‹ Le comte de FrontenacChapitre 107 sur 358 · Lettre citée, C · texte numérisé non relu

Lettre citée, C

ne souffrira en cette matière aucune chose qui ne soit conforme à l'osage le plus commun de la France, et le plus favorable à la politique. » C'était, en effet, une question de politique et point de religion; tout le monde était d'accord pour assurer aux habitants de la Nouvelle-France l'exercice du culte; mais il importait de savoir si les curés resteraient comme ils Tétaient jusqu'alors de simples délégués de 1 evêque, temporaires et révocables ad nutum,

La vie du curé canadien était certainement très pénible ; comme les maisons n'étaient ordinairement pas groupées en villages, il fallait cheminer sans cesse de Tune à l'autre, à travers les bois mal frayés, ou par les rivières, sur un pauvre canot d'écorce. On allait rhiver sur la neige, parfois dans un traîneau, plyis souvent sar des raquettes, portant sur le dos une couverture dont on s'enveloppait la nuit pour dormir dans une grange, ne buvant que de Teau, mangeant à la fin du jour un morceau de pain que Ton apportait avec soi ; l'évèque lui-même ne voyageait pas autrement, lors de ses tournées pastorales S et pour le simple curé, c'était là Texistence de tous les jours. Mais les prêtres que le séminaire des Missions Étrangères envoyait au Canada recherchaient précisément ces fatigues si méritoires; ils n'en attendaient point la récompense dans ce monde, et c'est là sans doute le motif pour lequel, vivant eux-mêmes dans l'entraînement quotidien des exercices spirituels, ils montraient tant de rigueur dans la direction des consciences, ils eussent été moins exigeants, sans doute, s'ils s'étaient davantage mêlés au monde, et la Cour avait doublement raison de vouloir les fixer dans des paroisses ; car elle aurait ainsi donné aux fidèles des pasteurs capables de les mieux comprendre ; labbé La Tour avoue* qu'un prêtre ne s'attache point à une église où il se regarde comme en passant ; il connaît peu ses paroissiens, il se soucie moins de gagner leur conGance. D'autre part un curé sédentaire, « à l'abri d'un titre que Ton ne peut attaquer que pour des crimes grossiers », ménagera peu ses supérieurs, et c'est précisément ce que craignait l'évèque.

Mais comment trouver des ressources pour instituer des cures indépendantes de la caisse de l'évêché? En 1678, d'après les instructions de Colbert, une réunion de divers personnages eut lieu à

1. La Tour, Vie de] Laval, 53. — Duchesneau au ministre, 13 nov. 1681. Ar. col., C. G. Can., V, 292.

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