‹ Le comte de FrontenacChapitre 139 sur 358 · Ar. col., C. G. Can., IV, 155; VI · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., IV, 155; VI

nance royale au Conseil Souverain, mais là plusieurs magistrats objectèrent qu'il fallait attendre, pour l'enregistrement, le retour du gouverneur : TaiTaire leur paraissait donc assez grave. Duchesueau pourtant insista si bien que l'ordonnance fut enregistrée le 5 octobre, en l'absence de Frontenac, sous prétexte qu'il fallait en envoyer la nouvelle très loin et qu'on devait se bâter à cause de la saison*. Quelle dut être l'irritation de Frontenac lorsqu'il revint à Québec, à la nouvelle de ce qui s'était passé, nous avons le droit de le supposer d'après ce que nous savons de son caractère. Si, par malbeur, nous ne possédons aucune de ses lettres au ministre pour 1676, nous pouvons affirmer cependant qu'il écrivit de sa meilleure plume pour défendre ses droits de gouverneur général, car Tévêque, inquiet de conserver le terrain gagné, fit passer en France son grand vicaire, l'abbé Dudouyt, et cependant Colbert, malgré toutes les protections dont disposait à la cour cet ecclésiastique, n'hésita pas à lui donner tort. Il semble même qu'il veuille s'excuser auprès de Frontenac d'une décision qu'on lui aurait enlevée par surprise.

Dudouyt comptait beaucoup sur la loyauté de Colbert, car, disait-il, « lorsqu'on lui fait connaître la vérité et la justice, il la rend». Le grand vicaire ne se trompait pas sur le caractère du ministre mais, contrairement à ce qu'il souhaitait, il le trouva peu persuadé que la justice commandât, dans Tespèce, de déférer sans réserve aux vœux de Tévêque de Québec. Averti par Frontenac, Colbert reçut assez froidement Dudouyt et lui demanda quelque temps pour s'informer ; il consulta plusieurs avocats qui conclurent, à l'exemple de l'ancien intendant Talon, en faveur de la traite et les lettres qu'il adresse alors au Canada le montrent très décidé contre les revendications des ecclésiastiques * : « la police générale d'un état, écrit-il, résiste en cela aux sentiments d'un évêque qui, pour empêcher les abus que quelque petit nombre de particuliers peuvent faire d'une chose bonne en soi, veut abolir le commerce d'une denrée qui sert beaucoup à attirer le commerce et les sauvages mêmes parmi les chrétiens orthodoxes comme sont les Français » ; et ailleurs, parlant à Frontenac : « si les désordres signalés sont seulement commis par quelques particuliers de ces

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