‹ Le comte de FrontenacChapitre 109 sur 358 · A Duchesneau, 15 mai 1678. Clément, III · texte numérisé non relu

A Duchesneau, 15 mai 1678. Clément, III

4. Frontenac au ministre, 6 nov. 1679. — Duchesneau au ministre* 13 nov. 1680. Ar. col., C. G. Can., V, 10 et 176.

iaDurantaie; les abbés Louis Petit et Pierre Thury en étaient nommés desservants *. Nous possédons encore une formule en blanc, datée du même jour, signée de Tévèque et de l'abbé Franoheville, son secrétaire, munie d'un cachet presque intact*, donc toute prête pour recevoir les noms de la nouvelle paroisse et du titulaire ; il est spécifié qu'on a déféré au vœu du roi : accédante pr,v$ertim desiderio christianissimi Ludovici XIV; les dîmes sont abandonnées au curé; la paroisse est constituée par l'union provisoire de plusieurs localités, qui seront séparées dès que les ressources le permettront; on a soin d'indiquer aussi qu'une église a été bAlie; nous ne savons pas à quel village ce titre était destiné. La Cour considéra-t-elle que ce premier effort de Laval prouvait la facilité de fixer les cures? C'est probable, car un édit daté de Saint-Germain, mai 1679, réglait la question pour la Nouvelle- France tout entière : les cures étaient déclarées fixes, avec libre dispositiim de la dîme pour chaque curé « dans l'étendue de la paroisse où il sera établi au perpétuel, au lieu du prêtre amovible qui la desservait auparavant ». Les dîmes seront levées conformément à l'ordonnance de 1667; le curé reste libre de les exploiter lui-même ou de les affermer; si les revenus n'en sont pas suffisants pour son entretien, le Conseil Souverain doit être avisé de la situation, et réglera le supplément convenable à fournir par le seigneur et les habitants'. Il n'est point parlé dans cet édit de la portion congrue qui doit être assurée aux ecclésiastiques; mais nous avons vu que le Conseil, malgré l'opposition de Frontenac, était d'avis de la fixer à huit cents livres. La disposition légale qui confère au Conseil le droit de se prononcer à ce sujet doit être remarquée : le roi ne parle pas de Toflicialité de Québec, qui pouvait d'abord paraître plus compétente dans l'espèce; visiblement, il veut diminuer l'autorité de l'évèque sur les curés. Ce sentiment apparaît mieux encore dans la deuxième partie de l'édit de mai 1679, qui est relatif au patronage des églises : est dit patron fondateur celui qui donne une

i. Mandements,,. 1, 564. La liste donnée plus bas, p. 568, ne concorde pas exaclement avec la précédente. — Je ne sais oii Garneau a pu trouver le chifTrc de vingt-cinq cures fixes en 1678 (1, 102).

2. Ar. col., M. S. M., lil, 83. — M*' Laval se rendit en France par les vaisseaux de 1678; Tabbé Bernières, grand vicaire, fut chargé de le suppléer (Jug. du C. S., Il, 262).

3. Ar. col., C. G. Can., V, 88. — Cf. Jug. du C. S., Il, 321.

pièce de terre et fait les frais d'une église et d'un presbytère que l'on y construit; le patron présente à la cure, vacation avenant; il a droit dans les cérémonies à des honneurs particuliers; ses descendants, même s'ils ont cessé de résider sur la paroisse, gardent la faculté de présentation; Tévéque reste seulement maître, en cas d'indignité, de révoquer les prêtres ainsi désignés pour les fonctions curiales. L'édit de Saint-Germain, enregistré à Québec le 23 octobre 1679, fut communiqué aux habitants le 31 de ce mois*.

Si les prescriptions royales avaient été observées, le clergé séculier du Canada se serait bientôt émancipé de la tutelle épiscopale, c'est-à-dire que chaque curé, bien établi dans sa paroisse, se fût probablement inspiré, pour diriger sa conduite quotidienne, moins des règlements imposés que des besoins particuliers de ses fidèles; il eût peu à peu dépouillé son caractère de missionnaire, et, si Ton voit ce que la situation personnelle de l'évêque en eût souffert, on se demande pourquoi les intérêts de la religion en eussent été moins bien servis. Mais l'édit de 1679 devait rester à peu près lettre morte, et moins peut-être, on doit l'avouer, du fait de Tévéque que du fait des habitants eux-mêmes.

Dans l'ancien système, aucune taxe fixe n'était levée pour l'entretien du clergé; sans doute, des contributions étaient fournies par les fidèles, mais librement, et sans qu'une sanction pénale vînt atteindre les moins généreux; la dîme prévue par Tarrêt de 1667 n'était pas régulièrement acquittée, l'évêque se souciant assez peu, pour toucher un revenu des plus médiocres, de s'engager vis-à-vis des habitants. Le service du culte était, en somme, assuré, puisque des prêtres étaient sans cesse en tournée à travers les côtes; on ne voit pas, dans un seul document, que les habitants aient déclaré en être privés. Ils auraient très volontiers accepté des curés sédentaires, mais leur empressement n'allait pas jusqu'à faire les frais de cette installation; ils n'étaient évidemment pas frappés, comme Colbert ou Frontenac, de l'excessive autorité prise par le clergé, ou du moins ceux qui avaient à s'en plaindre ne comprenaient sans doute pas la relation de cet abus avec le régime des curés missionnaires; l'intelligence de faits de ce genre demande une éducation politique, une généralité

i. Jug. du C. s., Il, 335.

d'observation qui leur manquaient. L*édit de 1679 fut donc, pour

la plupart d'entre eux, une surprise désagréable : le curé ne

recevant plus de subsides de Tévéque, il faudrait acquitter les

dîmes, autrement dit payer un service que Ton avait eu gratuit

ou à peu près jusque-là. Bien peu de seigneurs, dans la condition

foite aux patrons des églises, auraient considéré les honneurs

comme supérieurs aux charges; et nous retrouvons ici encore

rerreur persistante de Colbert que ces Français, fixés à mille

lieues de la mère-patrie, peuvent être gouvernés et se laisseront

administrer comme ces contribuables de la métropole, dont la

docilité séculaire fait encore aujourd'hui l'étonnemenldes citoyens

du Nouveau-Monde : pour les habitants de la Nouvelle-France,

redit de 1679 se résumait en une déclaration d'impôt nouveau.

Étaient-ils vraiment, comme Tafllrme Duchesnau, trop pauvres pour le payer? Rien n'est moins vraisemblable. Le mémoire de Frontenac pour 1677 * contient, à cet égard, des chiffres intéressants; en comptant seulement 12000 arpents régulièrement cultivés, ce qui est un minimum *, on arrive à une récolte moyenne d'au moins 120 à 130 000 minots de froment, sans compter le blé dinde, les pois, les fèves. C'est plus qu'il n'en faut pour les besoins de 8000 habitants ', et les cultivateurs du bas Saint-Laurent trouvaient certainement des acheteurs soit parmi les négociants de Montréal, soit même parmi les indigènes; La Hontan constate l'aisance générale des paysans des côtes. L'intendant MeuUes, successeur de Duchesneau, dit aussi qu'il n'est « pas d'habitant si pauvre qui ne recueille assez de blé pour nourrir sa famille, et n'ait quelques vaches, volailles et quantité de légumes )> ^ Si donc les colons n'acquittaient pas les dîmes, c'est qu'ils ne le voulaient pas; sans doute pensaient-ils n'être point venus dans la Nouvelle-France pour retrouver les impôts et les tracasseries administratives du vieux pays.

i. Margry, I. 304.

2. Le recensement de 1675 accuse 21 237 arpents en culture et 7832 habitants (Clément, 1II>, 606). Le minot (de grains) vaut à peu près 40 litres; Tarpent i/2 hectare.

3. Cf. de Foville, France économique, chap. VIII. La consommation moyenne de 1882 était en France de 2 hectolitres 1/2 par habitant; les chifTres donnés par Frontenac prouvent que chaque Canadien disposait, en 1677, de 6 hectolitres environ.

4. Meulles à la cour, 4 nov. 1683. Ar. col., C. G. Can., VI, 185. — La Hontan, l, 9. — Cf. Suite, V, 106.

Les registres du Conseil Souverain nous apprennent comment l'édit de Saint-Germain fut observé; Tévêque avait beau jeu à prier les curés de se contenter du strict nécessaire * ; les dîmes ne rendaient rien, et les cures ne pouvaient être fixées; dès la fin de Tannée 1680, le Conseil dut intervenir, et TalTaire paraissait d'importance, puisque Tilly, Tun des conseillers, allait expressément prier Frontenac d'assister à la séance*; les curés déclaraient ne trouver ni collecteurs, ni fermiers; ils ne pouvaient eux-mêmes solliciter sans cesse les habitants, sans engager des discussions peu compatibles avec leur caractère; ils s'adressaient donc au Conseil. Dans la séance du 23 décembre 1680, les magistrats ordonnèrent que, dans chaque paroisse, les habitants se réuniraient pour nommer quelques délégués; ceux-ci, après information sur les ressources des particuliers, centraliseraient les contributions et paieraient le curé, non sans avoir d'abord prélevé le remboursement de leurs frais; au cas où les habitants refuseraient de désigner leurs délégués, il serait procédé d'oflBce à la nomination par le juge du lieu. On voit combien les Canadiens tenaient peu de compte de Tédit royal; l'arrêt nouveau du Conseil Souverain les décida-t-il h modifier leur système? Nous en doutons, car, dans les années suivantes, de nouvelles difficultés s'élevèrent entre habitants et curés. Tel est le cas de Tabbé Dupré, qui desservait depuis plusieurs années par voie de mission Baliscan et Champlain ^ II avait essayé, depuis quelque temps, de lever des dimes dans sa future paroisse, qui avait certainement les moyens de payer : il ne réussit pas à les percevoir lui-même; il ne trouva pas davantage de fermier parmi les habitants; il saisit alors le Conseil, selon les termes de l'ordonnance de Saint- Germain, et cita devant cette assemblée, à défaut d'un syndic des habitants, quatre notables de la paroisse. Faute d'huissier, le sieur Bertrand, « qui sait lire et écrire », fut chargé de notifier les décisions prises : le 5 septembre, le Conseil condamna les habitants à payer la dime, en priant l'abbé Dupré de leur continuer son ministère; une commission de quatre personnes, dont deux désignées par les paroissiens et deux par le curé, recul mission de percevoir la taxe et d'en rendre compte au Conseil. Cet

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