‹ Le comte de FrontenacChapitre 106 sur 358 · La Pollierie, I · texte numérisé non relu

La Pollierie, I

de ses deniers ou bien à l'aide des dons du roi, comblait les insuffisances. Souvent, il se plaignait que le revenu des abbayes qui lui avaient été concédées fût trop médiocre pour parer à tous les besoins : l'abbé Dudouy t le déclarait au P. La Chaise * ; Tabbaye de Maubec était, en effet, assez pauvre; mais celle d'Estrées en Normandie valait mieux, et quoique celle-ci, conférée personnellement à Laval par Louis XIV, n'ait été jointe à Tévêché par le pape que sous M»*" Saint-Vallier •, rien ne nous autorise à croire que Laval en réservât la rente pour son usage particulier.

11 reste que l'évêque était, pour tout le clergé séculier du Canada, le seul dispensateur des fonds; il surveillait le séminaire, qui percevait les dîmes; il répartissait à loisir ses revenus propres et les secours du roi ; même le curé de Québec, dont la paroisse était anciennement constituée, relevait directement de lui comme grand vicaire; il n'y avait donc point de différence réelle entre ce clergé canadien et une congrégation de moines, où tout se règle h la discrétion du supérieur général. Les fondateurs du séminaire de Québec appartenaient, avant de passer en Amérique, à une société de Caen, dont ils conservèrent les principes, « grand système de désappropriation, sur lequel fut établie la communauté de biens, la dépendance du séminaire, Tunion étroite, en un mot l'esprit et le gouvernement du clergé du Canada ' ». H y avait donc là un organisme très simple, très fort, tout à fait indépendant; il n'est pas surprenant que M^ Laval ait tenté de s'en servir pour dominer le pouvoir civil dans la Nouvelle-France.

Colbert désirait très vivement diminuer l'autorité de l'évêque en l'obligeant à créer des cures fixes avec affectation régulière des dîmes : « les cures amovibles, écrit-il à l'intendant, sont directement contraires aux canons des conciles, aux lois, ordonnances et usages du royaume »; dès qu'il y aura en quelque endroit les ressources nécessaires pour établir un curé, l'intendant doit inviter Tévéque à le faire; si l'évêque refuse, il en sera référé au roi, mais alors les habitants cesseront de payer la dîme*. « Je vois bien, disait l'abbé Dudouy t après une conversation avec le ministre ', que l'on

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