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tentions de Frontenac*; malgré cet échec d'amour -propre, La Barre continuait à traiter trop familièrement le Conseil : « il tenait l'audience tout Thiver au coin de son feu, où sa femme, ses enfants et ses domestiques sont continuellement *. »
Meulles semblait avoir hérité des méfiances de Frontenac, à l'endroit du Conseil Souverain : autant le gouverneur mettait d'ostentation dans son entente parfaite avec les magistrats, autant l'intendant restait sur la réserve ou même leur montrait d'hostilité; en 1682, Meulles avait encore quelque indulgence pour les conseillers, dont plusieurs avaient été ruinés par Tincendie de la basse ville; mais bien vile après, il envoie à la Cour des plaintes sur leur compte ; La Martinière étant ouvertement Tagent appointé des marchands de la baie d'Hudson, il refuse jusqu'à réception d'un avis du ministre de lui délivrer son traitement de conseiller; peut-être, dans Tespèce, se montre-t-il trop formaliste, car la Compagnie de la baie d'Hudson méritait d'être encouragée et La Martinière venait de faire un dangereux voyage dans les mers de ces régions. Meulles s'efforçait, comme jadis Frontenac, de juger rapidement tous les plaideurs qui s'accordaient pour porter leurs causes devant lui, prenant garde, toutefois, de n'en évoquer aucune de lui-même^. Le Conseil souffrait impatiemment cette rivalité; d'Auteuil, revenu de France avec le titre définitif de procureur général, mettait à ces revendications toute la fougue de son caractère; à l'entendre, l'intendant « attirait à lui la connaissance de tous les procès, citant les parties sur un simple billet de son secrétaire, les jugeant verbalement, et se servant de prison et d'amendes pour faire exécuter ses jugements * ». Seul, le conseiller Peyras, qui était déjà, sous Frontenac, l'un des partisans de la conciliation, se rangeait alors du côté de Meulles; Tintendant le choisira pour compagnon lorsque, en 1685, il ira visiter l'Acadie *.
Meulles assurait bien que, tout en condamnant les abus, il restait en parfaite intelligence avec La Barre, comme le lui recom-
i* UUre du ministre, 31 juillet 1684. Ar. col., M. S. M., IV.
2- Meulles au ministre, 1*2 nov. 1684. Id., C. G. Can., VI, 404.
3. Meulles à la Cour, 1682-84. Id., id., 89, 91, 406. — Le roi rendit en Conseil ^^ arrêt qui obligeait La Martinière à quitter la Compagnie (10 mars 1685). W» M. S. M., IV.
^- Lettre du 12 nov. 1684. /(/., C G. Can., VI, 448.
^' Jug. du G. S., II, 1029.
mandait le ministre * ; il semble, en effet, que malgré toutes les occasions de discorde, il ait toujours évite les éclats. Mais il est facile de voir par les lettres de Seignelay que les différends entre gouverneur et intendant, les conflits d'attributions étaient aussi nombreux qu'à Tépoque de Frontenac. Au lieu de corriger cette situation dangereuse en rappelant, sans le remplacer, l'un des deux fonctionnaires, Seignelay s'attachait au contraire à définir leurs fonctions respectives, tout comme il eût fait pour une province de France. S'agit-il de finances? Le gouverneur ne doit rendre aucune ordonnance s*il n*en est prié par Tintendant, et celui-ci ne sollicitera cette intervention supérieure qu'en cas de nécessité, pour assurer l'exécution d'un arrêté pris par luimême. La Barre a-t-il fait pendre en effigie un habitant qui avait passé aux Anglais? C'est un abus de pouvoir, car son droit dévie et de mort ne s'étend qu'aux faits d'ordre militaire. En revanche, l'intendant, qui s'est efforcé de mettre un peu d'ordre dans la procédure, a outrepassé les droits de sa charge en tranchant des affaires d'honneur qui regardent le gouverneur ou le Conseil; il a eu tort, encore, de constituer avec six gradués une juridiction exceptionnelle, qui a prononcé deux condamnations à mort; c'est un empiétement sur le Conseil Souverain, et le aiinistre avertit sèchement Meulles de <( prendre garde que cela ne lui arrive plus à l'avenir ». En ce qui concerne les relations avec les sauvages, Seignelay fait une distinction analogue : « sur le fait de la guerre et des armées, le gouverneur doit ordonner ce qu'il estimera h propos; pour ce qui est de la justice et de la police à regard des sauvages mêlés avec les Français, Tintendant et le Conseil Souverain en doivent connaître ». N'est-ce pas rendre impossible au Canada une politique cohérente et méthodique'? Quoique La Barre eût renouvelé toutes les prohibitions anciennes et qu'il affichât un grand zèle dans ses lettres au ministre ', il ne se privait pas de distribuer des congés à ses amis et de faire \a traite; c'était une nécessité de la situation; dans la misère oix 1& Cour laissait les premiers fonctionnaires de la colonie, force Leur était bien de se procurer des ressources supplémentaires : « i^