‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 358 sur 378 · CALLIÈRES ET LES IHOQUOIS 48T · texte numérisé non relu

CALLIÈRES ET LES IHOQUOIS 48T

n'être qu'une mission. Mais les coureurs de bois étendent peu à peu le domaine ininterrompu de la France des bouches du Saint- Laurent au golfe du Mexique par les Lacs et la vallée du Mississipi. Sans les fautes politiques du gouvernement métropolitain, ce domaine nous fût resté. D'autre part, la paix avec les indigènes permet aux habitants de reprendre le travail depuis longtemps interrompu de la colonisation; de tous côtés, l'on se remet à défricher et à bâtir ; on commence à creuser le canal de la Chine; les premières manufactures canadiennes de chanvre sont ouvertes ; les lettres des administrateurs parlent, plus librement qu'autrefois, des nouvelles cultures, de la pèche de la baleine ou du marsouin, de l'exploitation des forêts '.

Le Canada, dès lors, eût pris un essor rapide, si la France avait su l'affranchir de ses voisins anglais. Mais, dès l'époque de l'rontenac, elle Ta délaissé, livré à lui-même; Louis XV n'est l)as seul responsable de la perte de notre colonie, mais aussi Louis XIV, qui signe négligemment le traité de Ryswick, qui plus lard, au traité d'Utrecht, abandonne les avant-postes de la Nouvelle-France, baie d'IIudson, Terre-Neuve, Acadie, et reconnaît les Iroquois sujets du roi d'Angleterre - : ayant fait son petit-lils roi d'Espagne, il estimait sans doute ne point payer trop cher, de quelques territoires perdus au delà des mers, le nouveau lustre de sa maison Parfois, les luttes intérieures engagées sous Frontenac se rallument au cours du xvin'^^ siècle ; pourtant le Canada français grandit et prend conscience de lui-même : sous Vaudreuil, successeur de Callières, il résiste fièrement aux prétentions des Anglais sur les pays des Lacs; plus tard avec La Vérandrye et ses nis, il s'avance, à travers la Prairie, jusqu'aux Montagnes Uochcuscs; au milieu du siècle, enfin, la défense qu'animent Moncalm et Lévis est celle d'un peuple de vaillants. Mais jamais, mieux qu'à l'époque de Frontenac , la Nouvelle-France n'a marché, fermement conduite, dans la voie véritable de son progrès : peu d'hommes ont eu, plus vif que le comte de Frontenac, le sens de l'avenir d'un pays neuf et de la direction qu'il faut donner à son développement; peu d'hommes ont, à ces qualités éminentes d'intelligence, joint aussi fortement que lui la volonté

1. Lettres et mém. de n()l-l':02. Ar. coL, C. G. Can., XIX, :5. 145, 282; XX, o6, 187.

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