, il prononçait à la cathédrale un sermon où il condamnait les comédies sans exception et déclarait coupables de péché grave toutes

{. Publié dans les Archives canadiennes de Brymner. Vol. de 4 887, p. XXXII ss.

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