‹ Le comte de FrontenacChapitre 130 sur 358 · Lettre citée, CIV, CVIIL · texte numérisé non relu

Lettre citée, CIV, CVIIL

fils Seignelay la direction des colonies * ; c^est à ce ministre que les correspondances de 1681 sont adressées, et, quoique les administrateurs de la Nouvelle-France lui prodiguent tous deux les marques de leur déférence, on sent que Frontenac, découragé, n'a plus la même confiance en Tavenir; il joint à sa lettre officielle au ministre quelques lignes autographes, destinées personnellement à Colbert. Duchesneau se fait au contraire plus pressant, mendiant des appointements supplémentaires, sous prétexte que sa qualité Texpose h des sollicitations qu'il ne peut accueillir faute de ressources, et renouvelant avec insistance toutes ses récriminations contre Frontenac *.

Vainement celui-ci multipliait les mémoires et les explications; vainement des amis intervenaient en sa faveur; « le désintéressement de M. de Frontenac, disaient-ils, et la religion avec laquelle il s'est attaché à Texécution des ordres du roi et à l'avantage de la colonie ne pouvant pas s'accommoder aux intérêts du sieur Duchesneau ni des autres personnes qui voient leur autorité diminuée, ils ont, à défaut d'autres prétextes, essayé de persuader que M. de Frontenac était sujet à de grands emportements... » '; puis on racontait les insolences du procureur général, qui n'aurait fait que suivre les conseils de l'intendant, a M. le Marquis, ajoutaiton, jugera de la peine qu'elles méritent, et de ce qu'on peut attendre d'un homme de l'âge dudit sieur de Monceaux qui a été établi procureur général avant vingt-deux ans. » Certes, il était vrai que Frontenac avait été victime d'une opposition sans franchise ; que des motifs personnels avaient trop souvent inspiré ses adversaires; qu'il était insupportable, pour un homme de sa situation et de sa valeur, de se voir tenu en échec par un jeune magistrat à peine émancipé; mais ses exigences, quoi qu'en disent ses amis, n'avaient-elles point aggravé parfois des conflits provoqués par ses ennemis? Quelque respect, quelque sympathie que l'on éprouve pour son caractère et ses talents politiques, on ne saurait oublier que parfois, docile aux suggestions de ses adversaires, il mit les torts de son côté ; son excuse la meilleure

1. Seignelay n'osait pourtant point tout décider par lui-même. Une note, en marge d'un extrait des correspondances canadiennes, porte : • Montrer à mon père » (Ar. col., M. S. M., Mém., 83).

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