‹ Le comte de FrontenacChapitre 183 sur 358 · Voir lettres de Callières, Ar. col., C. G. Can., X · texte numérisé non relu

Voir lettres de Callières, Ar. col., C. G. Can., X

4. Voir diverses lettres de Colbert, not. Clément, III*, 542, 611, 623.

ayant beaucoup étendu le cercle de ses relations indigènes, tout Vart de Frontenac était nécessaire pour maintenir, avec la paix entre les peuples, l'autorité de la France : le Canada, sérieusement attaqué, n'aurait pas pu se défendre ; les murailles du château de Québec tombaient en ruines, les portes en étaient défoncées; Frontenac avait, en 1679, avancé cinq mille livres pour réparations urgentes; l'intendant déclarait n'avoir rien en caisse pour le rembourser, et le gouverneur se croyait tenu de remercier le nioistre, comme d'une faveur particulière, parce qu^on lui avait bût payer ses appointements ^ C'est donc de la part de la métropole l'abandon presque absolu ; Frontenac lit si bien pourtant ({ae, pendant les dix années de son premier gouvernement, tandis que La Salle atteignait les bouches du Mississipi, et ^du Lhut la région des sources de ce même fleuve, pas une guerre n'arrêta le merveilleux essor de la Nouvelle-France.

Lesiroquois étaient les intermédiaires obligés entre les établissements français et les nations du haut pays; nous ménager l'amitié de cette belliqueuse confédération, tel est le but que Frontenac s'est toujours proposé; son coup d'œil ne l'a point trompé sur la valeur singulière de cette région centrale; les Iroquois paisibles, on peut communiquer librement avec toutes les tribus des Lacs, en même temps que l'on ferme la route aux Anglais; les Iroquois hostiles, les mêmes facilités dont nous sommes aussitôt privés, s'offrent à nos rivaux; ce peuple, par toutes les campagnes précédentes, s'est assuré dans l'Amérique du Nord une situation prépondérante ; un gouverneur avisé doit tenir compte des avantages ainsi conquis. L'Iroquois n'a pas peur des Français, écrit le P. de Lamberville à Frontenac; il se jettera BOT le Canada dès qu'on lui en donnera sujet *. L'adresse du gouverneur a été de prévenir toujours ce conflit, sans jamais rien sacrifier de sa dignité.

L'établissement de La Salle au fort Frontenac avait certainement développé les rapports de voisinage des Français avec les Iroquois; le gouverneur général avait pris l'habitude de monter au fort presque tous les ans, comme il le rappelait, en 1682, au iQoment des plus grandes difficultés, à l'ambassadeur iroquois

t- Lettres au ministre, Ar. col., C. G. Can., Y, 5, 62; VI, 49. 2' Ar. col., C. G. Can., V?, 47.

Téganissorens * ; il y avait noué des relations personnelles avec plusieurs chefs, notamment Garakonthié, depuis longtemps converti au christianisme, et qui mourut probablement vers la fin de son premier gouvernement*; il avait, à la manière indigène, adopté pour fille la sœur de Téganissorens. Ces voyages réguliers au fort étaient des plus nécessaires au maintien de la paix entre Français et Iroquois; ceux-ci, en effet, devenaient tous les jours plus dangereux ; depuis leur victoire sur les Andostagués, les plus tenaces de leurs ennemis, ils montraient une grande insolence ^ les Tsonnontouans, surtout, parlaient d'attaquer nos alliés, puis les Français eux-mêmes; ils déclaraient vouloir détruire le for-^ du lac Ontario; ils menaçaient de mort leur missionnaire, à^ P. Garnier. Dans l'hiver de 1675-1676, ils envoyèrent une ambassade aux Hurons de Michillimackinac, pour solliciter leur concouK"^ dans une expédition contre les Nadouesioux. « Nous craignons»* écrivait à ce propos un missionnaire, que sous cette belle app^^rence, ils ne cachent un autre dessein, qui est d'attirer en leiJ^i pays tous nos sauvages. » Après chaque campagne, ils réparaicKT"!' leurs pertes par des adoptions; en deux ans, d'après le P. de berville, ils auraient ainsi gagné neuf cents guerriers'. Il est doi indispensable de vivre en bonne intelUgence avec ces puissan voisins, sans pourtant leur laisser supposer qu'on les redoute; ui guerre avec eux n'aurait pas été seulement, comme le disaient 1< Pères, la ruine des missions pour de longues années; Fronteni « en prévoyait les mauvaises suites, sachant que, si une fois el s'allumait, on ne Téteindrait pas de sitôt* »; et le Canada disposait point de ressources suffisantes pour la soutenir longtemp Au fort Frontenac, Français et Iroquois se mêlaient sans ces&sans méfiance les uns des autres : dans l'été de 1682, La Forest, q** commandait au fort, traversait le lac Ontario pour aller réclama chez les Onnontagués la restitution de marchandises volées; or ce moment, la guerre semblait prochaine; la démarche de Forest indique pourtant qu'on ne considérait point comme dérv- J~

Page 1