‹ Le comte de FrontenacChapitre 12 sur 358 · Id,, id · texte numérisé non relu

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Un danger effrayait Colbert et préoccupait aussi Talon : les établissements étaient trop dispersés; il fallait éviter de donner des concessions de terres trop vastes ou trop éloignées les unes des autres de crainte, disait judicieusement Colbert dès 1666, d'être obligé par la suite d'en abandonner une partie, « avec quelque diminution de la réputation de Sa Majesté et de cette couronne * ». Talon s'efforça bien de coloniser avec méthode, et Ton peut croire que les soldats du régiment de Carignan, devenus les fermiers de leurs officiers, avaient gardé quelques habitudes de discipline; trop souvent pourtant, comme les concessions n'étaient pas défrichées, Colbert déclarait qu'on révoquerait les titres des posses« seurs négligents. Talon proposait * de créer au Canada quelques baronnies ou châtellenies, dont on eût donné le titre à des propriétaires de France, riches, disposés à créer des villages pour s'anoblir à ce prix. Lui-même fut fait par Colbert baron des Islets en récompense|de l'activité dont il avait donné la preuve en défrichant trois seigneuries ^.

D'ailleurs, depuis le retour de Talon, il devenait tous les jours plus nécessaire de réduire le nombre des coureurs de bois; le monopole de la Compagnie des Indes Occidentales ayant été supprimé, tous les habitants voulaient traiter des pelleteries, seul objet du commerce canadien d'exportation. Non seulement la colonisation agricole ne progressait pas assez vite, et Talon demandait au roi une lettre de cachet « pour fixer ces errants en quelque lieu où ils prissent part aux ouvrages de la communauté * » ; mais encore le prix du castor baissant rapidement, les profits de la chasse diminuaient ainsi que les revenus déjà trop faibles de la colonie. Un mémoire publié sans nom d'auteur en 1671 ^^ note que lés bêtes à fourrure, trop vivement chassées, commencent à disparaître; « il faut donc enfin avoir recours à la culture de la terre, au nourrissage des bestiaux et au commerce des bois » ; ailleurs un négociant canadien, La Chesnaye, déclare que le prix du castor, au Canada, est tombé de 14 livres à 4 livres (par livre pesant), d'où, par contre-coup, hausse sur toutes les denrées de

i, Margry, I, 17.

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