A Colbert, 13 nov. 73. Ar.Aff. étr., F. Amer., V
Lk TRAITE ET LES COUREURS DE BOIS 175
évêché, ne trouva sans doute point le temps de se prêter au désir qu'exprimait Frontenac; il revint au Canada, plus puissant qu'il n'en était parti, sans qu*aucun avis de la Cour Teût, sembie-t-il, engagé à montrer plus de modération. Aussi, dès son arrivée, proclama-t-il insuffisantes les restrictions apportées par le gouverneur au commerce des eaux-de-vie; tant que la traite serait tolérée, l'on ne pourrait empêcher les abus du trafic des spiritueux, car pas un coureur ne montait dans le haut pays sans en être approvisionné.
Ainsi Tévêque, alarmé des ravages de l'ivrognerie parmi les sauvages, aurait volontiers, pour y remédier, suspendu toutes les relations de la colonie avec les nations des Lacs, ou du moins en eût enlevé la surveillance au gouverneur général, à l'avantage des Jésuites. 11 joignit donc, dès 1675, ses sollicitations à celles que l'intendant adressait à Colbert, et le ministre, cédant à ces instances, fit signer au roi Tordonnance du 14 avril 1676 S qui défendait au gouverneur de délivrer des congés sous quelque prétexte que ce fût. Sans doute Frontenac n'avait pas prévu que Tévêque et l'intendant, à peine arrivés, commenceraient cette campagne, car il n'eût pas manqué d'adresser à Colbert la contrepartie de leurs doléances, et celui-ci ne se fût pas décidé sans un supplément d'enquête. L'ordonnance de 1676 était, d'ailleurs, très maladroite* : elle mentionnait que l'intendant, qui connaissait seul des affaires relatives à la société fermière des pelleteries, devait par voie de conséquence rendre des arrêts contre les coureurs de bois insoumis; Québec, Montréal, Trois-Rivières étaient, pour le trafic avec les indigènes, les seuls marchés autorisés. C'est dire que le ministre n'avait pas compris l'importance politique de la traite, puisqu'il en abandonnait la direction à un fonctionnaire de second rang, et que, si Frontenac n'imaginait quelque expédient, c'en était fait des relations libres du gouvernement avec les indigènes du haut pays.
Duchesneau se trouvait seul à Québec au moment de l'arrivée des vaisseaux de 1676; Frontenac était en voyage « au fort qui porte son nom, où les affaires qui regardent le bien de la colonie l'avaient obligé d'aller ». L'intendant s'empressa de porter Tordon-
1. Colbert à Duchesneau, i'S avril 1616. Clément, IIP, 608. Nicolas Perrot (p. 130) attribue aux rapports de l'intendant la décision de la cour.