td., 460 ss
eommerce et de Tagriculture, l'époque des querelles et des procès. Le 1** janvier 1681, Louis Boulduc est accusé de malversations; on ne lui reproche plus seulement de ne point vouloir se subordonner au Conseil dans les affaires de justice; c'est une action criminelle qui lui est intentée, à la diligence de Tabbé Dernières, qui remplaçait Tévèque alors en France, et d'un ancien marguillier de la cathédrale de Québec, Hazeur. Autant qu'on peut en jager par les documents du Conseil Souverain, qui font allusion aux faits sans les rapporter toujours, le différend entre l'abbé Bernières et Boulduc porte sur les intérêts de la fabrique paroissiale: Boulduc, pour gagner du temps, aurait voulu empêcher le marguillier Hazeur de présenter ses comptes et, condamné par le lieutenant général de la prévôté lui-même, il en aurait appelé au GoDseil, qui est maintenant saisi de l'affaire. Villeray, premier conseiller, dirige l'instruction; à ce titre, il délivre des exploits pour citer des témoins et, pendant tout le printemps de 1681, une lutte de grimoires et de mesquines subtilités se poursuit entre Frontenac, qui ne veut pas abandonner l'ami auquel, dit-il, on fait un procès surtout à cause de lui, et les conseillers qui entendent profiter de cette occasion pour affranchir la prévôté de Québec. Villeray s'intitulait écuyer sur les pièces de procédure : Frontenac lui en conteste le droit; un huissier, commis à porter une citation au secrétaire Le Chasseur, est congédié par le gouverneur, parce que son exploit n'est pas régulier, vivement rabroué par l'intendant à cause de ses retards, bien involontaires pourtant; le Conseil finit par ordonner qu'on rédigera les exploits comme le demande Frontenac : Le Chasseur comparait alors devant Villeray, mais là, nouvel incident; le témoin refuse de répondre, si le greffier ne le nomme secrétaire de Monseigneur et non de Monsieur le gouverneur. Villeray, gravement, en réfère au Conseil, tandis que Frontenac, dans un mémoire dédaigneusement ironique, se moquait de toutes ces balivernes et traitait de niaiseries instructions et référé, déclarant que le Conseil aurait bien mieux à faire que de perdre son temps à de pareilles bagatelles. Mais n'avait-il pas sa part de responsabilité dans ces sottes contestations?
Cependant, au Conseil même, l'accord n'était plus unanime. Quelques-uns étaient d*avis sans doute que de pareils conflits ne méritaient pas de remplir toute une session; dés le mois de février
1681, Pey ras, parent de Louis Boulduc, s*était absenté; l*un de ses collègues, Dupont, l'avait bientôt imité * ; enfin, quand le dernier incident soulevé par Le Chasseur mêla personnellement Frontenac à TafTaire, le conseiller Tilly déclara ne vouloir point siéger dans un procès où le gouverneur général était partie; d'Auteuil s'empressa de lancer contre ces pusillanimes une vive admonestation, et malgré ces défections, par arrêt du 27 avril, Louis Boulduc fut déclaré prévenu, ce qui entraînait déchéance de sa charge : le procureur général requit et obtint la nomination à sa place de Pierre Duquet, «juge et bailli du comté d'Orsainville et de la juridiction de Notre-Dame des Anges ». Le procès de Boulduc, continué sous la direction de Villeray, fut terminé seulement le 20 mars 1682 * : l'ancien procureur de la prévôté, convaincu de malversations, fut définitivement cassé; Pierre Duquet resta son successeur. Mais, avant que les choses fussent ainsi réglées, Frontenac écrivait à Seignelay pour se plaindre de la cabale dont Duchesneau et d'Auteuil étaient les porte-parole; l'interdiction de Louis Boulduc est présentée par lui comme un acte de pure vengeance',; c'est que l'alTaire était d'ordre politique, beaucoup plutôt que judiciaire; le procès de Boulduc se rattache à la question si complexe des coureurs de bois, qui est, au fond, celle des relations extérieures de la Nouvelle-France; on en verra mieux les rapports dans le chapitre suivant.
L'acharnement du Conseil contre Louis Boulduc avait irrité Frontenac; cette opposition de tous les instants, patiente, infatigable, l'empêchait de s'occuper, comme il l'eût voulu, des intérêts véritables de la colonie; mais, ne sachant pas sacrifier à la paix générale ses inimitiés personnelles, si légitimes qu'elles fussent, il poursuivit dans l'été de 1681 l'un des magistrats qui avaient ajourné Boulduc : le conseiller DamoursS muni d'un congé du
1. Dupont et Peyras enlrelenaient depuis longtemps avec Frontenac des relations meilleures que plusieurs de leurs collègues : en 1678, ils avaient été chargés de passer en France, pour exposer à Colbert les arguments du pouvoir civil dans la question des spiritueux (Jug. du C. S., II, 262).
2. Id., 776. Sont seuls portés présents l'évéque, l'intendant, Villeray, Damours et La Martinière.
3. Lettre du il nov. 1081. Ar. col., C. G. Can., V, 281.— Une lettre de IMntcndant Meulles, successeur de Duchesneau (12 nov. 1684), dit de même que, tout le monde ayant mis beaucoup de passion dans Taffaire de Louis Boulduc, le roi ferait sagement de rétablir ce magistrat (Ar. col., M. S. M., Afém., 187).