‹ Le comte de FrontenacChapitre 174 sur 358 · ET COLONISATION · texte numérisé non relu

ET COLONISATION

Frontenac encourage d'autres explorations que celles de La Salle : du Lhut; ses voyages à l'ouest des Lacs. — Il rencontre aux Sioux le P. Hennepin détaché de Texpéditioa de La Salle (1680). Plaintes de La Salle contre du Lhul. Duchesneau est hostile à du Lhut comme à La Salle. Du Lhut passe «Q France, où ses propositions ne sont pas accueillies. Résultats de ses découvertes. — Entreprise de Radisson et des Groscillers à la baie d'Hudson (1682). Pourquoi Frontenac n'y est pas favorable. — L'Acadie. Frontenac y envoie un gouverneur, La Valliëre. Relations avec les Anglais de Boston; alliance des Français avec les Abénaquis; projets français contre New- York. — Relations de Frontenac avec les Iroquois; maintien de la paix, ^ûos faiblesses. Attitude des Jésuites, missionnaires des Iroquois. Ils inquiètent ces sauvages contre La Salle et les Illinois, dont le pays est attaqué et ravagé. La paix générale est très compromise; Frontenac la 'alTermit au cours d'un voyage à Montréal (été de 1682); il connaissait <)éjà pourtant son rappel en France. — Frontenac, populaire au Canada. Progrès de la colonisation pendant son premier gouvernement. Conclusion sur cette période.

Les découvertes de La Salle ne sont pas les seules dont la Nouvelle-France soit redevable à la protection de Frontenac; à la même époque, au nord et à l'ouest des lacs, Daniel Greysolon du Lhut accomplissait, avec l'appui du gouverneur général, une <Buvre non moins considérable que celle de La Salle. D'après les lettres de l'intendant Duchesneau, du Lhut serait un de ces chefs ^^ bandes, indifférents à toutes les ordonnances royales, que la <^omplicité de Frontenac aurait encouragés à continuer impuné-

ment leur métier de coureurs de bois*. La Salle, dans une lettre publiée par Margry, s'exprime sur du Lhut plus durement encore que rintendant ' ; c'est que du Lhut, poussant très loin d'audacieuses explorations, était arrivé bien au delà des Lacs aux limites de la prairie, région nouvelle dont le débouché naturel par le Mississipi supérieur était précisément le pays de la concession de La Salie .

Du Lhut n'est-il, comme le laisseraient croire les plaintes de La Salle et les accusations de l'intendant, qu*un vagabond, dont le but unique était de trouver au loin des populations inconnues des trappeurs canadiens, ses rivaux, et de faire avec elles un commerce lucratif? Les lettres et mémoires qu'a publiés Margry, les relations mêmes que du Lhut entretint avec Frontenac permettent d'assurer qu'il fut plus et mieux; peut-être, au début, ses expéditions vers l'ouest n'étaient-elles que d'immenses parties de chasse; mais, dès que Frontenac se fut rendu compte des premiers résultats obtenus, ses voyages devinrent des explorations plus politiques encore que commerciales, dont le dessein était d'étendre parmi les nations indigènes l'influence et le renom de la France; par son art à manier les sauvages, non moins que par la hardiesse de ses aventures, du Lhut nous apparaît comme un des plus intelligents pionniers de la Nouvelle-France. Il était, d'après La Hontan, de famille lyonnaise, apparenté aux Tonly, et frère de Grevsolon de la Tourette, dont il donna le nom à un fort, sur le lac Alempigon; l'un des officiers des gardes de Frontenac, Louvigny, était son beau-frère '; il tenait donc à ce que l'on peut appeler la meilleure société du Canada; il expose, dans un mémoire à Seignelay *, qu'il avait depuis longtemps formé le dessein d'aller explorer le pays des Nadouesioux, et que, dans l'intervalle de deux voyages en Amérique, il avait pris part à la campagne de Franche-Comté et au combat de Sénef (1674) comme « gendarme de la garde de sa Majesté » ; sa correspondance dénoterait même quelques prétentions littéraires *.

1. Lettre de Duchesneau, nov. 1079. Ar. col., C. G. Can., V, 32 ss.

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