‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 357 sur 378 · Lettre du 15 oct · texte numérisé non relu

Lettre du 15 oct

-4. Ar. col., 0. d. R., 1698-99, 168. — Jug. du C. S., IV, 348, 362. — Mém. des guerres de i 682-1712.

au château pour aller chercher le gouverneur et l'introduire dans rassemblée.

Les partisans de Vaudreuil, nommé seulement gouverneur de Montréal, furent assez embarrassés; La Durantaye, entre autres, se démit du commandement de la compagnie dont il était capitaine, et sollicita son rappel en France; Ghampigny, dès le milieu de Tannée 1699, était brouillé avec le nouveau gouverneur : « Il ^ débuté à mon égard avec tant de hauteur et d'une manière si désobligeante, écrit-il à la Cour, que je n'avais encore rien vu de pareil ni d'approchant depuis treize ans que j'ai l'honneur d'être intendant en ce pays. » Cependant Callières, remerciant le roi de sa nomination, assurait qu'il aurait à cœur d'exécuter ponctuellement ses instructions en toutes choses, et s'efforcerait de bien vivre « avec tous les honnêtes gens de ce pays, particulièrement M. l'Intendant ». Il n'en soutint pas moins des querelles nombreuses avec Champigny, d'Auteuil et l'évêque Saint- Vallier * ; mais s'il avait quelque chose du caractère hautain de Frontenac, il savait aussi, comme son prédécesseur, diriger les indigènes et la paix de 1700-1701, conclue avec les Iroquois, reste un excellent titre à l'éloge de son gouvernement.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des négociations dont cette paix marque le dernier terme : il suffira de montrer comment elles constituent, en quelque sorte, l'œuvre posthume de Frontenac : Callières, suivant les leçons reçues, ne voulut accepter qu'un traité qui comprit nos alliés de l'ouest, et refusa toujours de considérer les Anglais comme les maîtres des Cinq-Xations. Dès 1699, des Iroquois étaient venus demander la paix à Montréal : mais Callières leur posa des conditions telles, qu'ils demandèrent des délais; pendant tout l'été, nos alliés les harcelèrent, encouragés par le gouverneur qui leur avait permis de se défendre s'ils étaient attaqués et donné l'assurance qu'il n'accueillerait de propositions que venant à la fois des cinq cantons, et n'excluant aucune des nations de l'ouest.

En juillet 1700, les Iroquois sont déjà plus maniables; seuls, maintenant, les Agniers restent hors des négociations; les quatre

1. Lettres et mémoires de i698-1699. Ar. col., C. G. Can., XVII, 36, 57, lOo, 110. — Hisl. de l'Hôtel-Dieu de Québec, 133 ss. — Cf. Suite. V, 144. M. Suite a publié (Mémoires de la Soc. roy. du Canada, 1890, p. 91 ss.) une intéressante étude sur la Famille de Callières.

CALLIÈRES ET LES IROQLOIS 48â

autres cantons, mcme les Onnontagués, recevront les condtions de Callières, qui leur envoie pour négocier sur place le P. Bruvas et deux officiers bien connus des chefs de cabanes, Maricourt et Joncaire ; à ces ambassadeurs, les anciens avouent que Schuyler, agent de Bellomont, voulait empêcher leur descente à Montréal, mais ajoutent qu'ils l'ont éconduit. Quelques semaines suffisent aux représentants français pour rallier la majorité des Iroquois, et l'on décide que l'on se rendra sans plus attendre à l'invitation d'Onontio; les Anglais tentent encore de rompre ces négociations; ils échouent, et, par ironie, les Iroquois font assister leurs députés au Conseil où est prise la résolution définitive. On part, et la menace d'une attaque des Anglais n'arrête personne. A la fin de l'été, la paix était conclue à Montréal; Callières, Gharapigny et Vaudreuil signèrent pour la Nouvelle-France; les chefs Iroquois apposèrent au bas du traité les emblèmes qui leur servaient de cachets. On convint que l'année suivante Français, Iroquois et nations de l'ouest tiendraient une assemblée générale à Montréal. Le P. Enjalran, avec Courtemanche, alla convoquer nos alliés à Michillimackinac, et, sur la demande expresse des Iroquois, des marchandises de traite furent envoyées au fort du lac Ontario : les députés des cantons avaient sollicité l'élargissement de Louvigny, commandant de ce poste, qui avait contrevenu aux ordonnances en leur vendant diverses denrées : rien mieux que cette requête ne justifie les résistances de Frontenac aux instructions de la Cour K

L'assemblée de 1701 fut peut-être la plus imposante de toute l'histoire canadienne : au mois de juillet, des députations arrivaient de tous côtés à Montréal; les Français les accueillaient avec des cris d'allégresse, au bruit des « boites et des canons » ; les chefs étaient invités à la table du gouverneur; on compta bientôt plus de mille indigènes de toutes nations, et la séance plénière fut fixée au 4 août. La mort d'un chef huron alors très dévoué aux Français, le Rat, n'avait fait que resserrer la bonne entente de tous par un échange de condoléances et de remerciements. La Pûtherie, témoin oculaire, nous a laissé de cette journée un récit pittoresque : il montre la grande place déblayée,

1. Lettres des administrateurs. — Mémoires de 1699 et i700, Ar. col., C. G. Can., XVII, 36, 44, 33; XVIII, 3, 63, 90, 139, 146. 150. — La Potherie, IV 115-186.

entourée de branches, encadrée de soldats en armes; au centre, les sauvages, groupés par tribus; sur un côté, l'estrade couverte de feuillage, où étaient assis, autour de Calliéres, Champigny, Vaudreuil, les officiers, nombre de dames; il raconte les politesses d'un Outagami, saluant l'assistance d'une vieille perruque poudrée, qu'il ôtait comme un chapeau, l'empressement des sauvages autour de « trois bœufs bouillis coupés en petits morceaux, festin des plus frugals pour tant de monde », puis les feux de joie, les décharges de mousqueterie, la distribution des présents, fusils, munitions, capots galonnés.

Dans ce décor, si vivant et bigarré, des résolutions graves sont échangées; on convient d'abord d'une paix générale et d'une restitution totale des prisonniers; puis Calliéres expose aux indigènes ce qu'il attend d'eux : ils devront se grouper autour des établissements français, à Saint-Joseph, à Michillimackinac, au fort Frontenac, au fort du Détroit, qui vient d"être rétabli * ; il y aura là des marchandises à des prix raisonnables, et des chefs français pour apaiser les différends. Enfin, si la guerre vient à éclater de nouveau entre Anglais et Français, les Iroquois sont invités à n'y point prendre part. On tomba d'accord sur tous ces points, et les Agniers eux-mêmes, qui s'étaient d'abord abstenus, envoyèrent bientôt à Montréal des députés pour s'associer à la paix -.

Le succès de Calliéres était complet, et les idées de Frontenac triomphaient en même temps; les Français gardaient la surveillance des indigènes du Nord-Amérique par une chaîne de postes fortifiés, centres de commerce et, si la paix le permettait, de colonisation. Sans doute, la traite continuait dans ces stations reculées, et les missionnaires s'efforçaient en vain d'en empêcher les abus : la Cour avait beau rendre contre les traitants des ordonnances réitérées ^ ; les habitudes acquises, les nécessités" mêmes du commerce avec les indigènes condamnaient ces textes à rester lettre morte : le Canada français ne pouvait plus désormais

i. Cf. les lettres de La Mothe Cadillac. Ar. col., Postes des pays d'en haut, III, 53, 06, 67, -9. — Margry, V, 135 ss.

2. Lettres et mémoires de 1101. Ar. col., C. G. Can., XIX, 3, 41, 112. — La Potherie, IV, 194-233.

3. Jug. du C. S., IV, 256, 384; — Instructions de Calliéres, mai 1699. Ar. col., 0. d. R., 1698-99, etc....

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