‹ Le comte de FrontenacChapitre 167 sur 358 · Mémoire présenté à Seiqnelay. Margry, I · texte numérisé non relu

Mémoire présenté à Seiqnelay. Margry, I

2. Relation de La Salle; de Tonty. Margry, I, 449 ss.; 579 ss.

3. D'après La Polhorie (II, 439), le Griffon aurait été pris au mouillage par des Oiitaouais et Téquipage massacré, mais La Salle aurait toujours cru h un naufrage.

la protection de du Lhut lui permit de regagner sain et sauf le Canada par la baie des Puants et les Lacs.

Du fort Crèvecœur, La Salle touche au but; mais il n*a plus les ressources nécessaires; pour les réunir à nouveau, pour satisfaire son désir unique qui est d'atteindre le Mississipi, deux fois, en 1680 et 168i, il fait presque seul l'immense voyage des Illinois à Montréal. En 1680, il rejoint près du fort Frontenac quelquesuns de ses déserteurs qu'il traduit devant les tribunaux de la colonie; il apprend alors, coup sur coup, la perte d'un vaisseau qui lui arrivait chargé de France, le naufrage du Griffon^ la dispersion d'ouvriers rassemblés à grand'peine, enfin, une invasion iroquoise qui a forcé Tonty, resté commandant du fort Crèvecœur, à se retirer pour Thiver à Michillimackinac. Plus vaillant à proportion que la fortune l'accable davantage, il remonte aux Illinois, vers la fin de 1680, ne voit que des ruines, et craint que Tonty n'ait succombé; une fois de plus, il regagne Montréal, de nouveau forme une troupe de Français et d'indigènes, retrouve, en passant à Michillimackinac, Tonty qu'il croyait perdu, et dans l'hiver de 1681, se rétablit aux Illinois. C'est de là qu'enfin, le 6 février 1682, il atteint le Mississipi ; la descente du fleuve est organisée; le 9 avril, on découvre l'embouchure. « On équarrit un arbre dont on fit un poteau qu'on planta, et on y attacha les annes du roi, faites du cuivre d'une chaudière. On planta aussi une croix, et on enterra dessous une plaque de plomb où il y avait ces mots écrits : au nom de Louis XIV, roi de France et de Navarre, le 9 avril 1682; on chanta le Vexilla Régis au plantement de la Croix, puis le Te Deum, et l'on fit trois décharges des fusils. Les vivres manquaient, et Ton n'avait par jour qu'une poignée de maïs '. » Dans l'automne de 1682, au moment où Frontenac quittait la Nouvelle-France, La Salle, remonté par le fleuve, fondait aux Illinois la colonie du fort Saint-Louis.

Cependant les créanciers du découvreur, alarmés de cette longue absence, ne songeaient plus qu'à retirer leurs capitaux; après la saisie qui eut lieu à Québec et Montréal, c'est au fort Frontenac lui-même qu'ils font procéder*; ils étaient persuadés que La Salle ^Uit en fuite, comme un banqueroutier, pour ne pas payer les

i- BelaL de Nicolas de La Salle. Margry, I, 562.

S. Déposition d'un déserteur de La Salle. Margry, II, 109 ss.

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sommes qu'il avait empruntées *, et tous se hâtaient de faire valoir leurs titres; l'abbé Gavelier, propre frère du découvreur, n'était pas le moins pressé ; le Conseil Souverain^ saisi de sa requête, ordonne qu'il lui soit remboursé, sur les pelleteries confisquées sans doute, une somme d'environ 15 000 livres *. Abandonné de la sorte par ceux qui l'avaient d'abord soutenu, La Salle ne pouvait continuer son entreprise qu'en y associant personnellement les compagnons qui voudraient bien se joindre à lui, c'est-à-dire en les faisant participer aux bénéfices du commerce dont il avait le monopole dans les pays de sa concession ; il est bien clair que, de cette manière, il agissait au détriment, sinon en fraude, des droits de ses créanciers, puisque ceux-ci lui avaient précisément avancé de l'argent pour l'exploitation de son privilège. Mais comme La Salle voulait découvrir le cours du Mississipi beaucoup plutôt que faire fortune en route, il s'inquiétait assez peu de la stricte légalité de ses procédés, s'excusant à ses yeux, si même il cherchait des excuses, sur son absolu désintéressement. Il aurait dû, tout au moins, déclarer exactement à ses amis quels étaient ses plans et ce qu'il espérait; mais, se sentant entouré de jaloux, il ne se conûait à personne. Gharlevoix, qui raconte sans précision son histoire, a cependant bien noté que «jamais il ne put gagner sur soi d'être moins dissimulé et de s'humaniser avec ceux dont il avait le plus de besoin ^ ». De là, les mesures conservatoires que prirent les créanciers du découvreur, trop peu renseignés par lui-même, trompés aussi peut-être par les faux bruits que les rivaux de La Salle répandaient chez les Français comme parmi les indigènes.

Dans Tété de 1680, François Plet, principal commanditaire de La Salle, était venu au Canada, pour s'occuper lui-même du recouvrement de ses fonds; il réunit les divers négociants qui avaient, comme lui, fourni de l'argent et des marchandises, et, ceux-ci montrant peu de zèle à relever l'entreprise, il obtint de l'intendant le droit de s'installer au fort, d'y établir un magasin de traite en son nom, et de faire construire une barque pour le commerce du lac Ontario*; il était stipulé, d'accord avec le sieur Chanjon

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